En 2022, au moins 1244 incidents ont été signalés au Conseil national de l'ordre des médecins.
Dans les trois quarts des cas, il s'agit d'une agression verbale accompagnée de menaces.
L'instance médicale met en garde face à ces chiffres et évoque une "sous-évaluation" du phénomène.

La tendance est inquiétante. Selon le dernier observatoire de la sécurité des médecins, la violence contre les professionnels a bondi de 23% en 2022, par rapport à l'année 2021. Un chiffre qui résonne d'autant plus fort qu'une infirmière a été assassinée lundi 22 mai au CHU de Reims, par un homme atteint de troubles psychiatriques. Agressée au couteau lundi, elle est décédée dans la nuit de lundi à mardi. 

"Nous exprimons à nouveau toute notre consternation et notre indignation face à ces violences qui ne peuvent être tolérées", a assuré lors de la révélation de ces chiffres le Conseil national de l'ordre des médecins, commanditaire de l'étude.

En tout, 1244 incidents ont été rapportés par les médecins français, contre 1009 en 2021 et 955 en 2020. Sur les 20 dernières années, le nombre annuel moyen d'incidents est de 841. Ce niveau revient à 2,3 incidents ou agressions chaque journée de l'année. Dans la moitié des cas, les médecins touchés sont installés en centre-ville (56%). Dans trois quarts des cas, les faits consistent en des agressions verbales et des menaces (73%), loin devant les vols ou tentatives de vols (10%). 

Un incident tous les 1,5 jour dans les Hauts-de-France

Les Hauts-de-France sont la région la plus touchée par ce phénomène avec 233 faits en 2022 (contre 172 en 2021). Cela revient à une agression tous les 1,5 jour. Juste devant l'Île-de-France (176 faits en 2022, contre 135 en 2021), l'Auvergne-Rhône-Alpes (139, contre 119), la Provence-Alpes-Côte-d'Azur (134, contre 113) et la Nouvelle-Aquitaine (123, contre 102). Au niveau des départements, le Nord est le plus frappé par ces incidents, avec environ un fait tous les deux jours (191). Le trio de tête est complété par les Bouches-du-Rhône (un incident tous les 3,7 jours) et la Loire (un incident tous les six jours).

Ce sont les médecins généralistes qui sont les plus touchés par ces faits (71%). "Le Conseil est conscient d'une sous-déclaration notable des violences dont les médecins sont victimes", rappelle-t-on. Les psychiatres (4%), cardiologues (3%) et les gynécologues/obstétriciens sont les spécialistes les moins touchés. Dans le même temps, peu de médecins vont jusqu'au bout des démarches judiciaires. Sur les 1244 déclarations de l'année 2022, seuls un médecin sur trois (31%) a déposé plainte. 

Quels sont les motifs de ces agressions ? Selon cette étude réalisée par l'Ipsos, il s'agit dans un tiers des cas d'un "reproche relatif à la prise en charge" (33%), dans un cas sur cinq d'un "refus de prescription" et dans une agression sur 10 d'une demande de "falsification de document" ou d'un "temps d'attente jugé excessif".

Cette étude, réalisée par l'institut de sondage Ipsos, est basée sur 1244 fiches déclaratives d'incidents de médecins, recueillies entre le 1er et le 31 décembre 2022 dans le cadre d'une consultation par un questionnaire autoadministré. 


Benoît LEROY

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