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Les métropoles françaises parmi les plus criminogènes d'Europe ? Gare à ce classement trompeur

Thomas Deszpot
Publié le 16 mai 2022 à 18h58
La méthodologie de ce classement se révèle très discutable.

La méthodologie de ce classement se révèle très discutable.

Source : Capture écran Twitter

À l'approche des législatives, l'extrême-droite tente de mobiliser son électorat autour de thématiques telles que l'insécurité.
Des représentants de Reconquête!, à l'image du député RN Bruno Bilde se sont appuyés sur un classement peu enviable pour les villes françaises.
Censé prouver que les métropoles de l'Hexagone sont plus dangereuses qu'ailleurs en Europe, il se révèle très peu fiable.

L'élection présidentielle passée, les différents partis se remettent en ordre de marche pour tenter de conquérir des sièges aux législatives. Le député RN de la 12e circonscription du Pas-de-Calais, Bruno Bilde, est notamment mobilisé, plus que jamais candidat à sa réélection. Sur les réseaux sociaux, l'élu a relayé à ses abonnés l'image d'un classement où les villes françaises figurent à des positions peu recommandables. Ces dernières sont en effet réparties en fonction d'un "indice de criminalité". Nantes y occupe une triste première place, tandis que 11 métropoles de l'Hexagone figurent parmi les 15 plus dangereuses du continent.

"Merci la gauche, merci Macron, merci à tous les promoteurs de l’immigration massive et incontrôlée pour ces belles performances", raille Bruno Bilde, emboitant le pas à Stanislas Rigault, candidat Reconquête! à la députation dans le Vaucluse. "Le seul classement où la France de Macron prospère", glissait un peu plus tôt ce dernier à ses abonnés. Des accusations plus que contestables, surtout lorsque l'on se penche sur la méthodologie d'un tel classement.

Des résultats faussés

Quelle est la source des deux candidats aux législatives ? Des éléments compilés par le site serbe Numbeo, qui s'est spécialisé depuis plusieurs années sur la réalisation de classements à partir de données "crowd-sourcées". Derrière ce terme, un concept simple : permettre à tout un chacun de contribuer en ligne en renseignant des informations. Concrètement, n'importe qui peut partager son ressenti et venir sur la plateforme donner son avis, en quelques clics. Contrairement à des enquêtes officielles, réalisées par des instituts statistiques tels que l'Insee ou par des ministères, le contrôle des remontées d'internautes est ici réduit au strict minimum, ce qui entache de fait sa fiabilité.

Si la méthodologie interroge, on note par ailleurs que Bruno Bilde présente à tort ce classement comme celui des villes européennes dans leur ensemble. Numbeo explique ne recenser que les métropoles pour lesquelles un volume suffisant de données est compilé, mais l'on s'aperçoit que la capture d'écran du site mise en avant en ligne ne montre en réalité que des villes rangées derrière la dénomination "Europe de l'Ouest". Ce qui exclut l'Italie, le Royaume-Uni, ou encore l'Espagne.

De multiples pays sont exclus dans le classement partagé sur Twitter par Bruno Bilde. - Capture écran Numbeo

Dès lors que l'on se penche sur l'ensemble des données relatives à l'Europe, il apparaît que 11 villes françaises émergent parmi les 50 jugées les plus dangereuses. Et 4 dans le peu reluisant "top 15". Bien moins que ne le laisse suggérer Bruno Bilde. Outre la méthodologie très discutable utilisée pour constituer ces classements, on observe donc que les responsables politiques qui tentent de les exploiter les présentent de manière biaisée.

TF1 info, l'an passé, émettait déjà des réserves sur l'utilisation des classements fournis par Numbeo. Il s'agit alors de modérer les affirmations selon lesquelles Nice était la ville la plus sûre de toute l'Europe. Le HuffPost, enfin, rappelle un épisode cocasse. En 2017, un internaute Suédois avait réussi à faire de la paisible ville de Lund la plus dangereuse du monde sur le site de Numbeo. Devant des métropoles réputées pour leur niveau de délinquance, à l'instar de Caracas. Il lui avait seulement fallu une journée pour parvenir à fausser les résultats, comme il l'avait expliqué à des médias locaux. L'intéressé mettait alors en avant le fait que "n’importe qui, n’importe où, peut modifier ces données". Une illustration supplémentaire du peu de crédit à apporter aux éléments mis en avant.

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