La hausse des tarifs autoroutiers est intervenue au 1er février et entraîne un surcoût moyen de plus de 4%.
Une augmentation déplorée par des élus, qui mettent en avant les profits des entreprises concessionnaires.
Si l'exploitation des autoroutes se révèle très rentable, le montant des tarifs n'est pas lié aux bénéfices.

Alors que 2022 a été marquée par une forte poussée de l'inflation, les automobilistes qui empruntent les réseaux autoroutiers français font face en ce début d'année à de nouvelles dépenses supplémentaires. Le montant des péages est en effet à la hausse : il a progressé en moyenne de 4,75% au 1er février. 

De quoi agacer des élus, à commencer par le député de la Nupes Antoine Léaument. Il évoque un "racket", alors même que "les sociétés d’autoroutes font des super-profits et distribuent tout aux actionnaires". S'il est exact que la rentabilité des concessions se révèle considérable, les pouvoirs publics peuvent difficilement s'opposer à une hausse des tarifs des péages. En effet, des contrats lient l'État et les exploitants, prévoyant une indexation des prix étroitement liée à l'inflation.

Des concessions très rentables

L'Autorité de régulation des transports (ART), chargée d'effectuer un suivi précis des concessions autoroutières, publie chaque année un rapport détaillé. Le dernier en date, dévoilé fin 2022, portait sur l'exercice 2021. On y retrouve notamment les éléments financiers liés à l'exploitation du réseau par les sociétés d'autoroutes. Ces dernières, rappelons-le, tirent des bénéfices des péages tout en s'engageant à réaliser des travaux d'entretien et de nouveaux aménagements. 

Si l'on en croit l'ART, le temps est beau fixe pour les entreprises concessionnaires : "Le résultat net du secteur augmente de 46,7% en 2021, soit une hausse de 1,2 milliard d’euros", apprend-on. "Cette hausse s’explique non seulement par la hausse du résultat d’exploitation, mais aussi par la baisse des frais financiers, qui résulte d’une baisse de l’endettement et du

refinancement de la dette à des taux inférieurs", ainsi que par "une augmentation de l’impôt sur les sociétés bien inférieure à l’augmentation du résultat d’exploitation du fait de la baisse du taux normal d’impôt sur les sociétés, de 28 % en 2020

à 26,5 % en 2021". Au total, glisse, l'Autorité, "la marge nette (résultat net/chiffre d’affaires) s’améliore et s’établit à 36,5 % en 2021, contre 29,6 % en 2020 et 32,3 % en 2019". 

Les profits réalisés par les entreprises telles que Vinci Autoroutes, APRR AREA ou Sanef SAPN sont notables. Et supérieurs à "ce qu'elles attendaient", d'après le sénateur centriste de l’Essonne Vincent Delahaye. Rapporteur en 2020 d’une commission d’enquête sur le contrôle, la régulation et l'évolution des concessions autoroutières, il estime que "d'ici à la fin des contrats" liant l'État et ces sociétés, à l'horizon 2036, les profits estimés seront compris entre "30 et 35 milliards" d'euros. Les actionnaires devraient continuer à profiter de cette situation, alors même que l'ART souligne que "les dividendes en 2021 ont ainsi atteint un niveau historiquement haut", progressant par exemple de 38% entre 2020 et 2021.

Des tarifs indexés en grande partie sur l'inflation

Lorsque l'on évoque les sommes importantes générées par l'exploitation du réseau autoroutier français, on peut s'interroger sur le besoin d'augmenter les tarifs des péages. Voire le juger totalement abusif, à l'instar du député Antoine Léaument. Néanmoins, il faut garder à l'esprit que les profits enregistrés n'entrent pas en considération lorsque les montants des péages sont réévalués chaque année. Le ministère de la Transition écologique souligne que l'augmentation observée en ce début février "découle de l’application des contrats conclus entre l’État et les sociétés concessionnaires, qui prévoient une hausse égale à 70% de l’inflation hors tabac et, dans une moindre mesure, le financement de nouveaux investissements des sociétés". Qu'importe donc les pertes ou les profits des sociétés concessionnaires, qui ne sont pas étudiés lorsqu'il s'agit de fixer les variations des prix des péages. 

Le renouvellement des concessions a été critiqué à de multiples reprises au cours des dernières années, souvent jugé très défavorable pour la puissance publique. Dans ce contexte, des responsables politiques tels que Marine Le Pen ou Arnaud Montebourg ont envisagé une renationalisation du réseau autoroutier. Une idée séduisante sur le papier, puisqu'elle permettrait à l'État de récupérer chaque année des sommes considérables, mais qui se heurte toutefois à des obstacles majeurs.

Comme le soulignait TF1info en septembre 2021, des contrats lient l'État et les sociétés concessionnaires. Les rompre avant leur échéance s'accompagnerait automatiquement de dédommagements conséquents. Un "rachat" a été évoqué par Bruno Le Maire et le gouvernement, mais fut écarté très rapidement. Dans les rangs de la majorité, on exclut cette option, Bercy expliquant que le coût pour les finances publiques serait compris entre 45 et 50 milliards d'euros. Des chiffres que les spécialistes mettent pour certains en doute, pointant leur ancienneté et le manques de données disponibles pour réaliser des évaluations précises. Quoi qu'il en soit, l'option privilégiée consiste aujourd'hui à patienter jusqu'à l'expiration des contrats. Passé 2035/2036, il sera alors possible de renégocier de façon plus avantageuse, ou de privilégier la mise en place de systèmes de gestion publique.

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Thomas DESZPOT

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