"Ligne merdique": les passagers du Paris-Rouen-Le Havre font la grève des billets

Sibylle Laurent
Publié le 7 septembre 2015 à 15h45
"Ligne merdique": les passagers du Paris-Rouen-Le Havre font la grève des billets
L'essentiel

USAGERS EN COLERE – Depuis ce lundi, les usagers de la ligne SNCF Paris-Rouen-Le Havre ont entamé une grève des billets, pour dire leur ras-le-bol devant les conditions déplorables de leurs transports.

"Ligne maudite. Ligne merdique." Elle sonne commune slogan, cette phrase estampillée depuis lundi sur des faux billets pour Paris-Rouen-Le Havre. Mais pas vraiment un slogan publicitaire. Pour les passagers de cette ligne, c'est surtout une manière de dire qu'ils en ont plus qu'assez : retards, trains vieillissants, trains supprimées, WC fermés, passagers entassés, pas de clim’ en été ou de chauffage en hiver… Chaque jour, ils se livrent à un véritable parcours du combattant pour venir travailler dans la capitale.

Alors ce lundi, le collectif Usagers Paris-Rouen Le Havre a lancé la contre-attaque : la grève des billets. Chacun est invité à participer, en refusant de présenter son titre de transport valide au contrôleur. Et à la place, de lui montrer ce faux billet. Comme Elian, membre du collectif, qui vient chaque jour de Rouen. "C’est le seul moyen qu’on a. On est perdu, c’est de pire en pire", raconte-t-il. "Le pire est qu’on est pris en otage par rapport à ce que la SNCF nous fait subir. On paie 400 euros par mois pour avoir un service dégradé." Le coup de trop, ça a été la semaine dernière : "Ils ont supprimé le 18h25. Les passagers ont dû s’entasser dans celui de 18h50 qui était un demi-train. Les gens subissent ça depuis janvier dernier", peste Elian, pas à court d’anecdotes : "Mardi dernier, un train est parti du Havre sans frein ! On n’en peut plus."

"Allez viens, on est bien !"

Sur Twitter aussi, les commentaires, parfois grinçants abondent. Les usagers se renseignent sur leurs trains, font tourner les infos, se défoulent.

Depuis janvier dernier, les passagers du Paris-Rouen- Le Havre se mobilisent plus particulièrement via leur page Facebook, où ils échangent leurs informations. C’est de là qu’est parti l’appel à la grève des billets. Pour interpeller, marquer le coup. Car jusqu’à maintenant, les usagers pestent dans le vent. "Côté SNCF, pas de réponse. Au niveau politique, rien n’est fait : on nous répond que ce n’est pas la Région qui s’occupe des grandes lignes. On demande à nos élus d’aller au charbon, et de nous représenter auprès de la SNCF !"

"Serait-il imaginable pour un client EDF de payer son abonnement et de ne disposer d’électricité qu'aléatoirement dans la journée ?", questionne une passagère sur la page. "Impensable ! Pourtant, la SNCF peut se permettre ça." Une autre rit jaune : "Yeah, c'est la rentrée, et comme un bonheur n'arrive jamais seul, le 18h25 est supprimé, jusqu'à... ??? Surprise !! Je commence déjà à voir des voyageurs debout. Chouette, profitons-en pour faire notre sport quotidien, c'est bon pour muscler nos popotins, et si vous n'avez pas l'âme sportive, profitez-en pour tester les escaliers. Allez viens, on est bien !" D’autres, encore, évoquent la crainte de perdre leur emploi, à force d’arriver chaque jour au travail avec vingt, parfois trente minutes de retard.

"Quand on a deux heures de transport par jour, la colère explose vite"

Et les passagers ne sont pas seuls dans leur combat. Ils ont reçu le soutien - plutôt inattendu -, de plusieurs contrôleurs de cette ligne sur cette fameuse page Facebook. "Nous sommes d'accord avec vous sur ces points", y écrit ainsi l'un d'eux. "Nous faisons rapports sur rapports. Mais il ne nous est jamais donné de réponse concrète. Nous pensons que seuls vous, usagers, pouvez faire bouger les choses et vous suivons dans votre initiative."

Résultat : en ce premier jour de grève des billets, lundi matin, Elian n’a pas été contrôlé. "Je n’ai vu aucun passage de contrôleurs. Je ne saurais pas dire si c’est une volonté de la SNCF pour laisser mourir le mouvement." Quoi qu’il en soit, ils ne s’arrêteront pas : "Aucun personnel de la SNCF ne nous a contacté. On attend d’avoir des responsables, pour améliorer la situation."

La grève des billets n’est pas un moyen d’action nouveau. Par le passé, elle a souvent été le fait de mouvements venant de passagers qui passent du temps chaque jour dans les transports, sur une longue distance. "Les banlieusards vont souvent moins grogner, car quand on passe une demi-heure dans le train, c’est moins grave si les toilettes ne marchent pas", reconnaît la FNAUT, fédération nationale des usagers des transports . "Mais quand on a deux heures et demi de transport par jour, qu’il y a des arrêts, qu’on ne sait pas à quelle heure on arrive, la colère explose plus vite." Pour autant, la FNAUT n’approuve pas la méthode de la grève du billet. "On n’incite pas à le faire, car cela met les usagers en situation irrégulière, risquant une amende de 50 euros, et c’est souvent rarement suivi d’une volonté de se structurer derrière, de se constituer en association et devenir un vrai lobby", explique le service de communication. "Mais on y est attentif, et on salue l’expression d’usagers qui veulent dénoncer des conditions de transports détestables. C’est aussi une technique qui a l’avantage d’être médiatisée." Ce qu’Elian reconnaît : "On est abasourdi par l’intérêt que cela a suscité chez les médias", indique-t-il. "Depuis hier, on croule sous les appels." Mais Guillaume Pepy, patron de la SNCF, n'a, lui, pas encore appelé...

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