Membre du comité directeur de la Ciivise, l'avocat Bruno Questel a annoncé jeudi sa démission.
Des associations de victimes l'avaient mis en cause pour avoir assuré la défense d'un père jugé et condamné pour inceste.
La secrétaire générale de la Commission reconnaît une "institution dans la tourmente" mais assure de vouloir poursuivre ses travaux.

La Ciivise ne se sort pas de la tourmente. Alors que les travaux de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants ont repris en avril, avec un nouveau comité directeur de quatre personnes à sa tête, l'institution doit faire face à une nouvelle crise, qui a conduit à la démission d'un de ses responsables, l'avocat Bruno Questel.

Plus tôt dans la semaine, Le Courrier de l'Eure a révélé que Me Questel avait assuré la défense d'un père jugé et condamné pour inceste par le tribunal d'Évreux, le 16 mai dernier. "J'ai accepté d’assurer sa défense, car je ne sais pas. On ne sait pas ce qui s'est exactement passé. Ce qui est sûr, c'est qu'il est meurtri et en souffrance et qu'il est très malheureux de ne pas voir ses enfants. S'il a commis une faute, c'est d'avoir dormi avec sa fille", avait déclaré l'avocat dans sa plaidoirie, restituée par l'hebdomadaire

Interrogé à ce propos par l'AFP, Bruno Questel a justifié avoir a défendu ce client, qu'il "assiste depuis dix ans sur d'autres questions".

Les associations dénoncent un "conflit d'intérêt"

Une réponse qui n'est pas passée du côté des associations représentant des victimes d'inceste. "'Je te crois, je te protège', c'est fini à la Ciivise, maintenant, c'est 'on doute de ce que vous dites, taisez vous'", a réagi Arnaud Gallais, activiste des droits de l'enfance, faisant part de sa colère sur le réseau social X. "Le crime d'inceste est trop grave et encore trop soumis au silence pour que les personnes chargées d'organiser le débat et de dégager des consensus soient prises dans des conflits d’intérêts qui fragilisent l'action et l'engagement de tous", a pour sa part estimé l'association Face à l'inceste.

En réaction, deux autres associations - L'Enfant Bleu et Colosse aux pieds d'argile - ont, elles, décidé de se retirer de la Commission. "Les actions et prises de position récentes sont en totale contradiction avec nos valeurs et notre mission. L'association L’Enfant Bleu a toujours été, et restera, du côté des victimes", a justifié cette dernière. Chacune des deux associations était représentée par deux personnes qui par conséquent ne participeront plus aux travaux de l'instance.

Plus tard dans la soirée, les membres de la Ciivise ont indiqué par voie de communiqué qu'ils se "désolidarisaient" des propos de Bruno Questel et souhaitaient continuer leurs travaux sans lui. "Ces propos sont acceptables pour un avocat de la défense, mais la position première des membres de la Ciivise doit être d’écouter et défendre la position des victimes", a mis en avant sa secrétaire générale, Alice Casagrande. 

Sous pression, c'est dans un tweet que Bruno Questel a finalement annoncé son départ de la Ciivise "avec regret", rappelant qu'il restait "avant tout attaché aux principes constitutionnels, comme le droit à la défense". À la fin de la journée, la Commission avait donc perdu cinq de ses 40 membres.

Crises et départs en cascade

La Ciivise a été lancée en 2021 et ses travaux devaient prendre fin en décembre 2023. Sous la pression des associations et des victimes, l'exécutif avait finalement annoncé son maintien. Ce deuxième mandat est néanmoins marqué par les crises et les départs en cascade, fragilisant un peu plus l'institution. 

Les dernières démissions "sont compréhensibles, elles sont regrettables, mais nous savons pourquoi nous nous levons le matin", a souligné Alice Casagrande à TF1info, reconnaissant une "institution dans la tourmente" mais excluant tout retrait du collège directeur, désormais composé que de trois personnes.


Aurélie LOEK

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