Ce jeudi 19 janvier, c'est une intersyndicale, réunissant les 8 principaux syndicats, qui appelait à une manifestation d'ampleur pour protester contre la réforme des retraites.
Selon le ministère de l'Intérieur et les organisateurs, entre 2 millions et 1,12 million de participants ont battu le pavé partout en France en cette rentrée 2023.
Retour sur plusieurs autres grandes manifestations qui ont amené les Français à descendre dans la rue.

Ce jeudi 19 janvier devait donner le ton. Face au projet de réforme des retraites du gouvernement, qui prévoit notamment de reporter l'âge légal de départ à 64 ans, les syndicats ont fait front commun au sein d'une intersyndicale rare. La mobilisation a été massive, selon les chiffres des organisateurs et du ministère de l'Intérieur. Plus d'un million de personnes (1,12 million) ont défilé jeudi en France, dont 80.000 à Paris, selon Beauvau quand les organisateurs se félicitent d'avoir rassemblé plus de deux millions de participants. 

Ces dernières décennies, les Français sont descendus dans la rue à plusieurs reprises pour lutter contre la politique du gouvernement. Des grandes manifestations aux résultats variés.

1995 : le "plan Juppé" contesté

C'est un exemple souvent cité par les responsables syndicaux pour illustrer leur démonstration de force. En 1995, pendant plusieurs semaines, trains et métros sont paralysés pour protester contre le gouvernement d'Alain Juppé. À l'époque, le Premier ministre présente "un plan de redressement de la Sécurité sociale" qui prévoit notamment d'aligner les régimes de retraites des fonctionnaires et des agents de services publics sur celui des salariés du privé.

Le 12 décembre, la mobilisation est massive. Un million de personnes descendent dans la rue selon la police, deux millions selon les organisateurs. Face aux rassemblements et plusieurs jours de grèves, Alain Juppé finit par céder, et renonce aux mesures sur les retraites.

2003 : opposition au projet de loi Fillon sur les retraites

De février à début juin 2003, une série de grèves et de manifestations mobilisation la fonction publique contre une réforme menée par le Premier ministre de l'époque, Jean-Pierre Raffarin et son ministre du Travail, François Fillon. Cette réforme vise à aligner en partie le régime de retraite des fonctionnaires sur celui du privé, tandis que la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein doit être portée progressivement à 40 ans. Des centaines de milliers de personnes se mobilisent, et les manifestations du 13 mai rassemblement un à deux millions de Français. Malgré cette mobilisation, la réforme est adoptée.

2006 : le "Contrat première embauche" suscite la colère

Trois ans plus tard, le Premier ministre Dominique de Villepin propose de créer un nouveau contrat de travail - le Contrat première embauche (CPE) - pour faire reculer le chômage des jeunes, alors de 24%. Ce dispositif permet aux employeurs d'embaucher un salarié de moins de 26 ans en CDI, mais avec une période d'essai de deux ans, durant laquelle il peut le licencier sans motif.

Organisations lycéennes et étudiantes et certains syndicats s'unissent pour lutter contre ce projet, et jusqu'à trois millions de personnes descendent dans la rue en mars 2010, selon les organisateurs. Le CPE est adopté par 49.3, mais le président Jacques Chirac suspend immédiatement son application. Le dispositif est finalement abandonné en avril, face à la fronde.

2007 : réforme des régimes spéciaux de retraite

Peu après l'élection de Nicolas Sarkozy, son Premier ministre, François Fillon, lance la première réforme des retraites du quinquennat. Celle-ci vise les régimes spécifiques des agents des services publics et les professions à statut particulier (clercs et employés de notaires) et doit faire passer progressivement leur durée de cotisation à 40 ans.

La plupart des syndicats s'y opposent et une première grève massive de 24 heures se déclare le 18 octobre 2007, notamment dans les transports publics et à EDF-GDF. Par la suite, des grèves illimitées et reconductibles sont déclenchées toutes les 24 heures à l'appel d'une majorité de syndicats à la SNCF et à la RATP, rejoints le lendemain par des agents EDF-GDF. Les grèves durent jusqu'au 22 novembre. Malgré ces fortes perturbations, la réforme est adoptée, les syndicats parvenant malgré tout à négocier des mesures salariales de compensations dans les entreprises concernées.

2010 : l'âge légal de la retraite déjà au cœur des contestations

Il s'agit de la dernière réforme des retraites repoussant l'âge légal de départ. En 2010, le gouvernement de François Fillon propose de reporter progressivement l'âge de la retraite de 60 à 62 ans. Des efforts supplémentaires demandés aux Français pour équilibrer le régime, qui suscitent une large contestation dans le pays.

Le 12 octobre 2010, entre 1,2 et 3,5 millions de personnes descendent dans la rue à l'appel des syndicats, tandis que des raffineries, terminaux portuaires et dépôts de carburant sont bloqués. Malgré la colère, François Fillon et le président Nicolas Sarkozy ne plient pas. Le projet de loi est adopté par le Parlement.

2016 : la loi Travail ou loi El Khomri

En février 2016, la ministre socialiste du Travail Myriam El Khomri présente un projet de loi visant à réformer le code du travail afin selon elle d'améliorer la compétitivité et réformer le code du travail. Un texte qui reçoit aussitôt l'opposition de la plupart des organisations syndicales qui dénoncent plutôt une atteinte aux droits des salariés et une précarisation de l'emploi. 

Plusieurs journées d'action nationales sont alors lancées avec une mobilisation qui culmine le 31 mars, rassemblant entre 390.000 et 1,2 million de personnes à travers la France. Le 14 juin, une autre grande manifestation mobilise de 125.000 à 1,3 million de Français. Cette nouvelle opposition dans la rue est nourrie par l'utilisation du 49.3 par le Premier ministre Manuel Valls, ce qui est vu comme un passage en force par les syndicats. La loi est néanmoins définitivement adoptée, puis promulguée le 9 août suivant.

2018 : le début de la crise des Gilets jaunes

C'est l'un des moments forts du premier quinquennat d'Emmanuel Macron. En novembre 2018, un an et demi après son accession à l'Élysée, le chef de l'État subit la colère de la rue. Cette fois, aucun syndicat à l'origine des rassemblements, mais un détonateur qui donne naissance aux Gilets jaunes : la hausse d'une taxe sur les carburants, provoquant une augmentation du prix du plein.

Rapidement, les mobilisations se transforment en réquisitoire contre la politique du gouvernement, et les Gilets jaunes se rassemblent chaque samedi à compter du 17 novembre. Ce jour-là, 282.000 personnes manifestent dans toute la France. Deux semaines plus tard, lors de "l'acte 3", des violences éclatent à Paris. Pour calmer la colère, Emmanuel Macron suspend plusieurs mesures fiscales, et organise un "grand débat national" de plusieurs mois lui permettant de sillonner la France.

2019 : manifestations contre un régime de retraite "universel" par points

Promesse de campagne d'Emmanuel Macron, cette réforme du système des retraites est présentée en décembre 2019 par le Premier ministre Edouard Philippe et mobilise aussitôt contre elle. Le 5 décembre 2019, entre 806.000 et 1,5 million de personnes manifestent. Le 17, entre 615.000 et 1,8 million défilent à nouveau.

Chez les enseignants, la grève atteint des taux records depuis 2003. Reconductible à la SNCF et la RATP, elle se poursuit pendant les congés de fin d'année et une partie de janvier pour constituer la plus longue grève à la SNCF depuis sa création. La mobilisation touche aussi les ports, raffineries, la Banque de France, l'Opéra de Paris ou les avocats. Pour autant, le projet de loi est adopté sans vote (article 49.3) début mars en première lecture à l'Assemblée. La réforme ne sera néanmoins jamais appliquée, car suspendue le 16 par Emmanuel Macron en raison de la pandémie de Covid-19.


Aurélie LOEK et Idèr NABILI

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