Les "méga-bassines" des Deux-Sèvres au cœur de la contestation

Méga-bassine à Sainte-Soline : qu'est-ce que "l'écoterrorisme", évoqué par Gérald Darmanin ?

Publié le 31 octobre 2022 à 12h23
JT Perso

Source : TF1 Info

Plus de 60 gendarmes ont été blessés samedi après des manifestations contre la construction d'une méga-bassine à Sainte-Soline (Deux-Sèvres).
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a alors dénoncé "l'écoterrorisme" dont ont fait preuve, à ses yeux, une partie des manifestants.
À quoi ce terme fait-il référence ?

La tension monte entre les autorités et les manifestants. Samedi 29 octobre, plusieurs milliers de personnes se sont réunies à Saint-Soline, dans les Deux-Sèvres, pour protester contre la construction d'une méga-bassine, une réserve d'eau destinée à une irrigation agricole à l'est de Niort. 1500 gendarmes ont été mobilisés pour empêcher les manifestants d'entrer sur le chantier.

D'après le ministère de l'Intérieur, une soixantaine de membres des forces de l'ordre ont été blessés, Gérald Darmanin dénonçant "l'écoterrorisme" dont ont fait preuve, à ses yeux, une partie des manifestants. "Le terme d'écoterrorisme a été évoqué pour certains individus présents sur cette manifestation", a renchéri ce lundi matin le préfet de police Laurent Nuñez, au micro de Franceinfo. "Un certain nombre d'entre eux sont fichés S, au même titre que des terroristes islamistes, de manière à pouvoir être suivis."

Le ministre de l'Intérieur et le préfet de police s'appuient en effet sur la définition du code pénal. D'après l'article 421-2, lorsqu'un acte "intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective, a pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur", il est considéré comme terroriste. Cela peut prendre différentes formes, comme des "destructions", des "dégradations" ou des "détériorations".

C'est notamment ce que vise Gérald Darmanin. "Avec cinq véhicules de gendarmerie détruits, cette manifestation interdite relève de l'écoterrorisme", a-t-il souligné. "Il y a des gens radicalisés, à l'ultra-gauche, qui veulent manifestement le désordre et le chaos."

Un phénomène qui remonte à plus d'un demi-siècle

"L'écoterrorisme correspond à toute activité terroriste justifiée par des discours liés à la protection de l'environnement ou par la défense des animaux", résumait ces dernières années le chercheur Benoît Gagnon, dans une note publiée par le Cairn. Il estime que la naissance de ce phénomène remonte aux années 1960, "avec des groupes activistes opposés à la chasse" au Royaume-Uni.

Le mouvement s'est depuis propagé à plusieurs pays du monde, dont la France. "Étant donné que les écoterroristes prônent la protection de l'environnement et la défense des droits des animaux, la majorité de leurs activités se déroulent dans les pays industrialisés", explique-t-il. "L'écoterrorisme exploite généralement des techniques visant principalement à détruire des biens. [...] Les actions des groupes écoterroristes visent principalement des entreprises qui vont œuvrer dans des secteurs qui sont rentables, mais qui sont également de grands consommateurs d'énergie, de grands pollueurs."

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Toute la classe politique ne se reconnaît toutefois pas dans ce terme, à commencer par la députée insoumise de Seine-Saint-Denis, Clémentine Autain. Ce lundi, elle a estimé que "l'écoterrorisme est une insulte aux militants de l'écologie". "C'est une insulte aux victimes du terrorisme d'associer le mot terrorisme à écologie", s'est-elle indignée au micro de RMC, dénonçant un "écran de fumée" destiné à masquer le "contenu du combat."


Idèr NABILI

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