#MeToo, 5 ans après : comment le mouvement s’est ramifié dans la société française

Caroline Quevrain
Publié le 5 octobre 2022 à 19h26
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

En cinq ans, le phénomène de la libération de l’écoute sur les violences sexistes et sexuelles a trouvé un écho dans de nombreux secteurs.
Du sport à la cuisine, en passant par les affaires d’inceste touchant les mineurs, #MeToo a connu un prolongement inédit dans l’histoire de la société française.

Le 15 octobre 2017, l’actrice Alyssa Milano tweetait "moi aussi", reprenant le hashtag #MeToo, utilisé 11 ans plus tôt par la travailleuse sociale Tarana Burke. Dans la foulée des premières révélations sur l'affaire tentaculaire concernant le producteur Harvey Weinstein, visé par une centaine d'accusations de harcèlement, d'agressions sexuelles ou de viols, personne ne se doutait à ce moment précis que ce témoignage allait inciter des millions de personnes du monde entier, des femmes en grande majorité, à se livrer elles aussi sur les violences subies au cours de leur vie personnelle ou de leur carrière. 

Personne n'imaginait non plus que le mouvement né en ligne trouverait un écho dans de nombreux secteurs et pans de la société française, du milieu de la nuit au monde du sport, jusqu’à la politique. Toutes ces ramifications n’ont pas émergé sur les réseaux sociaux ou repris le hashtag #MeToo. Mais toutes ont le point commun d’avoir mis en lumière le caractère systémique des violences sexistes et sexuelles (VSS), quels que soient les secteurs.

Effet domino

Janvier 2020, le monde du sport est touché par la déferlante #MeToo avec le témoignage de Sarah Abitbol. Dans son livre Un si long silence (Plon), la championne de patinage artistique raconte avoir été violée par son ancien entraineur entre ses 15 et ses 17 ans. Son récit est suivi de centaines d’autres. Un an plus tard, la plateforme d’écoute créée sur les violences sexuelles rapporte avoir reçu près de 400 signalements, dont la moitié provenant des fédérations sportives.

Autre témoignage fort ayant pris forme dans les librairies : Le Consentement (Grasset), de Vanessa Springora, qui raconte comment, à 14 ans, elle a vécu sous l'emprise de l'écrivain Gabriel Matzneff avec la complaisance du milieu littéraire parisien. Un an plus tard, c'est celui de Camille Kouchner - La familia grande (Seuil) - qui retrace les viols de son frère jumeau quand il était adolescent, par son beau-père, le politologue Olivier Duhamel. Le mouvement #MeTooInceste trouve là aussi un écho tout particulier en levant le voile sur un tabou. Et incite des centaines d’autres personnes, anonymes ou non, à témoigner dans les médias, sur les réseaux sociaux. 

Ces révélations faites début 2021 ont alors un véritable effet domino. Dans les instituts d'études politiques, plus communément appelés Sciences Po, on se met ainsi à dénoncer les VSS qui y règnent. Dans la célèbre grande école parisienne, où enseignait Duhamel, la démission du directeur Frédéric Mion est demandée tandis que sous le hashtag #sciencesporcs, les comportements d’élèves actuels ou anciens sont révélés au grand public. 

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Depuis cinq ans, le mouvement #MeToo continue à vivre et à se renouveler sous d’autres formes. Reprenant sa transcription française #balancetonporc, les dérivés déferlent sur les réseaux sociaux, comme sur Instagram. Plusieurs comptes sont alors créés pour recueillir des témoignages anonymisés dans une multitude de domaines : le monde de la nuit avec #balancetonbar ou #balancetonuber, spécifique aux VTC, mais aussi dans les médias avec #balancetaredac et l’affaire PPDA qui a suivi. Ou encore dans l'univers des réseaux sociaux avec #balancetontiktokeur

D’autres secteurs font leur propre examen de conscience, comme le théâtre qui reprend à son compte le fameux #MeToo suite au témoignage de Marie Coquille-Chambel. En octobre 2021, la youtubeuse raconte sur Twitter avoir été violée par un comédien de la Comédie Française.

Sur Instagram, de nombreux comptes recensent des témoignages anonymes sur des cas de VSS. Ici, "Balance ton bar Paris". - Instagram

La restauration, où le sexisme est légion, n’est pas épargnée non plus. Pour une fois, dans la lignée de #MeToo, les récits de violences et d’agressions sexuelles sont écoutés. Lancé très tôt, notamment via le compte Instagram "Je dis non chef", le mouvement a toutefois du mal à prendre dans les cuisines françaises.

En politique aussi, grâce aux changements de mentalités depuis 2017, la libération des paroles trouve enfin sa place. Et de la démission demandée de Gérald Darmanin à l'affaire Damien Abad, le gouvernement se retrouve plus d'une fois dans le viseur. Le mouvement a pour effet de créer une instance indépendante, l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles. Plusieurs partis décident alors de monter des cellules d'écoute, qui pourraient enquêter sur des agissements qu’on leur signalerait. Si la gauche n’a pas attendu pour s’en doter, certains partis à droite, comme le Rassemblement national, ne jugent toujours pas nécessaire de sauter le pas.


Caroline Quevrain

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