#MeToo, 5 ans après : le 15 octobre 2017, le jour où la parole s'est libérée

Publié le 3 octobre 2022 à 23h56

Source : JT 20h WE

Le 15 octobre 2017, l'actrice américaine Alyssa Milano incitait les femmes victimes de harcèlement sexuel à témoigner sur Twitter en utilisant le mot-clé #MeToo.
Sans le savoir, elle lance alors ce qui est devenu un mouvement social planétaire.
Repris, ce hashtag lance une vaste libération de la parole concernant les violences sexistes et sexuelles.

C'est un simple slogan, deux petits mots, qui ont fait le tour du globe et ont symbolisé une vaste libération de la parole. Le 15 octobre 2017, rien ne pouvait indiquer qu'un simple tweet de l'actrice américaine Alyssa Milano prendrait une telle ampleur. Pourtant, celui-ci a bien lancé ce qui a largement dépassé le phénomène viral, incarnant plutôt un véritable mouvement social et féministe, dont les conséquences se font encore ressentir aujourd'hui. Retour sur ce jour où le mouvement #MeToo est né.

Les conséquences de l'affaire Harvey Weinstein

Dans les prémices du mouvement #MeToo, il y a les révélations, le 5 octobre 2017, de l'affaire Weinstein. Après plusieurs mois d'enquête, les journalistes Jodi Kantor et Megan Twohey du New York Times, puis Ronan Farrow quelques jours plus tard dans le New Yorker dévoilent au grand jour les accusations d'agressions, de violences et de viols portées une douzaine de femmes visant le producteur de cinéma américain. Les révélations secouent Hollywood et font le tour de la planète, notamment via les réseaux sociaux.

À la suite de la publication de ces enquêtes journalistiques, Alyssa Milano fait un tweet dans la nuit du 14 au 15 octobre. "Si vous avez été victime de harcèlement ou d'agression sexuelle, écrivez "moi aussi" en réponse à ce tweet", publie-t-elle, qu'elle fait suivre immédiatement d'un "Me too".

L'actrice des séries Madame est servie et Charmed reprend alors un hashtag lancé en 2006 par la travailleuse sociale Tarana Burke en soutien aux victimes d'agressions sexuelles dans les quartiers défavorisés. Pour autant, le tweet d'Alyssa Milano prendra une ampleur bien plus vaste, puisqu'à la suite de sa publication, ce sont plus de soixante mille messages en à peine cinq jours qui vont suivre.

Anonymes ou non, de tous les milieux, les victimes d'agressions sexuelles, qui sont en grande majorité des femmes, font entendre leur récit, certains témoignant pour la première fois. Qu'ils soient courts ou longs, rapportant des gestes déplacés, des agressions, des viols, les témoignages se multiplient. Si ce n'est pas la première fois qu'un tel mouvement est lancé sur les réseaux sociaux, celui-ci frappe par sa force. Les victimes parlent et elles semblent désormais être écoutées.

Un mouvement qui continue de prendre de l'ampleur

Dans le sillage de #MeToo, d'autres hashtags naissent, à l'instar du #Balancetonporc, lancé par la journaliste française Sandra Muller le 13 octobre et qui invite à raconter et à dénoncer le harcèlement sexuel au travail. #keineKleinigkeit ("pas une broutille") apparaît en Allemagne, #YoTambien ("moi aussi") en Espagne alors qu'en Italie, la journaliste Julia Blasi lance #quellavoltache ("cette fois où"). Corée du Sud, Inde, Moyen-Orient ou encore Amérique centrale... pas un endroit du globe ne parait échapper à la vague #MeToo.

Les années suivantes, les témoignages continuent d'affluer, se focalisant parfois dans certains milieux, révélant l'aspect systémique des agressions sexuelles. Après le cinéma, des révélations sont faites dans le milieu des jeux vidéo, puis de la communication et des médias ou récemment, du théâtre ou de la politique. MeTooGay permet de libérer la parole dans les milieux LGBT+ tandis que le MeTooInceste rend compte des violences qui touchent aussi les mineurs.

Cinq ans plus tard, les conséquences de ce qui est défini comme un véritable mouvement social ne finissent pas de se faire ressentir, ouvrant de nouvelles interrogations sur comment mieux rendre justice dans des affaires, complexes, où les preuves matérielles manquent souvent ou sont prescrites. Car si la parole s'est effectivement libérée, en France, le taux de condamnation pour viol ne dépassait par les 1% en 2020. Seule certitude, ce mouvement de revendications marque durablement le début du XXIe siècle, permettant de commencer à mettre fin à une chape de plomb qui jusque-là empêchait les victimes de se faire entendre.


Aurélie LOEK

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