Airbnb : à Paris, les loueurs de meublés touristiques rechignent à se déclarer, la mairie veut porter plainte

Vincent Michelon
Publié le 4 avril 2018 à 15h55
Airbnb : à Paris, les loueurs de meublés touristiques rechignent à se déclarer, la mairie veut porter plainte

BRAS DE FER - La mairie de Paris prépare des plaintes contre quatre plateformes, dont Airbnb, pour les enjoindre à retirer les annonces de meublés non déclarées. Selon Airbnb, seules 15% des loueurs se sont enregistrés, comme les y oblige la Ville depuis le 1er décembre, et le système "dysfonctionne".

Les loueurs de meublés touristiques traînent la patte. Alors que la mairie de Paris impose, depuis le 1er décembre 2017, l'enregistrement préalable des annonces publiées sur les plateformes afin de les forcer à se conformer à la réglementation, le bilan après quatre mois est loin d'être concluant. Au point que la Ville, qui avait déjà mis en demeure Airbnb à ce sujet en décembre, nous indique qu'elle prépare une plainte contre cette plateforme ainsi que quatre autres, HomeAway-Abritel, Wimdu, Sejourning et Paris Attitude. 

Selon les chiffres transmis par la Ville à LCI, seules 15.900 annonces, toutes plateformes confondues, ont fait l'objet d'un enregistrement en bonne et due forme sur le site dédié. "Nous sommes toujours dans la situation où Airbnb, contrairement à Booking, refuse de se conformer à la loi [d'octobre 2016, NDLR] et de retirer les annonces qui n'ont pas été enregistrées", indique à LCI l'adjoint PCF au Logement Ian Brossat. "Du coup, les loueurs n'ont aucun intérêt à s'enregistrer. Cela explique pourquoi nous sommes en train de préparer une plainte."

"L'enregistrement est un échec"

Un rapide sondage des annonces passées sur Airbnb montre qu'à peine un logement sur six mentionne le fameux numéro d'enregistrement obtenu auprès de la mairie. Sollicitée par LCI, la plateforme donne un chiffre encore plus bas : seules "15% des annonces sont enregistrées", et "seuls 5% des hébergements loués moins de 30 nuits par an sont enregistrés". Sur le site de Airbnb, on signale même que "dans de rares cas", certains utilisateurs assez cyniques utilisent l'espace dédié au numéro d'enregistrement pour y communiquer un numéro de téléphone ou une adresse e-mail afin de passer des réservations en douce, en dehors de la plateforme. 

Si le constat de "l'échec" de l'enregistrement est partagé avec la Ville, Airbnb en tire des leçons très différentes. La plateforme internationale estime, par la voix d'un porte-parole, que "c'est un dispositif dysfonctionnel qui décourage particulièrement les principaux utilisateurs d'Airbnb, les loueurs occasionnels". A l'inverse, nous assure-t-on, "la proportion d'hébergements enregistrés est quatre fois plus importante parmi les hôtes qui louent plus de 120 nuits", et qui restent dans l'illégalité puisqu'ils dépassent ainsi la limite du cadre réglementaire parisien. Le système ne dissuaderait donc pas du tout les "professionnels du tourisme" qui ont recours aux sites d'hébergement en meublés touristiques. 

La loi Elan au tournant

En accentuant la pression sur les plateformes, la Ville sait malgré tout qu'elle est entendue au niveau de l'Etat. Le projet de loi sur le logement (Elan), présenté ce mercredi 4 avril en conseil des ministres, prévoit, dans son article 51, une "obligation pour le loueur de transmettre à sa commune le décompte des nuitées", un renforcement des amendes pour les meublés en situation irrégulière, mais aussi l'instauration "d'amendes civiles pour les plateformes", d'un montant pouvant aller de 10.000 à 50.000 euros. Les sites de location directement frappés au portefeuille ? La perspective ne réjouit pas Airbnb, pour qui il existe "des solutions plus adaptées que d'introduire des sanctions disproportionnées, associées à de nouvelles obligations qui vont compliquer le quotidien de nombreux ménages français". La plateforme assure avoir rempli jusqu'ici ses obligations informant ses clients sur la réglementation en vigueur. 

Mais pour Ian Brossat, cette loi, si elle est votée en l'état, "va régler le problème". "C'est exactement ce que nous demandions." Reste à savoir si une nouvelle loi dissuadera les "professionnels" du tourisme en meublé. Jusqu'ici, indique le porte-parole d'Airbnb à LCI, "le nombre de logements disponibles est resté stable", à 65.000 annonces mises en ligne. 


Vincent Michelon

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