Après le meurtre de Lola, 12 ans, l'émotion et la polémique politique

Meurtre de Lola : qu'est-ce que l'"Institut pour la Justice", à l'origine du rassemblement ce jeudi à Paris ?

par Aurélie LOEK
Publié le 20 octobre 2022 à 18h31
JT Perso

Source : TF1 Info

Six jours après la découverte du corps de Lola, tuée à 12 ans à Paris, l'"Institut pour la Justice" organise un rassemblement ce jeudi soir dans la capitale.
Cette association, qui prône un durcissement de la politique pénale, assure représenter les victimes de défaillances judiciaires.
Si elle se dit "apolitique", elle est réputée proche d'Eric Zemmour et de son parti d'extrême droite, Reconquête.

Six jours après la découverte du corps de Lola, l'"Institut pour la Justice" appelle à un rassemblement ce jeudi à Paris "pour les victimes" de "défaillances" judiciaires, citant le nom de la petite fille de 12 ans tuée à Paris. L'occasion pour cette association, habituée des coups d'éclats dénonçant un supposé "laxisme de la justice", de revenir sur le devant de la scène.

Mobilisé contre un supposé "laxisme de la justice"

Ce "mouvement" composé "de citoyens, de victimes et d’experts du monde judiciaire", prétend s'imposer comme un "interlocuteur incontournable dans le débat public sur la Justice". Une expertise qui se fonde sur la publication d'"études" et de la "Revue française de criminologie et de droit pénal", et des experts, cités sur son site. Parmi ces derniers certains participeraient à l'élaboration des propositions que l'"Institut" porte auprès des politiques et des médias, selon les propos du directeur, Pierre-Marie Sève, interrogé par TF1info, sans que celui-ci précise concrètement l'impact de ces expertises. 

Car la liste des experts peut paraitre hétéroclite. Parmi eux, on trouve des références du droit pénal et de la criminologie, à l'instar du Français Jean Pradel ou du Québécois Maurice Cusson. Mais sont également cités l’avocat Gilles-William Goldnadel, notamment connu pour sa constante défense de la droite israélienne, ou l’ancien directeur de la police judiciaire parisienne Olivier Foll. Celui-ci s’était rendu célèbre en 1996 pour avoir refusé d’assister le juge Halphen dans sa perquisition au domicile du maire de la capitale à l’époque, Jean Tiberi, rapporte un article de Rue89.

Un "Institut" qui est en fait une association

Derrière une façade d'institut de recherche et d'enseignements, l'"Institut pour la Justice" reste une association loi 1901. Créée en 2007, elle emploie cinq personnes, et a pour but "de réformer le système judiciaire" pour combler des "défaillances" de l'État et de la justice, comme a pu l'expliquer son directeur, Pierre-Marie Sève. À travers plusieurs mesures, l'association prône un durcissement de la politique pénale française.

Habituée des coups d'éclats pour dénoncer un supposé "laxisme de la justice", l'association se présente comme prenant le parti de victimes, ou de familles de victimes, qui s'estiment lésées par le système judiciaire. En févier dernier, l'Institut pour la justice était par exemple à l'origine d'un "happening" appelant à "une justice plus ferme avec les délinquants". Le mouvement avait disposé des silhouettes noires devant les bouches de métro les plus fréquentées de Paris. Sur chacune d'elle, une ou deux phrases décrivaient une agression commise par des "délinquants" avec qui lesquelles la justice aurait été trop clémente. La Ville de Paris avait annoncé que l'organisme serait verbalisé pour affichage sauvage.

Une récupération du meurtre de Lola ?

Avec l'appel à manifester ce jeudi 20 octobre à 18h30 à Paris, l'association refait parler d'elle, quelques jours à peine après le meurtre de la petite Lola. Cette manifestation est présentée comme "un rassemblement de soutien aux victimes", et non spécifiquement pour la petite fille. La date aurait d'ailleurs été fixée avant l'affaire Lola, selon Pierre-Marie Sève, qui évoque "pratiquement le hasard du calendrier". Le hashtag #manifpourLola est néanmoins constamment utilisé sur les différentes publications de l'association sur Twitter.

S'il assure que toutes les victimes participant au rassemblement sont "consentantes", le directeur de l'"Institut" reconnaît ne pas avoir appelé les parents de Lola pour leur demander l'autorisation de mentionner cette affaire lors de cette manifestation. "On est obligé de citer son nom, ne serait-ce pour ne pas être déconnecté de l'actualité", relève-t-il.

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Le choix de la tenue d'un tel rassemblement interroge malgré tout, au moment où une partie du monde politique n'a pas hésité à se saisir du meurtre de la petite fille de 12 ans. Les appels à manifestation ont ainsi été largement relayés par les soutiens du parti d'extrême droite d'Eric Zemmour. Car ce "think thank" est aussi réputé proche de l'ancien polémiste, Pierre-Marie Sève reconnaissant lui-même que son association avait été "sollicitée" par Reconquête lors de la dernière campagne présidentielle. 

Eric Zemmour et ses cadres seront d'ailleurs présents au rassemblement, tout comme Nicolas Dupont-Aignan de la droite souverainiste ou encore Florian Philippot. Malgré cette proximité avec l'extrême droite, le directeur de "l'Institut pour la Justice" a revendiqué un statut "apolitique", rappelant que l'association avait aussi participé à l'élaboration du programme de Nicolas Sarkozy en 2012 et qu'elle souhaitait s'adresser "à tout le monde".

Parallèlement, le Rassemblement national a indiqué qu'il ne s'y rendrait pas, Marine Le Pen jugeant que "la manifestation apolitique à laquelle nous devions participer a fini par s'éloigner de la nature de l'hommage que nous souhaitions rendre". De même, le député LR Eric Ciotti s'est refusé la participation à toute manifestation liée à la mort de Lola. "Je ne participerai pas à toute forme de récupération", soulignait sur RTL le candidat à la présidence de LR.


Aurélie LOEK

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