Jean-Luc Mélenchon estime qu'il est inutile de vouloir lutter contre les déplacements de populations.
Ces derniers vont s'accroître à l'avenir, assure le chef de file des Insoumis, en raison notamment des quelque 260 millions de réfugiés qui seront à dénombrer d'ici à 2030.
Si ce chiffre est parfois repris par les ONG, on note que les estimations sont très variables et soumises à d'importantes réserves.

Il est vain de chercher à fermer les frontières de l'Europe et de lutter contre l'immigration, estime Jean-Luc Mélenchon. Le fondateur de la France insoumise, qui plaide pour une vaste campagne de régularisation des sans-papiers, assure qu'à l'avenir, les flux de population vont s'intensifier. Comme en témoignent, selon lui, les projections faisant état du nombre de réfugiés climatiques : on en attendrait ainsi 260 millions d'ici à 2030, a expliqué l'ancien député.

Jusqu'à 1,2 milliard de déplacés, à l'horizon 2050

Selon Oxfam, "on s’accorde à dire qu’un réfugié climatique est une personne qui se retrouve dans une situation dans laquelle sa sécurité ou sa vie sont en danger, qui se voit forcée de quitter son foyer pour se déplacer vers d’autres régions du pays ou vers d’autres pays, dû aux conséquences des changements climatiques causés par l’action humaine". C'est en parcourant les publications de l'ONG que l'on retrouve l'estimation fournie par Jean-Luc Mélenchon, tablant sur 260 millions de déplacés climatiques à l'horizon 2030. 

Difficile pour autant d'en retrouver la source : quand des publications anglophones reprennent ce chiffre et l'attribuent à la Banque mondiale, cette dernière fournit des estimations quelque peu différentes. L'institution internationale entrevoit le déplacement interne de 216 millions de personnes d'ici à 2050. De son côté, le think tank australien Institute for Economics and Peace estimait en 2020 que l'on pourrait redouter le déplacement de 1,2 milliard de personnes dans le monde d'ici à 2050. Toutefois, cette estimation inclut aussi les conflits armés parmi les motifs de migration.

Aux Nations Unies, on avance des chiffres de migrations liées au "stress hydrique", c'est-à-dire résultant du "prélèvement d'une trop grande quantité d'eau douce dans les sources naturelles par rapport à l'eau douce disponible". On apprend que si celui-ci "n'est pas atténué", il pourrait conduire "à une pénurie d'eau, qui pourrait entraîner le déplacement d'environ 700 millions de personnes d'ici à 2030".

On comprend, à la lecture de ces multiples chiffres, qu'il est très délicat de fournir des estimations fiables. Dans une étude de la Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés datant de 2021, il est écrit que "mesurer de façon incontestable le phénomène" des migrations climatiques relève "de la gageure". Les estimations les plus fiables portent sur des années écoulées, et proviennent du HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés. D'après ce dernier, les catastrophes liées aux conditions météorologiques ont conduit à quelque 21 millions de déplacements par an depuis 2008.

Des multiples obstacles compliquent les estimations

Le portail sur les données migratoires, projet développé par l'ONU, nous permet de saisir pourquoi la mesure de migrations climatiques demeure aujourd'hui délicate, soulignant ainsi qu'il est "difficile de distinguer les cas dans lesquels le facteur environnemental est le principal déclencheur des migrations, ou s’il s’agit plutôt d’autres facteurs ou d’une combinaison de plusieurs facteurs". Par ailleurs, les données avancées ne prennent généralement "pas en compte la durée du déplacement des personnes, leur retour chez elles ou leur réimplantation ailleurs, ni les personnes qui ne sont pas hébergées dans des camps ou qui subissent des déplacements à long terme". Ce qui complique toute évaluation solide.

S'ajoute à cela le manque de données relatives aux "populations prises au piège". On constate en effet que "certaines populations touchées par la détérioration de l’environnement et les catastrophes peuvent ne pas être en mesure de se déplacer par manque de ressources financières ou de réseaux sociaux". Si ces individus sont bien des victimes du changement climatique, le fait qu'ils demeurent sur leur lieu de vie ne permet pas de rendre compte des difficultés qu'ils rencontrent.

En résumé, si les études tendent à s'accorder sur un accroissement des migrations à l'échelle internationale liées au climat, disposer de chiffres solides et étayés reste compliqué. Tout juste, peut-on présenter les différentes estimations fournies par des institutions et ONG, mais il faut garder à l'esprit que celles-ci proposent des conclusions très variables.

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Thomas DESZPOT

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