Colère des agriculteurs : lisier, GNR, jachère, PAC... Dix mots-clés pour mieux comprendre le mouvement

Publié le 24 janvier 2024 à 17h27, mis à jour le 25 janvier 2024 à 11h46

Source : JT 20h Semaine

Depuis près d'une semaine, des agriculteurs en colère multiplient les blocages dans toutes la France.
La FNSEA prévoit des actions dans près de 85 départements d'ici à vendredi.
Coopérative agricole, GNR, Haie, PAC... Voici dix mots-clés qui permettent de mieux comprendre le mouvement social.

La colère des agriculteurs français témoigne d'un ras-le-bol profond des campagnes, qui puise sa source dans un sentiment d'abandon des pouvoirs publics dans un contexte difficile de transition climatique. Les représentants de la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA) et des jeunes agriculteurs, reçus lundi 22 janvier par le Premier ministre Gabriel Attal, dénoncent des charges financières et des normes environnementales jugées trop lourdes. Un peu partout en France, la mobilisation s'amplifie avec une multiplication des blocages pour obtenir des "réponses concrètes" du gouvernement. TF1info a sélectionné dix mots-clés qui permettent de mieux comprendre ce qui se joue actuellement.

Coopérative agricole

Il s'agit d'une entreprise créée et dirigée par des agriculteurs. Ils en sont les propriétaires, mais aussi les fournisseurs en produits agricoles, animaux ou végétaux collectés et transformés par leur coopérative, souvent jusqu’au produit de consommation. En France, ce système englobe 70% de la production agricole et près 40% de la transformation alimentaire, selon la Coopération Agricole, qui regroupe ces entreprises. Elle a rejoint le mouvement de contestation, déplorant que la production agricole soit la variable d’ajustement du budget des ménages et de la lutte contre l’inflation, notamment en demandant aux agriculteurs de maintenir leurs prix au plus bas. 

Exploitation agricole

C’est le nom qu’on donne à un espace valorisé par une activité agricole qui se caractérise par une gestion unique et des moyens de production propres. À ce jour, la France possède 389.000 exploitations agricoles. Leur nombre ne cesse de diminuer depuis 50 ans. Entre 2010 et 2020, la baisse a été moins forte, avec -2,3 % par an. Soit environ 100.000 exploitations agricoles en moins sur 10 ans. Le ministère estime qu'"un tiers des agriculteurs, soit 166.000 exploitants ou co-exploitants", seront partis à la retraite dans la décennie qui vient. Ils dénoncent un sentiment d’abandon qui ruine l'attractivité dont le secteur a besoin pour renouveler ses chefs d'exploitations vieillissants.

GNR

C’est l’acronyme de gazole non routier. De couleur rouge, ce carburant sert, comme son nom l’indique, à alimenter les moteurs des véhicules non routiers, notamment les machines agricoles. Depuis son introduction en 2011, les agriculteurs ont l’obligation de l’utiliser, conformément à la directive européenne (2009/30/CE), dont l’objectif est de réduire les émissions de CO2 émis par les moteurs industriels. Parmi les multiples revendications des agriculteurs, qui manifestent et bloquent des routes depuis une semaine, figure, entre autres, la fin de l'avantage fiscal sur le GNR. Le gouvernement a en effet acté dans le dernier budget une hausse de taxe d'un peu moins de 3 centimes par an jusqu'en 2030.

Haie

Cet alignement d’arbustes ou d’arbres, planté ou spontané, revêt une fonction cruciale. D’abord, parce que les haies offrent un habitat aux insectes pollinisateurs des cultures et aux prédateurs des espèces considérées comme ravageurs. Ensuite, les haies font office de brise-vent et apportent de l’ombrage, contribuant ainsi au bien-être animal. Enfin, elles contribuent à la préservation de la qualité de l'eau en jouant un rôle tampon vis-à vis des cours d'eaux (limitation du ruissellement, rétention de matières en suspension…). Le secteur agricole, qui a le sentiment de crouler sous les normes imposées par l’Union européennes, prend souvent en exemple le cas des haies. "Pourquoi les agriculteurs n'en font pas ? Parce qu'il y a 14 textes réglementaires", a fustigé Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, le premier syndicat agricole français. 

Jachère

C’est le fait de ne pas cultiver un sol, pour le laisser se "reposer" et ainsi se régénérer. Les agriculteurs français dénoncent le refus de Bruxelles de prolonger en 2024 la dérogation permettant de mettre en culture les terres en jachère (environ 4% des terres agricoles) alors que "la tension alimentaire provoquée par la guerre en Ukraine se poursuit".

Lisier

C’est un liquide issu du mélange des excréments et des urines animales, stocké en fosse et épandu sur les prairies ou sur les cultures comme amendement (une opération visant à améliorer les propriétés physiques d'un sol). Mais depuis 2023, de nouvelles normes européennes ont entraîné des contraintes supplémentaires pour le traitement des effluents des élevages bovins. Ces derniers sont à l’origine de 77% des émissions d’ammoniac (NH3) agricole, un gaz nocif pour la santé humaine et l’environnement. Et l'augmentation de la fréquence de retrait des déjections en bâtiment fait partie des leviers identifiés pour limiter ces émissions. Par ailleurs, du lisier a été déversé ces derniers jours lors des actions des agriculteurs devant des bâtiments administratifs. 

Produit phytosanitaire

C’est l’autre nom qui est donné aux pesticides. Il s’agit d’un produit destiné à protéger des espèces végétales cultivées et à en améliorer les rendements. Il peut s’agir d’une substance active ou d’une association de plusieurs substances chimiques ou micro-organismes, d’un liant et éventuellement accompagné d’un solvant, d’adjuvants ou d’un tensioactif. Les agriculteurs, qui se sont réjouis du renouvellement de l'autorisation de l'herbicide controversé glyphosate, redoutent de voir le retour de ce projet et entendent peser avant les élections européennes de juin. La stratégie du gouvernement de réduction des pesticides Ecophyto 2030 est aussi dans le collimateur des céréaliers français. "Pas d'interdiction sans solution", martèle la FNSEA, son mantra pour les pesticides.

PAC

C’est l’acronyme de Politique Agricole Commune, c'est-à-dire la politique qui définit au niveau européen les règles communes de soutien à l’agriculture. Si la France (l'un des premiers contributeurs au budget de l'UE) est la première bénéficiaire de la PAC avec 9 milliards d'euros d'aides par an, ses exploitants contestent la stratégie de verdissement de l'agriculture européenne. Les agriculteurs réclament des simplifications administratives et s'opposent au "Pacte vert" européen qui vise notamment à réduire l'utilisation des pesticides dans l'Union européenne (UE), entre autres.

Revenu des agriculteurs

Les revenus perçus par les ménages agricoles varient fortement, en fonction de la position géographique et du type de production. En effet, 10% d’entre eux perçoivent un revenu annuel supérieur à 101.000 euros, tandis que les 10% les plus modestes disposent de moins de 14.600 euros chaque année (à noter qu’il s'agit du revenu du foyer, soit au moins deux personnes), selon les derniers chiffres de l'Insee, qui remontent à 2018. Depuis, le coût de l'énergie a explosé, les coûts des intrants ont augmenté, tout comme ceux de la main d'œuvre ou de l'alimentation animale. La guerre en Ukraine perturbe aussi les flux avec des importations énormes en Europe de céréales, de volaille ou de sucre, ce qui fait baisser les prix.

Risque climatique

C’est le terme qu’on utilise pour parler du risque lié à la vulnérabilité accrue due aux variations des indices climatiques tels que la température, le vent, la neige ou les précipitations. Entre agriculteurs et écologistes, les positions semblent irréconciliables dans le contexte de l'explosion de la colère du monde paysan. Les uns veulent nourrir une planète surpeuplée, les autres la maintenir habitable. Pourtant, l'agriculture française, responsable de 19% des émissions nationales de gaz à effet de serre, est la première victime du changement climatique. L'Europe et son Pacte vert, avec sa stratégie de réduction des pesticides, font figure de repoussoir. De leur côté, les ONG environnementales dénoncent un travail de sape permanent des lobbys agricoles à Bruxelles.


Matthieu DELACHARLERY

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