Colère des agriculteurs : pourquoi accusent-ils l'Ukraine de "concurrence déloyale" ?

Publié le 23 janvier 2024 à 14h02, mis à jour le 23 janvier 2024 à 17h54

Source : TF1 Info

De nombreux agriculteurs français se mobilisent pour protester contre les faibles revenus engrangés par leur profession face à une forte compétitivité.
Ils dénoncent notamment la levée des droits de douane sur les produits ukrainiens.
Cet avantage a provoqué un afflux de produits ukrainiens dans l'Union européenne, tirant les prix vers le bas.

Les importations venues d'Ukraine alimentent le mécontentement. Après son entretien avec le Premier ministre, lundi 22 janvier, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, accompagné du président des Jeunes agriculteurs, Arnaud Gaillot, a exposé les sujets de mobilisation des agriculteurs. Parmi eux, il a évoqué rapidement la concurrence à laquelle sont soumis les agriculteurs en France comme dans le reste de l'Union européenne, face à l'arrivée des produits ukrainiens. 

"On nous demande de la qualité, de la proximité, de la naturalité", a exposé Arnaud Rousseau. "Pour autant, l’acte de consommation n’est pas celui-là dans un monde ouvert à des importations qui n’ont ni nos normes ni nos critères, ouvert à l’Ukraine dans un moment bien spécifique, mais qui sur le plan agricole, questionne", a-t-il ajouté.

Des conditions de circulation assouplies

À mi-mots, le représentant du premier syndicat agricole a mis en lumière le sujet de la "concurrence déloyale" à laquelle serait soumis les agriculteurs européens face aux produits ukrainiens. Ceux-ci ont effectivement afflué depuis que l'Union européenne a levé temporairement les droits de douane sur les importations en provenance d'Ukraine, en juin 2022. La mesure, décidée pour soutenir l'économie du pays en guerre contre la Russie, a conduit à une hausse des importations en Europe de sucre, d'œufs ou de poulets ukrainiens.

"Depuis la guerre en Ukraine, on a assoupli les conditions de circulation des produits agricoles ukrainiens dans l'Union européenne, de façon à ce qu'ils puissent continuer à exporter une partie de leur production. Auparavant, le blé par exemple était majoritairement exporté par bateau. Là, ce n'est plus possible ou c'est moins possible, donc une partie transite par le territoire terrestre de l'Union européenne", détaille Sandrine Levasseur, économiste au sein de l'OFCE.

"Les Hongrois, les Polonais, les Roumains reprochent qu'une partie des productions ukrainiennes reste et est stockée dans des hangars, dans des silos dans l'UE en attendant de meilleures opportunités de prix. In fine, un blé polonais va se retrouver en concurrence sur son propre territoire avec un afflux de blé ukrainien", donne-t-elle en exemple.

Mobilisation en Pologne, en Roumanie et en France

Le phénomène a particulièrement touché les pays frontaliers de l'Ukraine, conduisant leurs agriculteurs à se mobiliser particulièrement sur cette question. Ainsi, depuis novembre, les exploitants en Pologne bloquent les points de passage vers l'Ukraine, se plaignant d'une "concurrence déloyale". Le 14 janvier, routiers et agriculteurs roumains ont par ailleurs bloqué la circulation à la frontière avec l'Ukraine, accusant le pays de tirer les prix vers le bas.

En France, les éleveurs de volailles, qui ont subi de plein fouet l'inflation sur les coûts de production, se plaignent aussi de l'arrivée du poulet ukrainien. "Les importations de poulets ukrainiens ont augmenté de 130% en deux ans. Sauf qu'il y a un impact sur les prix, ça tire les prix vers le bas", souligne Yann Nédélec, directeur de l'interprofession de la volaille Anvol. 

 

Vendu 3€/kg contre 7€/kg pour un poulet français, il bénéficie de normes de production moins exigeantes par rapport aux poulets produits au sein de l'Union. "En France et au niveau européen, les agriculteurs sont soumis à un certain nombre de règles qu'ils doivent tous satisfaire en fonction des règlements et des directives européennes. L'Ukraine, n'appartenant pas à l'UE, n'est pas soumise aux mêmes règles. De ce point de vue là, il y a une inégalité de traitements, et c'est ce qui pose problème aux agriculteurs de l'Union européenne", précise Sandrine Levasseur.

Face à la concurrence ukrainienne, Yann Nédélec recommande que des quotas soient mis en place pour limiter les produits ukrainiens dans l'Union européenne. "Il faut mettre en place des clauses miroirs. Importons si on a besoin d'importer, mais les produits qu'on importe, ils doivent respecter les mêmes règles que chez nous", estime-t-il.

Le sujet devrait alimenter les discussions à Bruxelles. Ce mardi 23 janvier, la Commission européenne doit présenter aux Vingt-Sept ses propositions sur une éventuelle reconduction, en juin, de cette levée des droits de douane de l'Ukraine. Afin de lutter a minima contre ces accusations de "concurrence déloyale", des mécanismes "de sauvegarde" pourraient être proposés.


Aurélie LOEK

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