Morbihan : des militants opposés à l'agro-industrie déversent près de 1400 tonnes de blé sur les voies, une enquête ouverte

Emilie Roussey avec AFP
Publié le 21 mars 2022 à 8h06, mis à jour le 21 mars 2022 à 12h44
Des militants ont bloqué un train transportant du blé dans le Morbihan.

Des militants ont bloqué un train transportant du blé dans le Morbihan.

Source : JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Une cinquantaine de militants ont bloqué un train transportant du blé destiné à une usine de fabrication d'aliments pour bétail samedi matin.
D'après la préfecture du Morbihan plusieurs plaintes ont été déposées.
Cette action a suscité de vives réactions des syndicats et du ministre de l'Agriculture.

Certains dénoncent une action militante "scandaleuse" et "inadmissible". Une cinquantaine d'activistes opposés à l'agriculture industrielle, réunis à l'appel du Collectif "Bretagne contre les fermes usines", ont bloqué samedi matin à Noyal-Pontivy (Morbihan) un train de marchandises destiné à une usine voisine de fabrication d'aliments pour bétail, appartenant à Sanders, filiale du groupe Avril, et déversé sur les voies une partie de la cargaison.

Pour leur action, ils ont édifié un mur en parpaings en travers des voies ferrées pour symboliser "un mur en travers des voies de l'agro-industrie", ont-ils expliqué, précisant qu'ils pensaient intercepter une cargaison de soja et non de blé. "Le système d'élevage hors-sol va droit dans le mur, nous devons mettre l'agro-industrie à terre", ont-ils affirmé dans un communiqué.

1390 tonnes de blé

Le parquet de Lorient a annoncé lundi avoir ouvert une enquête, notamment pour dégradations de biens privés. 1400 tonnes de blé pour un préjudice avoisinant les deux millions d'euros. 1390 tonnes de blé ont été rendues impropres à toute destination, a déclaré le parquet, estimant le préjudice à deux millions d'euros. "Environ 50 manifestants, revêtus de combinaisons, dont plusieurs masqués, montaient un muret de parpaings en travers de la voie ferrée, avant d’essayer de pénétrer à bord de la locomotive. Ils ouvraient ensuite les vannes des wagons conteneurs et faisaient ainsi se déverser des tonnes de blé sur les voies, tandis que les auteurs prenaient la fuite", a précisé la même source. 

L'enquête a été confiée à la Brigade de recherches (BR) de gendarmerie départementale de Pontivy, sous les qualifications délictuelles d'entrave à la mise en marche ou à la circulation d’un train, dégradations de biens privés, entrée dans l’enceinte d’un chemin de fer ou par une issue non affectée à cet usage. 

Plusieurs plaintes déposées

Plusieurs plaintes ont été déposées dès dimanche, a annoncé ce même jour la préfecture du Morbihan dans un communiqué. "Plusieurs plaintes ont été déposées, il appartiendra aux autorités judiciaires d'apporter les réponses appropriées et de caractériser l'infraction pénale de ces actes", a-t-elle écrit, "condamnant avec la plus grande fermeté cet acte" et précisant qu'il avait aussi mené au déversement d'une partie de la cargaison sur les voies. 

"L'attaque de ce train a généré la perte d’un tonnage important de blé et un lourd préjudice financier. [...] Cet acte de gaspillage alimentaire est scandaleux au moment même où la France doit consolider sa capacité de production nourricière dans un contexte international difficile", a-t-elle commenté. 

"Inadmissible et irresponsable"

Cette action a suscité de nombreuses réactions, comme celle de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA), de la chambre régionale d'agriculture, du Crédit Agricole et de Groupama, qui ont dénoncé "une action scandaleuse de la part de militants déconnectés des réalités et agissant contre l’intérêt général", en appelant à "une réaction de l’État pour mettre un terme aux actes de toutes formes remettant en cause notre agriculture". 

Un peu plus tard dans la soirée, le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie a dénoncé une action "simplement inadmissible" et "irresponsable" sur Twitter, ajoutant que "la justice doit passer". 

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Interrogé à ce sujet dans "Dimanche en politique" sur France 3, le candidat écologiste à l'élection présidentielle Yannick Jadot a déclaré qu'il ne soutenait "pas des actions qui aujourd’hui mettent des céréales dont on a besoin partout sur la voie." Ce que je porte moi, c’est un modèle de souveraineté alimentaire. Pendant des années et des années, la politique a été sous la pression de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) qui a décidé pour ce gouvernement de notre agriculture. [...] C’est un problème quand la politique du gouvernement est faite par les lobbies" a déclaré le candidat EELV. 


Emilie Roussey avec AFP

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