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Mort de Thomas : de Romans-sur-Isère à Rennes, quels sont ces groupuscules d'ultradroite qui descendent dans la rue ?

Publié le 27 novembre 2023 à 18h37, mis à jour le 1 décembre 2023 à 14h11

Source : TF1 Info

Le 25 novembre, 80 jeunes se sont réunis à Romans-sur-Isère (Drôme) pour s’en prendre aux "meurtriers de Thomas".
Six participants ont été condamnés à des peines allant de six à dix mois de prison ferme.
La "Division Martel", un groupe néonazi parisien, serait derrière cette expédition raciste.

"Justice pour Thomas." Derrière cet unique message, plusieurs groupes d’ultradroite se sont donné pour mot d’ordre ce week-end de mener des actions dans plusieurs villes de France. Une semaine après la mort de Thomas, agressé au couteau lors d’une soirée à Crépol (Drôme), plus de 80 personnes masquées et armées de barres de fer ont investi le quartier de la Monnaie, à Romans-sur-Isère, d’où viennent les suspects. L’objectif était précis : s’en prendre à ces jeunes - de nationalité française - que l’extrême droite cible depuis plusieurs jours. "Nous étions une centaine de jeunes patriotes, réunis derrière une banderole ‘Justice pour Thomas, ni oubli, ni pardon’", indique un communiqué publié samedi soir. 

Après cette action, six hommes âgés de 18 à 25 ans ont été condamnés à des peines de six à dix mois de prison ferme pour "participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences", et, pour cinq d'entre eux, pour "violence" sur policier. 

La Division Martel à Romans-sur-Isère

L’action violente n’a pas été revendiquée, mais plusieurs éléments laissent à penser qu’elle a été initiée par la Division Martel, un groupe néonazi constitué à Paris, à l’automne 2022. Dans une vidéo, un homme au visage flouté indique avoir participé à cette expédition à visée raciste. "Nous sommes étudiants, travailleurs, et même pour certains entrepreneurs. Nous ne supportons plus de vivre avec des occupants qui violent nos sœurs, tuent nos frères et dépouillent nos grands-pères. Nous sommes chez nous […] La France est aux Français et à personne d’autre." 

Ainsi, dès jeudi 23 novembre, un appel national a été lancé aux quatre coins de la France, selon les informations du service police/justice de TF1, dont les modalités ont ensuite été discutées sur Telegram. D’après les informations de la plateforme collaborative Tajmaat, un membre de la Division Martel est derrière cette action. Il s’agirait de Léo R., un ancien militaire originaire de Rouen connu pour son adoration du IIIᵉ Reich, et surnommé "Gros Lardon" par ses troupes. Certains membres de la Division Martel, proche du GUD qui s'est reconstitué, avaient d’ailleurs été arrêtés alors qu’ils s’apprêtaient à agresser des supporters marocains le soir du match France-Maroc en décembre 2022, à Paris. 

Le groupuscule peut compter sur ses connexions partout en France, d’après Libération, ce qui pourrait expliquer qu’un appel national ait pu prendre forme. Selon les informations de Street Press, on compte parmi les 17 interpellés à Romans-sur-Isère des jeunes hommes originaires de Besançon et affiliés au groupuscule Vandal Besak, mais aussi de Lyon, de Dijon, ou encore d’Italie. Sur Telegram, on peut d'ailleurs observer de nombreuses photos montrant les ramifications de l’ultradroite française. Ces différents groupuscules locaux se donnent régulièrement rendez-vous et s’affichent volontiers sur des photos de groupe, comme en mai dernier, pour une "journée de cohésion" en Franche-Comté. Étaient présents la Division Martel de Paris, le Korrigans Squad de Rennes, les Infréquentables Dijon, mais aussi les Vandal Besak de Besançon. Sur ces mêmes boucles Telegram, on se vante d’ailleurs d’avoir réussi à organiser plusieurs événements au cours du week-end.

Une "Journée de cohésion en Franche-Comté" en mai 2023, réunissant des membres de la Division Martel, du Korrigans Squad, ou encore des Infréquentables Dijon
Une "Journée de cohésion en Franche-Comté" en mai 2023, réunissant des membres de la Division Martel, du Korrigans Squad, ou encore des Infréquentables Dijon - DR

Ainsi, à Reims, une cinquantaine de personnes ont défilé dans la nuit du 24 novembre pour demander "justice pour Thomas" et revendiquer "on est chez nous", selon France Bleu. Une enquête a depuis été ouverte par le commissariat de Reims sur ce rassemblement non autorisé par la préfecture. L’action semble avoir été initiée par le groupuscule MesOs Reims, composé de supporters de football à l’idéologie néonazie. Certains d’entre eux ont été aperçus en train de faire des saluts nazis en mai 2022, lors d’un match opposant Reims à Lorient. Le 11 novembre dernier, des sigles SS et des croix celtiques ont été tagués dans le centre-ville de Reims, accolés à la signature de MesOs Reims, selon L’Union. 

À Rennes, un autre groupuscule a pris le relais dimanche soir. Cette descente peut être à l’origine du Korrigans Squad ou de l'Oriflamme Rennes, un autre groupuscule rennais, royaliste et descendant de l’Action française, selon un militant antifasciste. Le groupe rennais a relayé le communiqué à propos de Romans-sur-Isère sans revendiquer l'action. En revanche, il affirme que ses "militants étaient présents" dimanche à Laval, en Mayenne, "afin de manifester pour demander justice pour Thomas". 

De son côté, Le Télégramme évoque "30 individus encagoulés" présents dans les rues de Rennes avec des fumigènes, aux cris de "la France aux Français". Aucune revendication de soutien à Thomas n’a été identifiée pour l’heure. Selon la police nationale interrogée par le journal, aucun incident n’a été signalé au cours de ce rassemblement non déclaré. 

Près de 1300 personnes sont suivies par les services de renseignement en raison de leur appartenance à la mouvance d'ultradroite, a indiqué lundi une source policière à TF1/LCI. Douze actions violentes ont été déjouées depuis 2017.

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Caroline QUEVRAIN

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