Crise des migrants : naufrage meurtrier au large de Calais

Naufrage meurtrier dans la Manche : que sait-on de Maryam et des autres victimes qui ont péri en mer ?

Maëlane Loaëc et Frédéric Senneville
Publié le 28 novembre 2021 à 9h00, mis à jour le 28 novembre 2021 à 18h03
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

DRAME - Le naufrage d'une embarcation, transportant des migrants tentant de rejoindre l'Angleterre, a fait 27 morts mercredi 24 novembre au large de Calais. Parmi les victimes se trouvaient notamment une femme enceinte et des enfants.

C'est la plus grande tragédie en mer depuis la multiplication en 2018 des tentatives de traversées migratoires de la Manche. Vers 14 heures mercredi 24 novembre, un pêcheur a indiqué avoir découvert une quinzaine de corps flottant sur l'eau au large de Calais. Une embarcation de migrants tentant de rallier l'Angleterre avait fait naufrage, faisant 27 morts selon un bilan provisoire. Une enquête a été ouverte par le parquet de Lille pour connaître les circonstances du drame.

Parmi les victimes figurent 17 hommes, sept femmes et trois jeunes. Une source policière ajoute qu'il y aurait un adolescent et 3 enfants parmi les passagers décédés. L'une des femmes était enceinte. La nationalité précise de chaque passager n'est pas connue pour le moment, mais selon La Voix du Nord, ces migrants étaient originaires "du Moyen-Orient"

Au Kurdistan d'Irak, on pleure une victime du naufrage de la Manche

Parmi eux, Maryam. Surnommée "Baran", cette jeune femme kurde âgée de 24 ans tentait de rejoindre son fiancé qui vit au Royaume-Uni, révèle la BBC. Selon le récit fait par la radio publique britannique, elle échangeait avec son compagnon via Snapchat quand le bateau aurait commencé à se dégonfler, obligeant les passagers de l'embarcation à tenter d'écoper... en vain.

La jeune fille, qui avait quitté l'école après le collège, espérait rejoindre son fiancé, Karzan, installé en Grande-Bretagne. "Je ne savais pas qu'elle allait partir clandestinement", lâche son père septuagénaire, Nouri Hama Amin, qui reçoit les visiteurs devant leur maison à Soran, à 130 kilomètres de la capitale régionale Erbil. Peu avant qu'elle embarque, "je lui ai parlé, elle était très heureuse, elle était détendue", raconte le père. "Elle était dans un hôtel en France, on a parlé jusqu'à huit heures du matin. Elle voulait une vie meilleure en Grande-Bretagne. Malheureusement, elle a fini dans la mer".

Le cousin Kafan Omar explique que la jeune fille était partie depuis près d'un mois. "Elle a obtenu un visa de travail et s'est rendue en Italie, puis la France", ajoute-t-il. "Avant, nous avions essayé à maintes reprises de l'envoyer en Grande-Bretagne pour qu'elle rejoigne son fiancé, sans succès"...

Ils m'ont dit qu'ils étaient sur le point de monter à bord d'un bateau, après ça je n'ai plus jamais eu de nouvelles

Rezgar Hussein, dont l'épouse Khazal et leurs trois enfants auraient disparu dans le naufrage

Autre tragédie dans la tragédie, une femme de 45 ans aurait disparu dans le naufrage avec ses trois enfants, de 22, 16 et 7 ans. C'est son mari, un policier irakien de la ville kurde de Darbandikhan, qui a donné cette information au journal britannique The Guardian. "Ma femme et mes enfants étaient mécontents de leur vie ici", raconte Rezgar Hussein, "ils voulaient tous partir pour le Royaume-Uni". Son métier de policier l'empêche de tenter sa chance, il promet à sa femme Khazal de la rejoindre s'ils réussissent à passer. "Je ne me suis jamais douté que c'était si risqué", explique-t-il. 

Comme d'autres proches de victimes présumées, Rezgar n'a pas encore reçu de notification officielle des autorités françaises ou britanniques, mais les familles ont fait elles-mêmes des recoupements, parfois en établissant le contact avec des passeurs. Le policier kurde, lui, a eu un dernier contact téléphonique avec sa famille vers 22 heures mardi soir : "ils m'ont dit qu'ils étaient sur le point de monter à bord d'un bateau", témoigne-t-il, "après ça je n'ai plus jamais eu de nouvelles".

Selon Le Monde, les associations et la préfecture du Pas-de-Calais estimaient qu'entre 900 et 2000 exilés étaient présents sur le littoral cet été, "principalement des Érythréens, des Soudanais, des Afghans, des Iraniens et des Syriens, parmi lesquels de plus en plus de femmes et d’enfants". Dans un article publié début novembre, TV5 Monde relevait aussi que des ressortissants venus d'Afghanistan et d'Irak sont également présents à Calais.

Deux migrants ont toutefois survécu au drame : un Irakien et un Somalien secourus, "en grave hypothermie" dans des eaux à 17°C. Selon le parquet de Lille, le pronostic vital de ces survivants n'est "a priori pas engagé", indique Le Figaro.

Le naufrage le plus meurtrier depuis 2018

L'embarcation, qui serait partie de Dunkerque et s'est élancée sur "ce chemin maritime qui peut sembler certes court, mais qui se révèle extrêmement périlleux" comme le rapporte Pierre Roques, coordinateur de l'association L’Auberge des Migrants, transportait en tout 34 migrants. 

Selon le quotidien nordiste, les corps des migrants récupérés en mer ont été entreposés dans un navire en attendant qu'ils soient identifiés par la police, avant d'être envoyés à la morgue. 

C'est le plus haut bilan humain enregistré en mer depuis 2018, qui a vu le nombre de traversées migratoires s'envoler, face au verrouillage croissant du port de Calais et d'Eurotunnel, empruntés jusque-là par les migrants tentant de rallier l'Angleterre. Avant ce naufrage, le bilan humain s'élevait à trois morts et quatre disparus en 2021, après six morts et trois disparus en 2020. Entre le 1er janvier et le 20 novembre, 31.500 migrants ont quitté les côtes et 7.800 migrants ont été sauvés. Selon Londres, 25.700 migrants ont réussi la traversée sur les dix premiers mois de l'année.

Les tentatives de traversée ont continué dans la nuit de mercredi à jeudi, deux bateaux de secours ont été mobilisés et 110 personnes ramenées à terre, a indiqué une source proche à l'AFP.

Pour l'heure, cinq personnes ont été arrêtées, soupçonnées d'être des passeurs en lien avec le naufrage de migrants, dont la dernière dans la nuit, a indiqué jeudi le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.


Maëlane Loaëc et Frédéric Senneville

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