L'info passée au crible

Non-respect du couvre-feu : les dénonciateurs rémunérés ? Des internautes tombent dans le piège

Thomas Deszpot
Publié le 19 janvier 2021 à 17h37
Aucune incitation à la dénonciation n'a été diffusée par le gouvernement.

Aucune incitation à la dénonciation n'a été diffusée par le gouvernement.

Source : Illustration FangXiaNuo via iStock

INCOMPRÉHENSION - Accueilli à tort au premier degré par de très nombreux internautes, un message indiquait sur Twitter que le gouvernement envisageait de rémunérer les personnes dénonçant des violations du couvre-feu.

Les autorités sont-elles prêtes à tout pour faire respecter le couvre-feu ? Certains le croient, et ont relayé par milliers un message posté sur Twitter qui allait dans ce sens. Celui-ci indiquait que pour s'assurer que la population reste chez elle passé 18 heures, le gouvernement "envisage de rémunérer les dénonciateurs". Et d'ajouter qu'une "aide financière serait accordée" aux personnes qui aideraient à "arrêter les contrevenants".

Sans tarder, les réactions se sont multipliées sur le réseau social. "C'est reparti comme en 1945 ?", interroge un utilisateur, ce à quoi un autre lui répond que "la délation, c'est dans l'ADN de ce pays". Les réponses au premier degré ont été nombreuses, elles-mêmes "likées" à de multiples reprises, prouvant que cette annonce était régulièrement prise au sérieux. Il s'agit pourtant d'un message posté par un compte parodique, habitué aux détournements et qui se présente comme une déclinaison humoristique de l'Agence France Presse. Face à ces méprises, le message a fini par être supprimé. 

Démasqué en un clic

Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer que tant de personnes aient été bernés en l'espace de quelques heures. Le compte à l'origine du message cherche à parodier les messages de l'Agence France Presse, dont il reprend le logo en le détournant. Le nom du compte lui-même est proche : "Agence France Presque", tandis que le pseudonyme @AFPressk s'inscrit dans la même démarche. Des internautes habitués à voir défiler les tweets de l'AFP peuvent ainsi ne pas prêter attention aux légères différences et croire qu'il s'agit de l'original.

Il suffit pourtant d'un rapide examen de compte pour déceler la supercherie. La biographie tout d'abord, indique que nous sommes en présence d'un "compte parodique" et que cette "Agence France Presque" nous "retransmet un condensé de conneries plus vraies que nature". Le logo, très similaire à celui de l'AFP dans sa version miniature, comporte par ailleurs une mention explicite indiquant "100% parodique"

En ligne, de multiples comptes s'amusent de l'actualité et la détournent, l'un des plus connus étant bien sûr le fameux "Gorafi". Si les internautes y sont désormais habitués et accueillent ses messages avec réserve, on se souvient qu'en 2014 Christine Boutin avait pris très au sérieux l'un de ses messages. 

Notons que ce mardi, l'AF-Presque a réagi à l'emballement suscité par son message de la veille. "Et ben heureusement qu’on n’a pas annoncé le lancement des Hunger games", a lancé le compte, en référence au célèbre film qui voit des individus se livrer à une mise à mort cruelle ne prenant fin que lorsqu'il ne reste qu'un seul survivant.

Le site "Franche Info", qui reprend les couleurs et détourne le nom de France Info, est lui aussi habitué à rebondir sur l'actualité. Les Vérificateurs avaient notamment souligné en décembre 2019 que de nombreuses personnes, dans des groupes de Gilets jaunes notamment, s'étaient fait berner par ses '"informations". Un article du site parodique indiquait alors qu'en pleine réforme des retraites, l'ex-Premier ministre Edouard Philippe avait déclaré à propos des Français : "Ils pourront prendre leur retraite à 60 ans s'ils meurent à 60 ans". Il s'agissait déjà à l'époque d'un message à prendre au second degré.

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Thomas Deszpot