TÉMOIGNAGE - "C'est de plus en plus tendu" : le récit d'un père de famille bloqué à Nouméa

Publié le 15 mai 2024 à 17h52

Source : JT 13h Semaine

Après une nouvelle nuit de violence, l'état d'urgence a été décrété ce mercredi en Nouvelle-Calédonie.
Alexandre Dechelotte est arrivé à Nouméa il y a un mois et demi avec sa compagne et ses deux enfants, âgés de 5 et 8 ans.
TF1info a recueilli son témoignage.

La situation reste très tendue en Nouvelle-Calédonie, où les violences ont déjà fait quatre morts, dont un gendarme. Après une nouvelle nuit de violences, l'état d'urgence a été décrété sur l'île. Alexandre Dechelotte est arrivé à Nouméa il y a un mois et demi avec sa compagne et ses deux enfants, âgés de 5 et 8 ans. Le trentenaire, qui effectue un tour du monde, avait prévu de mener des actions de sensibilisation contre la pollution plastique en mer avec son ONG Plastic Odyssey, dont il est cofondateur. "Lundi, on nous a dit que ce n’était pas une bonne idée d’aller à quai, car c’était potentiellement dangereux. Donc, on a mis le bateau au mouillage juste en face du port, par mesure de sécurité", témoigne le jeune homme, joint au téléphone par TF1info. 

Avec son équipe, Alexandre Dechelotte avait prévu d'organiser un ramassage sur les plages et d'animer des ateliers. Mais les événements de ces derniers jours l'ont contraint à tout annuler à la dernière minute. "On pensait que tout allait rentrer dans l’ordre au bout de 24 heures. Sauf que la situation continue de s'envenimer. Au moment où je vous parle, on entend des détonations et on voit passer des véhicules avec des personnes armées depuis le balcon de l'appartement. Ce sont des habitants qui s’organisent en milice pour protéger le quartier. Certes, c'est pour se défendre. Mais, ça peut aussi très vite dégénérer. Donc, c'est hyper flippant", ajoute le jeune homme.

On ne sait pas même si on va pouvoir manger. C’est très difficile de trouver des magasins ouverts.
Alexandre Dechelotte

Un peu partout dans la ville, des barricades ont été érigées par les habitants pour empêcher les manifestants d'accéder à leurs quartiers, craignant des représailles. "Aujourd’hui [durant la nuit en métropole], on a traversé la ville et plusieurs barrages. On n’avait pas le sentiment d’être la cible. Les gens nous laissaient passer avec un grand sourire. Mais le climat est de plus en plus tendu. Maintenant, le but est de faire peur", constate Alexandre Dechelotte. 

"Les gens qui ont vécu les événements de 1984 et 1988 nous disent que la situation est comparable et qu’il faut se préparer à une guerre civile. Le climat est extrêmement anxiogène", souligne-t-il. Sur place, les commerces encore ouverts sont peu nombreux.  "On ne sait pas même si on va pouvoir manger. C’est très difficile de trouver des magasins ouverts pour se procurer de quoi manger. Nouméa, c’est tout petit. La plupart des commerces ont été pillés ou incendiés. Il y a des queues de 200 mètres qui se forment dès que ça ouvre. À ma connaissance, il reste encore une pharmacie et aussi quelques boulangeries qui ouvrent le matin à la fin du couvre-feu", raconte Alexandre Dechelotte. 

Nos voisins nous ont conseillé d’éteindre la lumière pendant la nuit pour ne pas attirer l'attention.
Alexandre Dechelotte

À cela s'ajoute l'incertitude. "On a des informations au compte-goutte. Du coup, c’est un peu radio cocotier. À la nuit tombée, lorsque l'Hexagone se réveille, on a des informations. Mais pendant la journée, on se sent très seuls. Au moment où on parle, l'état d'urgence a été décrété par le président de la République. Mais il a été demandé en fin de matinée. Là, il est 21h30 à Nouméa. Le décalage est assez dur à vivre. On se sent un peu oubliés", confie Alexandre Dechelotte. "Comme on est à l’autre bout du monde, des amis me demandent si l'ambassade nous aide. Sauf qu’il n’y a pas d'ambassade en Nouvelle-Calédonie, puisque c'est la France !", ajoute le trentenaire. 

Une nouvelle nuit agitée attend le couple et ses enfants. "Nos voisins nous ont conseillé d’éteindre la lumière pour ne pas attirer l'attention. Ici, les nuits sont longues, comme le soleil se couche à 18 heures. On essaie de se reposer, mais on est réveillé au moindre bruit", explique Alexandre Dechelotte. La famille espère quitter l'île dès ce jeudi à bord de leur bateau. "Demain, on va essayer d'aller dans l’archipel des Tuamotu, qui se trouve à deux jours de navigation. On espère qu'on va y trouver un climat plus apaisé et oublier cet épisode malheureux. On a effectué la moitié de notre périple autour du monde sans rencontrer la moindre difficulté. C’est assez paradoxal de se dire que ça nous arrive alors qu'on est en France", constate, amer, le trentenaire.


Matthieu DELACHARLERY

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