Le pape François a créé samedi 20 nouveaux cardinaux lors d'un consistoire à Rome.
Parmi ces prélats originaires du monde entier, un seul français : Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille.

"C'est vertigineux !" Lorsqu'il a appris avoir été choisi par le pape pour devenir cardinal, Mgr Jean-Marc Aveline n'a pas caché son émotion, bien conscient de l'immensité de sa future mission. L'archevêque de Marseille est le seul Français parmi les 20 hommes, proches de sa ligne, retenu par le pontife argentin. Il fait partie des 16 cardinaux "électeurs" - ceux qui sont âgés de moins de 80 ans et qui pourront participer à un futur conclave - créés ce samedi sous les dorures de la basilique Saint-Pierre de Rome. 

De l'Algérie à Marseille

L'élévation à ces nouvelles fonctions consacre un parcours atypique et tortueux. Jean-Marc Aveline est né en Algérie française, à Sidi Bel Abbès, en 1958. Il a vu le jour dans une famille de pieds noirs originaires d’Andalousie, qui s'est installée dans le pays à la fin du XIXe siècle. Comme tant d’autres, la guerre d’Algérie et les Accords d’Évian les poussent à prendre la fuite et à rallier l'Hexagone. Après quelques années passées dans la capitale, la famille s'installe dans le sud de la France, et plus particulièrement dans les quartiers Nord de Marseille. Le jeune Jean-Marc Aveline y connaît une enfance paisible. 

Après s'être d'abord orienté vers des études scientifiques, il opte finalement pour une vocation religieuse. Rentré au séminaire en 1977, il est ordonné prêtre en 1984. D'abord professeur au séminaire puis vicaire dans une paroisse du centre-ville, il se voit confier la charge des vocations pour le diocèse en 1991. En 2007, il est choisi pour devenir vicaire général de l’archidiocèse de Marseille. Six ans plus tard, il est nommé évêque auxiliaire à Marseille par le pape François. Il finit, en 2019, par succéder à 

Mgr Georges Pontier, après son départ à la retraite. Une ascension fulgurante propulsée par sa proximité idéologique avec l'actuel chef du Saint-Siège. 

Sur la même ligne que le pape François

Ouvert, le néo-cardinal est très attaché au dialogue interreligieux. Il a fondé l’Institut de sciences et de théologie des religions de Marseille dont une des originalités est d’être un institut universitaire né au sein d’une Église locale. Il fut aussi consulteur au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux au sein de la curie romaine et président du conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux au sein de la Conférence des évêques de France. Lui-même fut d’ailleurs l’auteur d’une thèse remarquée sur "l’enjeu christologique en théologie des religions"

En outre, l’intérêt pour la Méditerranée, une porte entre "l’Orient et l’Occident" constitue un autre point d’intérêt qui le rapproche du pape François. Il fait partie de ceux qui pensent que l’avenir, y compris de l’Europe, se décide pour une part dans cet espace où convergent trois continents. De même, en avril 2021, Mgr Aveline avait rencontré le pape François durant près d’une heure en tête-à-tête. Une audience au cours de laquelle les deux hommes avaient largement évoqué la "théologie de la Méditerranée", cette idée selon laquelle le dialogue et les échanges entre les peuples du pourtour méditerranéen doivent permettre de déployer "une grande tente de paix"

Et Marseille pourrait bien constituer la clé de ce futur. "Marseille, c'est une des dernières villes cosmopolites de la Méditerranée. Le Caire le fut, Alexandrie le fut, Istanbul le fut, Beyrouth l'est encore un peu. Marseille, c'est l'Europe et la Méditerranée, c'est une porte de l'Orient et une porte de l'Occident, c'est tout ça. Cette ville a un rôle à jouer", martèle l'homme religieux. 

Bernard Tapie n'était "pas un saint, loin de là"

S'il a toujours le sourire accroché aux lèvres, Mgr Jean-Marc Aveline sait dire sa vérité. Comme quand il a dénoncé les trafiquants de drogue et ces "mafias meurtrières et sans scrupule (qui) transforment la jeunesse des quartiers pauvres en chair à canon" en 2021. Ou lorsqu'il s'est fait remarquer lors de la messe en l'honneur de Bernard Tapie, ex-président de l'Olympique de Marseille. Seul à nuancer le portrait louangeur du défunt par les élus locaux de tous bords, sous le regard de l'assemblée médusée, il a insisté sur le fait que l'ancien magnat "n'était pas un saint, loin de là". La figure de la cité phocéenne a "tutoyé aussi bien les salons du pouvoir que les cellules de prison", avait-il lancé. 


M.G

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