Le ministre de l’Intérieur réfute l’argument de la droite, selon laquelle le nombre d’homicides a augmenté en France.
C’est vrai, d’après les chiffres officiels : leur nombre reste stable depuis 2008, avec une hausse l’an dernier.

La nomination du nouveau préfet de police de Paris a été l’occasion pour le ministre de l’Intérieur de défendre son bilan. Et de répondre aux accusations de la droite, répétées en écho aux récents faits divers, comme à Douvres ou à Angers. D’après plusieurs élus et personnalités politiques de droite et d’extrême droite, le sentiment d’insécurité en France s’appuie sur l’augmentation des homicides. 

Or, Gérald Darmanin réfute cet argument. Au Parisien (version payante), entre deux annonces, il explique : "Je ne sous-estime pas ces homicides et, plus largement, les violences à l’arme blanche […] Mais je m’insurge contre le fait qu’il y aurait une recrudescence des homicides en France. C’est faux […] Ce n’est pas parce qu’il y a des drames qu’il faut créer un climat de dramatisation supplémentaire".

Et de renvoyer au travail du SSMSI, le service statistique du ministère de l’Intérieur, "totalement indépendant". Créé en 2014 au sein de l’administration du ministère, le SSMSI est "placé sous l’autorité conjointe des directeurs généraux de la police nationale (DGPN) et de la gendarmerie nationale (DGGN)". Ses services sont dirigés par une inspectrice de l’Insee et "composé de statisticiens des corps de l’Insee, de policiers et de gendarmes, et de membres des corps administratifs et techniques du ministère de l’Intérieur".

"Avant 2015, du fait de l’absence de remontée exhaustive des procédures il est impossible
de vérifier que les victimes d’attentats terroristes sont bien intégrées dans le nombre d’homicides
comptabilisés", note le ministère de l'Intérieur
"Avant 2015, du fait de l’absence de remontée exhaustive des procédures il est impossible de vérifier que les victimes d’attentats terroristes sont bien intégrées dans le nombre d’homicides comptabilisés", note le ministère de l'Intérieur - SSMSI, bases des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie.

La sécurité se mesure par plusieurs indicateurs, et notamment le taux d’homicides, bien qu’il ne s’agisse pas ici du phénomène le plus marquant. Chaque année, le SSMSI dresse un bilan statistique de "l’insécurité et la délinquance". Et tous les cinq ans, le nombre d’homicides est compilé, ce qui permet de dessiner une tendance. Le dernier rapport date de juin 2022, pour la période 2016-2021. Et les données sont limpides. En cinq ans, le nombre d’homicides commis en France reste stable, avec une légère baisse de 1% entre 2016 et 2021. À ce sujet, les chiffres mentionnés par Gérald Darmanin sont bien ceux du SSMIS : 930 homicides ont été enregistrés en 2021, contre 936 homicides en 2016. La recrudescence des homicides, dénoncée par la droite, n’a donc pas lieu.

Excepté l’an dernier, qui a connu une nette augmentation. Comme le souligne le SSMIS, "le nombre de victimes d’homicides est en hausse (+55 victimes par rapport à 2020) et s’élève à 842 victimes, dont 1 en lien avec un attentat terroriste. Il avait connu une baisse en 2020 (787 victimes, dont 7 en lien avec un attentat terroriste)". Mais cette hausse n'est pas si importante, selon le site juridique Dalloz Actualité : "Alors que les statistiques diffusées montraient une augmentation des homicides ces dernières années, le SSMSI tient à la relativiser : les chiffres étaient peu fiables, incluant des victimes non décédées, des victimes animales, des procédures fictives et de simples tentatives. Pour l’avenir, les chiffres ont été fiabilisés".

En remontant plus loin dans le temps, le nombre d’homicides annuels stagne de la même manière. Depuis 2008, aucune baisse ou hausse conséquente n’est à relever, comme on peut le voir sur ce graphique ci-dessus. Deux années ont connu plus de victimes que d’ordinaire : dans le pays, 1130 victimes d’homicides ont été enregistrées en 2008 et 1051 en 2015. Mais cette hausse rencontrée il y a sept ans est liée de près aux attentats terroristes survenus en France, et notamment ceux des locaux de Charlie Hebdo et de Paris. Ainsi, hors victimes des attentats, le bilan tombe à 903 homicides sur cette année. 

Les comparaisons remontant à avant 2016 sont à considérer avec un peu plus de nuance. En effet, comme évoqué plus haut, le SSMIS travaille depuis 2020 à mieux recenser les homicides en France. Et à corriger certaines erreurs potentielles qui ont pu se glisser dans les statistiques. Et puisque ces erreurs n'ont pas été corrigées avant 2015, "une confrontation directe de la série des homicides" de ces deux périodes "n’est pas recommandée".

Dans son analyse, le service de statistiques note également que 85% des homicides commis entre 2016 et 2021 ont été intentionnels, dont seulement 10% avec un mobile crapuleux. Les 15% restants étaient des "violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner". Sur ces cinq ans, leurs auteurs présumés étaient des hommes en grande majorité (85%).

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.


Caroline QUEVRAIN

Tout
TF1 Info