"Pas de sang de Daech sur nos plages !" : le sable de Paris Plages fourni par Lafarge alimente une pétition

par Sibylle LAURENT
Publié le 21 juillet 2016 à 15h09
"Pas de sang de Daech sur nos plages !" : le sable de Paris Plages fourni par Lafarge alimente une pétition

POLEMIQUE - Pour la 14e édition de Paris Plages, la Ville a de nouveau fait appel au groupe Lafarge pour fournir le sable. En juin dernier, la société a été soupçonnée de s'être "arrangée" avec le groupe terroriste Daech, en Syrie, pour pouvoir poursuivre ses activités. Une pétition dénonçant le partenariat parisien cumule déjà près de 30.000 signatures.

"Pas de sang sur nos plages !" Des milliers d’internautes crient au scandale. Le site en question, c’est celui de Paris Plages, événement organisé par la Ville de Paris qui vient de débuter sur les berges de Seine. Et ce qui fait débat, c’est le sable qui lui sert de décor. Et surtout, son fournisseur : le groupe Lafarge, partenaire de la Ville de Paris. Ce dernier a en effet été accusé en juin, via des révélations du journal Le Monde, d’avoir passé des arrangements avec des groupes armés, dont l'Etat islamique, pour pouvoir poursuivre ses activités en Syrie.

Une pétition récente sur SumofUs , qui dénonce ce "partenariat scandaleux", cumulait jeudi près de 30.000 signataires. Elle demande à Anne Hidalgo, la maire de Paris, de "rompre immédiatement les contrats de la ville de Paris avec Lafarge".

Des petits arrangements locaux avec Daech ?

L’entreprise Lafarge collabore avec la mairie de Paris depuis la première édition, acheminant chaque été environ 3.500 tonnes de sable. L’opération est à chaque fois l'occasion, pour le groupe, de lancer une grande opération de communication autour du transport fluvial, "plus écologique et économique".

En juin, Le Monde  a révélé des arrangements qu’aurait eus le numéro 1 mondial des matériaux de construction avec Daech. En cause, une cimenterie du groupe français installée dans le nord de la Syrie. L’usine, fleuron de l'entreprise, avait été inaugurée en 2010, un an avant que la guerre civile n'éclate. La direction de l’établissement aurait cherché à la faire tourner le plus longtemps possible. Des droits de passage auraient ainsi été négociés pour les camions aux "checkpoints" tenus par des djihadistes. L'usine aurait aussi acheté du pétrole provenant de champs contrôlés par Daech. L’organisation terroriste s’est finalement emparée du site en septembre 2014, mettant fin à l’activité de Lafarge. La direction du groupe aurait été au courant de ces "arrangements".

"Si vous croyez que l’argent n’a pas d’odeur, et bien, je ne suis pas d’accord"

Côté politique, c’est l’élue Front de gauche Danielle Simonnet qui a jeté le pavé dans la mare, lors du dernier Conseil de Paris, au moment de la signature de la convention de partenariat pour Paris Plages. "Est-ce qu’on peut faire le lundi une minute de silence pour l’ensemble des victimes des actes terroristes commis par Daech, et le mardi, voter tranquillement une délibération pour pouvoir user du financement d’un partenaire, Lafarge, qui n'a pas hésité à collaborer avec Daech ?", a-t-elle interrogé. "Si vous croyez que l’argent n’a pas d’odeur, et bien, je ne suis pas d’accord." L’élue a été la seule à voter contre la convention.

Les accusations du Monde sont-elles fondées ? Pour se défendre, Lafarge avait laissé une porte-parole répondre au Monde. Celle-ci avait invoqué une situation en Syrie "très compliquée et évolutive", des personnes ayant travaillé sur place qui n’étaient "pas toutes joignables", l’usine ayant fermé. Ce mercredi, un rapport parlementaire consacré à Daech est venu renforcer la défense du cimentier français. Il estime ainsi que "rien ne permet d’établir que le groupe ou ses entités locales ont participé, directement ou indirectement, ni même de façon passive, au financement de Daech". Il reconnaît cependant que "compte tenu du caractère extrêmement mouvant de la situation dans la zone", le fait d’essayer de préserver le site a pu "apparaître ambigu et générer des soupçons". Des "comportements individuels" au sein du groupe ont été "sanctionnés immédiatement".

Contactée, la mairie de Paris rappelle la teneur du partenariat avec Lafarge : l'entreprise fournit gratuitement le sable de Paris Plages, originaire de Normandie, via un acheminement en péniche afin de réduire l’impact environnemental de ce transport. "La Ville ne verse pas d’argent à Lafarge en retour, Lafarge ne verse pas non plus d’argent à la Ville", précise la municipalité. Et concernant les accusations visant le groupe, elle indique "n'avoir aucun commentaire à faire" tant qu'elles n'ont pas été confirmées.
 

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Sibylle LAURENT

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