Le rapport Sauvé révèle l'ampleur de la pédocriminalité dans l'Église de France

Violences sexuelles : pourquoi il faut préférer le terme de pédocriminalité à celui de pédophilie

CQ
Publié le 11 octobre 2021 à 12h52
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LEXIQUE - Les associations militent pour faire bannir le mot pédophilie du débat public. Celui-ci introduit à tort une notion d’amour pour faire référence à des crimes commis contre des enfants.

"Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde", jugeait déjà Albert Camus en son temps. Avec les multiples affaires de violences sexuelles commises contre des enfants, et récemment avec le rapport de la Commission Sauvé sur les 300.000 enfants victimes au sein de l’Église, la question des mots à employer et à proscrire pour en parler prend toute sa place. 

Depuis des années, des associations de protection des mineurs tentent de faire disparaitre le terme de "pédophilie" du champ lexical quand il s’agit de désigner ces actes de violences que subissent des enfants, au profit de celui de "pédocriminialité". Peu à peu, ce dernier a trouvé sa place dans le débat public et médiatique. Désignant de manière large la criminalité à l’encontre des enfants (et qui intègre donc les notions de pédophilie, d’inceste et d’exploitation sexuelle des enfants), le mot "pédocriminalité" a surtout commencé à être employé en France au moment de l’affaire Gabriel Matzneff. Cet écrivain, notoirement connu pour avoir agressé sexuellement de nombreux mineurs et s’en vantant dans ses livres, fut accusé par Vanessa Springora, dans un roman sorti en janvier 2020.

La pédophilie, "une condition de santé mentale"

La loi elle-même ne renvoie pas à ces notions, leur préférant les termes de "viol", "agression sexuelle" et "atteinte sexuelle". La notion de pédophilie, elle, a été construite de toutes pièces par des psychiatres au XIXe pour désigner un "trouble de la préférence sexuelle". Comme l’indique un groupe de travail réunissant des institutions internationales comme l'ONU ou Europol dans son guide de terminologie pour la protection des enfants contre l’exploitation et l’abus sexuels, cette notion fait référence à l’époque "à un diagnostic clinique d’une condition de santé mentale". Selon ce guide de bonnes pratiques, "les termes pédophile et pédophilie sont continuellement galvaudés et incompris. En effet, ils sont souvent considérés comme une façon de désigner toute personne condamnée pour exploitation ou abus sexuels d’enfants plutôt que comme un terme décrivant une condition clinique". Autrement dit, les pédophiles relèvent de la psychiatrie car ils sont atteints d’un trouble caractérisé par une préférence sexuelle pour les enfants, mais tous ne passent pas à l’acte. 

"Bien que certains agresseurs sexuels soient diagnostiqués de trouble pédophile, l’emploi de ce terme n’est pas recommandé, et il est préférable d’utiliser celui d’'agresseur préférentiel' qui semble plus adapté aux individus recherchant activement et en connaissance de cause des enfants avec l’intention de se livrer à des activités sexuelles avec eux", poursuit ce groupe de travail interinstitutionnel. 

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Autre problème avec l’emploi du mot "pédophilie" pour désigner les violences sexuelles commises sur des enfants, c’est celui d’y introduire une notion d’amour. Étymologiquement, il n’y a aucune ambiguïté puisque le suffixe "phile", issu du grec ancien, signifie "ami, personne qui aime". "Quand la victime est un-e enfant, le terme le plus couramment employé est celui de 'pédophile' – en lieu et place de pédocriminel- comme si leur seul crime était d’aimer un peu trop les enfants", déplore de son côté l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), dans un rapport de 2011. Pour Edouard Durand, juge des enfants du tribunal de Bobigny, le terme est problématique en cela qu’il "masque le réel des violences sexuelles", peut-on lire dans Le Parisien. En employant le terme de "pédocriminalité", la notion d’amour disparait donc pour ne laisser de la place qu’à celle du crime commis. 


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