Affaire Gabriel Matzneff : Vanessa Springora dénonce "l'hypocrisie" et les "dysfonctionnements" de l'époque

par Mélanie FAURE
Publié le 2 janvier 2020 à 3h16, mis à jour le 2 janvier 2020 à 11h49

Source : TF1 Info

TÉMOIGNAGE - Dans une interview accordée au journal "Le Parisien", l'éditrice et autrice Vanessa Spingora pointe du doigt les "dysfonctionnements" des années 1980 et "l'hypocrisie de toute une époque" après les faits présumés de pédocriminalité dont elle accuse l'écrivain Gabriel Matzneff.

Dans son ouvrage intitulé "Le Consentement", à paraître jeudi? Vanessa Springora livret tout. Cette éditrice de 47 ans y raconte sa relation sous emprise, à 14 ans, avec l'écrivain Gabriel  Matzneff. Une histoire dont elle mettra des années à se remettre. Des révélations chocs qui crééent depuis une vive polémique. 

Dans une entrevue accordée au journal Le Parisien ce mercredi, Vanessa Springora va plus loin et dénonce les "dysfonctionnements" des institutions et  "l'hypocrisie de toute une époque". "Je l'ai rencontré en 1986. On le connaissait. Il y a eu un dysfonctionnement de toutes les institutions : scolaire, policière, hospitalière... C'est ça qui est sidérant face à un militant de la cause pédophile qui a publié des textes en ce sens et qui s'en glorifie", dit-elle dans les pages du quotidien. "Ce n'était pourtant pas très difficile de savoir qui était Matzneff à l'époque", ajoute-t-elle.

"Aucun signal d'aucun de ses éditeurs"

Réagissant aux regrets exprimés par l'ancien animateur télé Bernard Pivot, accusé de complaisance avec l'écrivain qu'il avait reçu dans l'émission Apostrophes du 2 mars 1990, Vanessa Springora se dit "étonnée" qu'il soit le seul à avoir fait cette démarche. "Davantage que cette chasse à l'homme qui est en train de se mettre en place vis-à-vis de Matzneff, un vieux monsieur dans la misère qui n'est plus en mesure de nuire à qui que ce soit, pour moi, c'est l'hypocrisie de toute une époque qui doit être remise en question", insiste-t-elle.     

"Je n'ai eu aucun signal d'aucun de ses éditeurs (...). En 2013, quand il a reçu le Renaudot, aucun journaliste littéraire, pas un seul, ne s'est interrogé sur le bien-fondé de cette récompense. La vie d'une adolescente anonyme n'est rien face au statut d'un écrivain."

Je me dis que j'aurais peut-être dû écrire plus tôt
Vanessa Springora

Malgré sa décision d'écrire ce livre, elle assure ne pas avoir "du tout envie d'être la porte-parole de quoi que ce soit". "Je reçois des témoignages qui me bouleversent. Je me dis que j'aurais peut-être dû écrire plus tôt, ça me culpabilise un peu, je ne sais combien d'années il a été actif, on m'a raconté des histoires terribles entre-temps, bien pires que la mienne, mais je ne peux pas en être le porte-parole", explique-t-elle.

"Si d'autres personnes plus jeunes ont envie d'aller en justice qu'elles le fassent, ou témoignent, réparent chacune ou chacun à sa manière un traumatisme de jeunesse. Ce livre, c'est déjà une trace et une empreinte. Il va faire réfléchir. Les éditeurs, les auteurs, les médias, tout le monde", ajoute l'éditrice, qui s'est "interdit de regarder ce qui se passait sur les réseaux sociaux" autour de cette affaire. "C'est trop violent".

Dans un message à L’Obs - seul média auquel il a répondu - Gabriel Matzneff a fait part jeudi 26 décembre de sa "tristesse” au sujet d’un "ouvrage hostile, méchant, dénigrant, destiné à [lui] nuire".


Mélanie FAURE

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