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Perpignan : des patients laissés dehors sur des brancards, faute de places disponibles aux urgences ?

Publié le 4 octobre 2023 à 17h30

Source : JT 13h Semaine

Très relayées en ligne, des images montrent des patients attendre dehors sur des brancards à Perpignan, faute de place aux urgences.
Il s'agit d'une séquence relayée à l'origine par le Sdis des Pyrénées-Orientales.
Si une telle congestion n'est pas observée quotidiennement, les conditions d'accueil des patients sont régulièrement pointées du doigt.

Sur les réseaux sociaux, une vidéo cumule depuis le 1 octobre plus de 5 millions de visionnages et choque de nombreux internautes. Dans cette courte séquence, on observe une dizaine de patients allongés sur des brancards, attendant à l'extérieur des urgences qu'une place se libère afin d'être pris en charge. Sur ce qui ressemble à un parking, les membres du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) les accompagnent et patientent à leurs côtés. 

Ces images, présentées comme tournées au centre hospitalier de Perpignan, illustrent le résultat de "dizaines d'années d'austérité dans nos hôpitaux publics en 20 secondes", déplore le Parti communiste. Elles sont également dénoncées par plusieurs députés de la Nupes ou par des personnalités comme l'acteur Pierre Niney. Ce dernier s'est lancé dans un plaidoyer pour la défense des services publics, demandant "un lit pour chaque urgence, un enseignant pour chaque classe, un budget pour chaque caserne".

Le SDIS 66 tire la sonette d'alarme

Que sait-on de ces images, qui ont connu un retentissement majeur en l'espace de quelques jours ? Si c'est sur X (ex-Twitter) que la vidéo enregistre le plus grand nombre de visionnages, on en retrouve en fait l'origine sur Facebook. La section CGT du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) des Pyrénées-Orientales l'a publiée sur sa page, accompagnée d'un message teinté de colère. "Pendant que nos élites se goinfrent à Versailles, la plèbe souffre en silence", peut-on lire. Avant d'ajouter un cinglant : "Bienvenue aux urgences du centre hospitalier de Perpignan."

Le secrétaire général du syndicat, Christophe Garcia, a fourni quelques explications au journal local L'indépendant : "La vidéo a été prise ce samedi 30 septembre 2023. Il était 15 heures environ", précise-t-il. "Une dizaine de brancards alignés les uns derrière les autres, sans prise en charge directe, on n'avait jamais vu ça. Pourtant, nous alertons depuis longtemps les différents préfets sur les délais de régulation médicale." Difficile à vivre pour les personnes en attente de soins, cette situation met aussi en difficultés les secours. "Quand les patients sont sur les brancards, nous ne pouvons pas les soulager et nous ne pouvons pas laisser une victime attendre seule", poursuit auprès du quotidien le représentant de la CGT. "Nous restons donc sur place et, pendant ce temps, nous ne sommes pas sur le terrain des autres interventions."

Pour la section CGT de l'hôpital de Perpignan, un telle situation n'a rien de surprenant. "Cette file d’attente, on l’explique par la politique médicale dans le département. La médecine généraliste est de moins en moins présente, les médecins disponibles se font rares, certaines cliniques refusent parfois des patients, SOS Médecins est débordé", se désole le syndicat.

Un "épiphénomène", mais des problèmes de fond

Sollicité par TF1info, le centre hospitalier n'a pas souhaité réagir. Il préfère s'en remettre à l'Agence régionale de santé, qui s'est fendue d'un communiqué mercredi après-midi. "Les images filmées samedi dernier entre 13 heures et 15 heures ne sauraient être le reflet de la prise en charge habituelle dans ce service des urgences", peut-on lire. "Un pic d'activité exceptionnel a été marqué par un important afflux de patients avec une trentaine d'ambulances accueillies sur cette période, en plus des personnes arrivées par leurs propres moyens. Cette forte activité a mis ponctuellement en difficulté les équipes soignantes, qui se sont réorganisées et renforcées pour assurer les prises en charges en fonction des situations d'urgence de chaque patient."

L'ARS assure que "tous les moyens humains, financiers et de coordination sont mobilisés pour apporter 24h/24 des réponses concrètes aux besoins de soins urgents des habitants à Perpignan comme dans l'ensemble des Pyrénées-Orientales". Un discours qui contraste avec les propos de Laurent Ortega, médecin-chef du Pôle Urgences et médecine aiguë du centre hospitalier de Perpignan. Dans les médias régionaux, il se dit "désolé" et évoque au sujet de la vidéo un "épiphénomène", mais ne manque pas de souligner que des difficultés sont rencontrées de longue date par les patients et les personnels soignants. "Cela fait quatre ans que je dis que nous ne sommes pas extensibles à volonté. Nous avons un problème d'offre de soins dans la France entière et nous devons nous recentrer sur l'urgence", estime-t-il. 

Des alertes à répétition

La presse locale a consulté une série de documents, qui attestent des alertes successives adressées aux autorités. La section de CGT du Sdis 66 a contacté la préfecture des Pyrénées-Orientales à plusieurs reprises, via une série de courriers envoyés à partir de juin 2021. Le 1ᵉʳ août dernier, l'une de ces lettres pointait spécifiquement du doigt le temps d'attente avant de bénéficier d'une prise en charge aux urgences.

"Les équipes de secouristes attendent régulièrement entre 15 et 30 minutes, voire exceptionnellement plus d’une heure pour une prise en charge par l’infirmier d’accueil et d’orientation", lançait la missive. "Pendant cette attente, les sapeurs-pompiers sur place font face à la douleur et l’incompréhension des victimes et de leur famille."

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Thomas DESZPOT

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