Les derniers chiffres de la Fondation Abbé Pierre font état de 300.000 personnes sans domicile en France.
De quoi susciter des critiques envers Emmanuel Macron, qui aurait promis en 2017 que plus personne ne dormirait à la rue.
Les Vérificateurs ont remonté le fil des déclarations du chef de l'État, parfois ambiguës sur le sujet.

La Fondation Abbé Pierre a dévoilé cette semaine son rapport annuel. Des travaux qui dressent un constat pour le moins préoccupant : le nombre de personnes sans domicile a plus que doublé en dix ans en France. Environ 330.000 seraient ainsi sans abri, en hébergement d'urgence ou placés dans des centres pour demandeurs d'asile. On note par ailleurs que les sans-domicile ont vu leur nombre augmenter de près de 130% depuis 2012, date de la dernière étude de l'Insee à ce sujet, rapporte la fondation. 

Une situation très largement dénoncée, et qui vaut des salves de critiques à Emmanuel Macron. Le chef de l'État est en effet accusé d'avoir échoué à lutter contre ces formes de précarité liées au logement. Il se serait en effet engagé en 2017 à ce que plus personne ne soit à la rue. 

Flou sur des déclarations datant de 2017

Pour y voir plus clair sur les engagements pris par le président de la République, il faut remonter au 27 juillet 2017. À l'époque, il profite d'un déplacement à Orléans et d'une cérémonie de naturalisation pour évoquer les questions d'intégration et d'immigration. L'accueil et la prise en charge des personnes immigrées sont évoqués dans son discours, de même que la situation des demandeurs d'asile. Dans son intervention, Emmanuel Macron assure que "la première bataille, c’est de loger tout le monde dignement". Il poursuit ainsi : "Je ne veux plus, d'ici à la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus. C’est une question de dignité, c’est une question d’humanité et d’efficacité là aussi."

Dans les médias, la reprise de ces propos a laissé place à diverses interprétations. Évoquait-il uniquement les personnes migrantes arrivant dans l'Hexagone ? Ou bien englobait-il dans son esprit l'ensemble de personnes sans domicile ? Une autre phrase du discours peut laisser planer le doute : "Je veux partout, et c'est l'immense travail que vous aurez à conduire, mais je sais que vous en avez la détermination partagée, partout, des hébergements d'urgence. Je ne veux plus de femmes et d'hommes dans les rues", lançait le chef de l'État. 

En janvier 2019 dans la Drôme, Emmanuel Macron a contesté s'être engagé à loger l'ensemble des personnes sans domicile. "Je n’ai pas dit en juillet 2017 et je n’ai pas pris d’engagement de campagne d’avoir zéro SDF. J’entends beaucoup de gens qui disent ça", a-t-il souligné, ne comprenant pas qu'il soit accusé de ne pas avoir atteint cet objectif. "J'ai eu [...] un mot sur les demandeurs d'asile qui étaient dans la rue et les bois. Et j'ai dit que je souhaitais que toutes ces personnes soient accueillies. Donc c'était un propos que j'avais sur la réforme de nos règles d'immigration", précisait le président de la République.

Reproche-t-on à Emmanuel Macron de trahir des promesses qu'il n'aurait pas tenues ? Pas tout à fait. Si son intervention de juillet 2017 ne faisait pas forcément à toutes les personnes sans domiciles, le chef de l'État a aussi abordé la question lors de ses vœux de fin d'année, le 31 décembre 2017. À cette occasion, il s'était montré plus explicite : "Je veux que nous puissions apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui sans abri", lançait-il. "Le gouvernement s’est beaucoup engagé ces derniers mois dans cette direction, a beaucoup amélioré les choses, mais il y a encore des situations qui ne sont pas acceptables. Que je n’accepte pas davantage que vous. Nous continuerons donc l’effort indispensable pour réussir à pleinement respecter l’engagement que j’ai moi-même pris devant vous. Comptez sur ma détermination entière en la matière."

Cette déclaration se révèle assez claire, et le fait qu'il soit fait référence à "toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui sans abri" laisse bien entendre que les personnes migrantes n'étaient pas les seules concernées. À lecture des chiffres avancés cette semaine par la Fondation Abbé Pierre, il semble que cet objectif énoncé il y a 5 ans soit encore très loin d'être atteint.

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Thomas DESZPOT

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