Traque d'un cerf à Compiègne : ce qu'il faut savoir sur la chasse à courre en France

Publié le 21 septembre 2020 à 14h20, mis à jour le 21 septembre 2020 à 15h41

Source : JT 20h WE

HISTORIQUE - La traque d'un cerf pendant une chasse à courre à Compiègne ce samedi ravive le débat autour de ce mode de chasse ancestral consistant à poursuivre un animal sauvage avec une meute de chiens, jusqu'à son épuisement et sa prise. Controversé, ce loisir séculaire compte 10.000 pratiquants en France.

Samedi 19 septembre, la vision d'un cerf, à bout de force et traqué par un équipage de chasse à courre, trouvant refuge dans une zone en construction dans la ville de Compiègne (Oise), a remis sur le tapis le débat autour de la chasse à courre. 

Une pratique ancestrale, vivement dénoncée par les membres du collectif Abolissons la Vénerie Aujourd'hui (AVA) et qui, entre les pro et les anti, déchaîne les passions dans les campagnes françaises.

C'est quoi, une "chasse à courre" ?

La "chasse à courre, à cor et à cri", telle que la définit le Code de l’environnement (article L424-4), est un mode de chasse également connu sous le nom de "vénerie", qui consiste à chasser un animal sauvage uniquement à l’aide de chiens courants, encadrés par un équipage à cheval ou à pied qu’on appelle les veneurs. 

Selon Venerie.org, la meute de chiens, qui chasse comme une meute de loups, ne chasse qu’un seul et même animal : cerf, chevreuil, sanglier, renard, lièvre ou lapin. La chasse à courre la plus pratiquée en France est celle du lièvre, loin devant la vénerie du cerf qui est la plus emblématique et qui, selon le site, "cristallise les passions".

Après plusieurs heures de poursuite, le gibier, épuisé, finit par être tué par l’un des veneurs avec une lance. L’animal n’est ensuite pas mangé par les chasseurs, mais il est servi aux chiens lors d’une cérémonie baptisée  "curée". 

Quelle est son histoire ?

Née à la fin du Moyen-âge, la chasse à courre représente un rite de classe sociale archaïque, un privilège pratiqué par des gens de pouvoir et des grands capitaines d'industrie, réservé à la noblesse sous l'Ancien Régime. 

C'est François 1er, sacré roi de France le 25 janvier 1515, qui transforme cette chasse en art. Appréciant sa pratique, il s'octroie le surnom de "père des veneurs". Des chasses sont alors commandées par Marie de Médicis sous forme d'une série de tapisseries. 

Tombée en désuétude et interdite à la Révolution, la chasse à courre est finalement réintroduite en France en 1805 par Napoléon. Soit une tradition qui perdure depuis en France, vieille de 600 ans, où l'on distingue la grande vénerie qui se pratique à cheval de la petite vénerie qui se pratique à pied.

10.000 adeptes, soit deux fois plus qu'au début du siècle

Aujourd'hui, en France, la vénerie compte 10.000 pratiquants, soit deux fois plus qu'au début du siècle dernier, qui marqua pourtant son âge d'or. La tradition a récemment connu des évolutions. 

En mars 2019, il a été décidé qu'un animal traqué pendant une chasse à courre, s'il parvenait jusqu’à une zone habitée ou commerciale, serait gracié et ne pourrait plus être poursuivi ou tué par les chasseurs. Ce décret faisait suite à un autre incident survenu dans l’Oise à l’automne 2017, lorsque des veneurs avaient abattu un cerf ayant trouvé refuge dans le jardin de particuliers, ce qui avait provoqué un vif émoi. Le chasseur avait alors été suspendu pour "négligences".

Si la chasse à courre reste légale en France, ce n'est plus le cas en Grande-Bretagne. Naguère très prisée dans le monde anglo-saxon, au sein duquel s’est répandu le célèbre "fox hunting" pratiqué depuis le XVIe siècle (le renard étant l’animal le plus couramment chassé), la chasse à courre a été interdite avec le Hunting act, une loi votée en 2004 ayant pour effet d'interdire les activités traditionnelles de chasse à courre en Angleterre et au pays de Galles. Outre-Rhin, l’interdiction de la pratique de la chasse à courre est bien plus ancienne. En 1934 déjà, le régime nazi prohibait la "Parforcejagd" (chasse à courre en allemand). En France, elle reste pratiquée dans 70 départements. 


La rédaction de TF1info

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