Futur porte-avions français : pourquoi la propulsion nucléaire reste privilégiée, malgré son coût

H.G. avec AFP
Publié le 9 décembre 2020 à 7h31
Une vue d'artiste du futur porte-avion français, à propulsion nucléaire, qui doit voir le jour en 2038.

Une vue d'artiste du futur porte-avion français, à propulsion nucléaire, qui doit voir le jour en 2038.

Source : Crédits : Naval Group.

DÉFENSE - À l'instar de son aîné, le prochain porte-avions français sera équipé "d'une propulsion nucléaire" a annoncé Emmanuel Macron. Il devrait voir le jour en 2038 pour remplacer l'actuel, le Charles-de-Gaulle.

Comme le Charles-de-Gaulle, ou presque. Emmanuel Macron a annoncé mardi depuis le site Framatome au Creusot (Saône-et-Loire) que le prochain porte-avions nouvelle génération qui succédera à l'actuel sera lui aussi "à propulsion nucléaire"

Un choix pris pour assurer, selon le chef de l'État, une meilleure autonomie énergétique du navire de guerre, au détriment d'une propulsion diesel moins efficace par ailleurs sur plusieurs autres aspects stratégiques.

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Un gain de place stratégique

Au cours de son déplacement, Emmanuel Macron a expliqué privilégier un nouveau porte-avions à propulsion nucléaire afin d'assurer la préservation des compétences "techniques, technologiques et industrielles sur toute la filière" sur le long terme. 

Les regards se tournent d'abord vers les réacteurs qui prennent bien moins de volume que le carburant diesel : sur le Charles-de-Gaulle, chaque réacteur (au nombre de deux) occupe 10 mètres de diamètre pour environ 10 mètres de hauteur.  Un espace moindre qui permet d'embarquer davantage de carburant pour les avions militaires mais aussi des armements supplémentaires. Ce gain de place constituera là encore un plus pour le prochain navire qui devrait avoisiner les 75.000 tonnes pour 300 mètres de long contre 42.000 tonnes pour 261 mètres pour l'actuel porte-avions. 

Sa longueur plus conséquente ainsi que sa largeur (40 mètres à la flottaison contre 31,5 pour le Charles-de-Gaulle) permettra également au nouveau porte-avions d'accueillir davantage de troupes - jusqu'à 2000 marins à son bord - mais aussi une trentaine d'avions de combat Scaf, les avions de chasse nouvelle génération qui succéderont aux Rafale. 

À forte autonomie

À cela s'ajoute la très grande autonomie des réacteurs (les chaufferies du prochain devraient être 50% plus puissantes que celles du Charles-de-Gaulle selon Le Figaro) puisque le combustible n'a besoin d'être remplacé que tous les dix ans et ce, pour une durée d'environ deux ans. Les ravitaillements en mer sont donc bien moins nombreux (le Charles-de-Gaulle ne doit être ravitaillé que tous les 10 jours contre 2 à 3 pour un porte-avions à propulsion diesel) ce qui assure une sécurité accrue pour le porte-avions, composante de la dissuasion nucléaire française. 

En complément de ces atouts, l'énergie nucléaire est aussi garante d'une discrétion acoustique pour les futurs sous-marins et d'une rapidité pour les porte-avions. Il est ainsi possible pour le Charles-de-Gaulle d'atteindre les 27 nœuds, soit 50 kilomètres par heure, une vitesse performante pour le catapultage d'avions de chasse.

Un coût estimé à plusieurs milliards d'euros

Reste que ces nombreux avantages ne peuvent se concrétiser sans des dépenses conséquentes. Les sénateurs Olivier Cigolotti et Gilbert Roger, auteurs d'un rapport sur le financement de ce programme, estiment que le coût de développement et de construction du prochain porte-avions sera "très certainement supérieur à 5 milliards d'euros".

Pas de quoi freiner Emmanuel Macron qui a affirmé mardi que "le nucléaire restera la pierre angulaire de notre autonomie stratégique", prévue pour les décennies à venir puisque les premiers essais du prochain porte-avions nucléaire ne devraient débuter qu'en 2036, soit deux ans avant la fin de vie du Charles-de-Gaulle.


H.G. avec AFP

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