Prolifération des rats, poubelles crevées, pipis sauvages... Comment rendre Paris plus propre ?

La rédaction de LCI
Publié le 5 février 2018 à 13h47
Prolifération des rats, poubelles crevées, pipis sauvages... Comment rendre Paris plus propre ?

Source : AFP

L'essentiel

CONSEIL DE PARIS - Ce lundi matin, le dossier de la propreté est au centre des discussions du Conseil de Paris. Plusieurs mesures sont envisagées, pour tenter de donner un grand coup de balai dans la capitale.

"Bataille de la propreté" ; "Paris, fais toi belle" ;  "Paris a toujours eu un problème avec la propreté". Il a beaucoup été question de grand toilettage, ce lundi, pour le début du Conseil de Paris. Les élus se penchent en effet sur le sujet – ou problème – de la propreté dans la capitale. Un thème sur lequel le consensus est large, tous bords confondus : il faut mettre un petit coup d’accélérateur sur la propreté. 

Un plan de renforcement de la propreté avait déjà été adopté en mars dernier. Mais 45 mesures nouvelles ont été votées pour accélérer le mouvement. LCI vous fait une rapide mise à jour. 

Le diagnostic

> Rapports, rapports, rapports. 

Pour saisir la mesure d’un problème, en France, on aime bien faire des rapports. Pour la propreté, pas moins de trois études ont été commanditées en quelques mois, qui étaient déroulées devant le Conseil de Paris. L’un d’eux a notamment fait parler, épinglé par le Canard enchainé : celui des Conférences citoyennes, pour recueillir les avis et critiques de citoyens, dont la tenue a coûté à la Ville plus de 224.000 euros. En parallèle, le Conseil parisien de la jeunesse a été invité à réfléchir aux moyens de mobiliser la jeunesse sur la propreté. Enfin, une Mission d’information et d’évaluation (MIE) rassemblant tous les groupes de l’assemblée s’est réunie de mai à novembre 2017 et vient de rendre son rapport et ses 45 propositions

> Faire face aux nouveaux usages de la ville. 

De nouveaux usages envahissent l’espace public, la ville évolue, et le nettoyage doit s’adapter. La piétonisation des berges, les zones 30, la création de zones de rencontres fait que de plus en plus, l’espace public accueille des occupations nocturnes ou saisonnières :  manifestations événementielles, pique-niques dans les squares, consommation d’alcool et de cigarettes accrue sur l’espace public, présence de campements... En parallèle, le budget alloué à la propreté a diminué. Tandis que la fréquentation de la ville, déjà dense avec ses 2, 2 millions d’habitants, augmente.  

Les solutions

> (Encore) des nouvelles poubelles. Les actuelles poubelles de rues de Paris sont fines, aérées, ouvertes aux regards.  Elles ne sont pas vieilles, leur déploiement date de 2013, et en 2015 l’espace public en comptait 30.000. A l’époque, leur charte répondait à plusieurs objectifs : une ergonomie conçue pour éviter que de trop gros déchets ne soit jetés dans les corbeilles, un éteignoir pour lutter contre le jet de mégots, et l’aspect ouvert permettait, en ces temps de Vigipirate, la transparence du contenu. Sauf qu’à l’usage, ces corbeilles "bagatelles" s’avèrent totalement inadaptées : trop petites et donc rapidement débordées, des sacs poubelles volant au vent et offrant un festin appétissant aux rats, et un éteignoir pas vraiment utilisé. Anne Hidalgo a donc annoncé une "mesure de bon sens" avec l'installation d'une "nouvelle génération de poubelles" à la fois "plus capacitaires, plus visibles, plus faciles d’entretien", et disposées notamment plus près des stations de métro et de bus. 

> Il faut plus de toilettes publiques ! C’est dit, Paris veut renforcer l’offre de toilettes publiques, pour lutter contre le fléau des pipis de rue. C'est en effet l'invasion à Paris, que ce soit sur les lieux festifs, mais aussi les gros points de fréquentation, comme la Canopée des Halles, où les besoins en sanisettes n'ont pas du tout été anticipés. Mais en implanter de nouvelles est compliqué, notamment pour des raisons d’encombrement et de raccordement aux réseaux. Les premières pistes de la Ville sont donc d’abord d’élargir autant que possible les horaires d’ouverture des sanisettes existantes, et de rénover les toilettes publiques des parcs et jardins. L'idée est par ailleurs d'expérimenter des dispositifs plus souples, pour faire face à des utilisations ponctuelles, comme des urinoirs mobiles sur "les sites où l’attente est la plus forte, principalement en période estivales", en clair, les lieux festifs. Un exemple brandi est celui des uritrottoirs, des sanisettes-jardinières, déjà utilisées à titre expérimental en gare de Lyon. 

> Des horaires plus étendus pour les éboueurs. Les ramasseurs doivent aussi s’adapter aux nouveaux usages. Ils pratiquent déjà les horaires de soirée en période estivale, et nettoient les rues jusqu’ à 23h30. L’idée est d’encore amplifier ce mouvement, en étendant ces horaires saisonniers du 1er juin au 1er octobre.

> Tout le monde d’accord pour renforcer les sanctions.  Que ce soit sur les jets de mégots, les périmètres des brocantes et vide-greniers, la collecte des encombrants,  les nourrisseurs de rats ou de pigeons, les entreprises qui déposent leurs gravats sur la voie publique... Tolérance zéro ! L’idée est de sanctionner systématiquement. La Ville missionne déjà des enquêteurs, qui identifient les auteurs de dépôts clandestins, et les verbalisent. Déjà 48 plaintes ont ainsi été déposées contre ces dépôts sauvages. Autre volet : les amendes pour incivilités (de 68 euros) tombent dru : près de 110.000 ont été dressées en 2017, soit +149% en un an. La verbalisation étant vue comme un outil pédagogique, dans le rapport du MIE, les élus du 12e racontent ainsi que les résultats sont significatifs : "Nous avons envoyé nos agents verbaliser là où nous avons des dépôts d’encombrants réguliers, où nous avions des affichages sauvages identifiables. Nous sommes à plus de 270 % d’augmentation entre 2016 et 2017". Le 13e est également satisfait : "Dans les zones à forte concentration de fumeurs comme l’avenue de Tolbiac, les Olympiades, l’avenue de France, je leur ai dit de verbaliser sans état d’âme", rapporte un élu. 

> Plus de pouvoir aux citoyens. Un comité citoyen va être mis en place dans chaque arrondissement. Il chargé de repérer les points, noirs, alerte les services de propreté. Ils seront notamment aidés de l’application Dans ma rue, qui permet de solliciter l’intervention des services, lors de dysfonctionnements dans l’espace public. 

Les critiques

Reste que si tous les élus sont d’accord sur le diagnostic, le traitement proposé suscite les critiques politiques, notamment sur la baisse des effectifs et des moyens alloués au secteur de la propreté. "Incantations, solutions simplistes", disent les uns, mesures "cosmétiques, insuffisantes, résiduelles, pas de rapport avec préoccupations concrètes", disent les autres. Les 45 propositions du MIE ont été votées, mais chaque groupe développe ses propres solutions : une réorganisation des services pour les macronistes ex-LR, un "choc de responsabilité" des citoyens pour les radicaux de gauche, un "Grenelle de la propreté" pour les écologistes, un "retour à la collecte du matin et une campagne d'extermination des rats" pour les communistes.


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