Inceste : la parole se libère

Inceste : 8% seulement des victimes qui se sont confiées ont été crues et protégées

par E.R. avec AFP
Publié le 21 septembre 2023 à 11h58

Source : Sujet TF1 Info

Deux ans après le lancement de son appel à témoignages, la Ciivise publie un rapport ce jeudi.
Près de 27.000 personnes ont témoigné auprès de cette commission indépendante sur l'inceste.
Selon ces témoignages, seulement 8% des victimes ont été crues et protégées lorsqu'elles se sont confiées.

Les chiffres sont accablants. Seulement 8% des victimes d'inceste ont été crues et protégées lorsqu'elles ont révélé les faits qu'elles ont subis, selon le rapport publié ce jeudi par la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise). 

Le 21 septembre 2021, cette instance lancée quelques mois plus tôt par le gouvernement pour recueillir la parole des victimes et préconiser des politiques publiques pour lutter contre ce fléau, qui touche selon elle 160.000 enfants chaque année, a lancé un appel à témoignages. Deux ans plus tard, elle indique avoir recueilli la parole de 26.949 personnes, dont 12.750 par téléphone, 4575 par courrier ou courriel et 8969 sur son site internet, mais aussi 755 lors de réunions publiques organisées à travers la France. 

"Un problème collectif, d'ordre public"

D'après ces témoignages, seulement 8% des victimes ont bénéficié "d'un soutien social positif", c'est-à-dire qu'elles ont été crues et protégées lorsqu'elles se sont confiées. La Ciivise note aussi qu'un enfant sur deux n'a pas été mis en sécurité ni bénéficié de soins. Cela concerne les proches de l'enfant, mais aussi les professionnels : seulement 4 sur 10 les ont protégés, et quand ils l'ont fait 6 sur 10 ont porté plainte. 

Or, la prise en compte de la parole et la protection de la victime ont des conséquences à long terme. Celles qui n'ont pas été crues et protégées ont développé plus de comportements d'autodestruction, comme des addictions à la drogue, à l'alcool, aux médicaments, mais aussi des troubles alimentaires, des problèmes gynécologiques, et sont plus souvent auteurs de troubles alimentaires. 

Pour Edouard Durant, le coprésident de la Ciivise, ces chiffres montrent que l'inceste "n'est pas qu'une affaire privée, une somme ahurissante d'histoires privées. C'est un problème collectif, d'ordre public, de santé publique".

C'est pourquoi la commission, dont le mandat prend fin en décembre, demande de pouvoir continuer à façonner une politique publique de protection réelle des enfants. Dans une tribune publiée début septembre dans Le Monde, une soixantaine de personnalités, dont Camille Kouchner, Emmanuelle Béart ou Christine Angot, ont réclamé son maintien et une pétition sur MesOpinions.com a dépassé 17.000 signatures.

De son côté, la secrétaire d'Etat à l'enfance Charlotte Caubel a indiqué "souhaiter un maintien de l'élan", mais s'interroge sur sa forme. "Le président de la République recevra le rapport final de la Ciivise en novembre et les arbitrages seront alors rendus", a-t-elle ajouté, tout en "saluant la qualité du travail de la Ciivise".


E.R. avec AFP

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