ENERGIE - Dans un rapport remis à la ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, lundi 11 juillet, des experts proposent de relever le prix de la tonne de CO2 au niveau européen afin d'atteindre les objectifs fixés en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES). L'idée ? Pénaliser les centrales à charbon, très émettrices en gaz carbonés.

En matière de lutte contre le réchauffement climatique, l'Union européenne peut-elle tenir ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixés en décembre dernier lors de la Cop 21 ? Depuis la crise économique, les mécanismes pour engager la transition vers des économies "bas carbone" comme le marché européen du carbone mis en place en 2005, et qui octroie des quotas d'émission de CO2 annuels aux industriels, ont en tout cas montré leurs limites. En effet, le prix du carbone autour de 5 euros la tonne de CO2 en 2016 contre 30 euros la tonne il y a 10 ans n'est plus assez incitatif pour soutenir la transition énergétique.

C'est pourquoi, début avril, en amont de la conférence environnementale, la ministre de l'Environnement, Ségolène Royal a chargé trois experts (Pascal Canfin, le directeur général de WWF, Gérard Mestrallet, président du conseil d’administration d'Engie [ex-GDF Suez] et Alain Grandjean, économiste et fondateur du cabinet de conseil Carbone 4), de faire des propositions sur la réforme du marché européen du carbone. Lundi 11 juillet, ils ont  rendu leur rapport à la ministre sous forme de diagnostic où ils préconisent de mettre en place un "corridor de prix du carbone au niveau européen". Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Le prix du carbone, c'est quoi ?
Le prix du carbone, ramené à une tonne de CO2 émise, est aujourd'hui un outil financier plutôt de plus en plus "consensuel". Son objectif est simple : il s'agit de pénaliser ceux qui émettent le plus de CO2 selon le principe du pollueur-payeur et inciter le recours aux énergies propres. "C'est donner un prix au pollutions pour renchérir leurs coûts et renforcer la transition vers d'autres énergies qui elles polluent moins", résume Pascal Canfin, ex-ministre écologiste du gouvernement Ayrault, directeur du WWF, contacté par metronews.

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De quel montant pour être efficace ?
Reste à fixer un prix qui permette de réduire rapidement et dans la durée les émissions de gaz à effet de serre. "Aujourd'hui, le prix qui est appliqué aux émissions de CO2 en Europe n'est pas assez élevé car on a donné trop de droits à polluer aux industries", complète Célia Gautier, responsable des questions européennes au sein du Réseau action climat France (Rac). C'est pour cela que le rapport Canfin-Grandjean propose une fourchette de prix entre 20 et 30 euros pour la partie basse, et 50 euros maximum en 2020, avec un taux de progression de 5 à 10% pour atteindre un prix de 50 euros la tonne de CO2 en 2030. 

"On soutient cette idée depuis longtemps. 30 euros, c'est le seuil où on met le charbon hors-jeu", estime par ailleurs Denis Voisin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH). Or, cette position n'est pas partagée par tous les pays européens, notamment l'Allemagne ou la Pologne qui produisent majoritairement leur électricité à partir du charbon. "Il est temps qu'on applique le principe du pollueur-payeur. Le problème de l'Europe, c'est le charbon avec 23.000 morts par an. Il faut que l'Europe sorte du charbon et pour ça il faut y mettre le prix", ajoute Célia Gautier du Rac.

► Et, en France ?
Par ailleurs, au-delà de la réforme européenne dont les discussions devraient s'accélérer en 2017, MM. Canfin, Grandjean et Mestrallet proposent que la France prenne l'initiative sur cette question en pénalisant les centrales électriques les plus polluantes, notamment nos quatre centrales à charbon, mais pas celles qui utilisent le gaz. "Au niveau français, si on avait une taxe ou un dispositif qui portait à la fois sur le charbon et le gaz [ndlr, énergie qui émet deux fois moins de GES], on mettrait en danger les centrales thermiques françaises concurrencées par l'import de charbon", justifie Pascal Canfin, du WWF.

Pourtant, à l'occasion de la conférence environnementale, fin avril, François Hollande avait lui souhaité mettre en place "un prix plancher du carbone" unilatéral, valable pour toute la production électrique française. Les ONG y voit la main du nucléaire français mais la ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, a semble-t-il tranché en privilégiant lundi 11 juillet la mise en place d'"une norme technique sur la base des émissions de gaz à effet de serre des centrales", exonérant de fait la production électrique thermique. Prochaine étape : le vote de cette modalité dans le prochain projet de loi de finances à l’automne.

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La rédaction de TF1info

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