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Avec la réforme, 4 Français sur 10 partiront-ils à la retraite avant leurs 64 ans ?

Publié le 2 février 2023 à 19h52, mis à jour le 6 février 2023 à 10h28

Source : JT 20h Semaine

Pour défendre sa réforme, le gouvernement répète que quatre Français sur dix partiront à la retraite avant 64 ans, l’âge légal de départ retenu dans le texte.
Une estimation réaliste, même si certains partiront malgré tout deux ans plus tard qu'aujourd'hui.
Cette proportion ne sera en revanche plus que de trois Français sur dix dans une dizaine d’années.

En plein débat sur les retraites, la bataille des chiffres fait rage pour étayer le bien-fondé de la réforme ou, au contraire, son inutilité. Le gouvernement, lui, s’appuie régulièrement sur une estimation pour défendre son texte : quatre travailleurs sur dix partiront en réalité avant l’âge légal de départ, fixé à 64 ans par le projet de loi. 

Dans la lignée d’Élisabeth Borne, Gabriel Attal a eu l’occasion de le répéter mardi sur TF1 ou le lendemain sur France Inter. "Quatre Français sur dix, à l’issue de notre réforme, partiront avant 64 ans. Pour certains à 62 ans, pour d’autres à 60 ans, pour d’autres encore à 58 ans, parce qu’on tient compte des carrières longues et de la pénibilité", a développé le ministre des Comptes publics. 

À l’inverse, des syndicats s’opposent à cette façon de présenter les choses. L’Union nationale des syndicats autonomes (Unsa) en tête. "Certes, certains ne partiront pas à 64 ans, mais ils devront quand même travailler plus longtemps qu’aujourd’hui. Avec la réforme, six Français sur dix travailleront jusqu’à 64 ans et perdront deux ans de liberté de choix. Pour les autres, c’est 'mieux que si c’était pire'." 

Dans son dossier de presse, le gouvernement détaille son argumentation. On peut y lire qu’à ce jour, "40% des assurés bénéficient d’une anticipation de leur départ à la retraite et continueront de partir plus tôt". Motifs de ces départs anticipés pour l'année 2020 : "carrières longues" (22%), "invalidité, inaptitude, handicap, pénibilité, amiante" (16%), et enfin "catégories actives de la fonction publique" (3%).

Des départs plus tard... et des départs inchangés

Carrières longues. Prenons d’abord le cas des carrières longues. Ayant commencé à travailler tôt, avant l'âge de 20 ans, et comptant un nombre suffisant de trimestres cotisés, 22% des Français ont été éligibles à un départ anticipé pour ce motif en 2020. L’exécutif l’assure, "les personnes qui remplissent les conditions actuelles du dispositif carrières longues (durée d’assurance cotisée, cinq trimestres avant la fin des 20 ans) continueront de partir deux ans avant l’âge légal, donc à 62 ans quand l’âge légal sera à 64 ans". Concrètement, les carrières longues partiront toujours avant l’âge légal… mais tout de même plus tard qu’aujourd’hui si le texte est adopté avec un âge de départ décalé de deux ans. 

Certaines femmes pourront elles aussi partir de manière anticipée, dès 62 ans, grâce à la prise en compte de leur congé parental. Un cas de figure relativement rare, nuance cependant l’économiste Michael Zemmour auprès de TF1info : "C’est sans doute positif, mais c’est très cosmétique. Le gouvernement chiffre cela à 3000 personnes par génération, alors qu'une génération de femmes, c’est 400.000 personnes."  

Il apparaît de plus que le nombre de carrières longues a tendance à diminuer avec le temps. Et ce pour une raison, expose Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE et cofondateur des Économistes Atterrés : "Les gens commencent à travailler de plus en plus tard." Dans son dernier rapport, le Conseil d’orientation des retraites (COR) observe également que "les départs avant l’âge légal d’ouverture des droits seraient de moins en moins nombreux. (...) À la CNAV, par exemple, la part de ces départs a atteint un maximum de près de 27,1% pour la génération 1956, avant de redescendre progressivement, pour n’atteindre que 6,1% pour la génération 2000". Concrètement, ces départs anticipés devraient atteindre les 10% pour la génération 1972, en 2034.

Départs avant l’âge légal d’ouverture des droits (retraités de la CNAV)
Départs avant l’âge légal d’ouverture des droits (retraités de la CNAV) - : CNAV, projections COR – septembre 2022.

Inaptitude ou invalidité. S’agissant des départs pour inaptitude ou invalidité, l’âge de la retraite reste inchangé pour les travailleurs. "La présente réforme prévoit ainsi le maintien de cet âge de départ au taux plein au titre de l’inaptitude et de l’invalidité à 62 ans, créant ainsi un âge de départ anticipé spécifique à ce titre", précise l’étude d’impact conduite au sein du gouvernement sur les effets du projet de loi. 

Handicap. Les travailleurs en situation de handicap ou bien exposés à l’amiante pourront "toujours partir respectivement à 55 ans et 50 ans", assure l'exécutif. Leurs conditions de départ sont même assouplies "en abaissant de 80% à 50% le taux d’incapacité nécessaire pour saisir la commission ad hoc au moment du départ à la retraite" et en leur donnant droit à des trimestres cotisés, et plus seulement validés. 

3% de fonctionnaires encore protégés

Pénibilité. Les départs anticipés pour pénibilité doivent quant à eux être facilités par une visite médicale, rendue obligatoire dès 61 ans pour tous les "salariés les plus exposés aux risques d’usure professionnelle". En cas de diagnostic défavorable, ces derniers pourront partir à 62 ans à taux plein. Mais d'après Henri Sterdyniak, ce dispositif reste insuffisant pour prendre en compte la pénibilité d'une profession. "Une mesure efficace consisterait à considérer que certains métiers sont de fait pénibles, comme on a pu le faire dans les régimes spéciaux." 

Catégories actives de la fonction publique. Enfin, 3% de fonctionnaires devront toujours partir avant l’âge légal. Le gouvernement indique que si pour l’ensemble des employés de la fonction publique "l’âge d’ouverture des droits sera relevé progressivement de deux ans comme dans le privé", ce ne sera pas le cas des "catégories actives" et des "militaires" qui "conserveront un droit à partir plus tôt compte tenu de leurs sujétions particulières de service public et d’exposition aux risques". Ces catégories incluent les pompiers, les policiers ou encore les gardiens de prison. 

En résumé, la réforme va bien permettre à 40% de travailleurs de partir avant l’âge légal, comme c’est le cas actuellement. Pour certains, notamment ceux éligibles au dispositif carrières longues, cela ne signifiera pas pour autant de partir au même âge qu'aujourd'hui. Leur proportion va d'ailleurs logiquement se réduire dans les années à venir, avec de moins en moins de départs anticipés en raison d'études plus longues et d'entrées plus tardives dans la vie active. Conséquence : d’après Henri Sterdyniak, d'ici à 2035, seuls 30% des Français pourront prendre leur retraite avant l'âge légal de départ.

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Caroline QUEVRAIN

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