Baisses de production d'électricité : quelles conséquences pour les consommateurs ?

Publié le 8 mars 2023 à 16h00, mis à jour le 8 mars 2023 à 16h58

Source : JT 20h Semaine

Pour protester contre la réforme des retraites, des grévistes du secteur de l'énergie ont procédé à des baisses de production dès vendredi.
Mardi 7 mars, la CGT a fait état d'une baisse de production de plus de 20.000 MW sur les centrales thermiques, hydrauliques et nucléaires.
Des baisses surveillées de près par RTE.

C'est l'une des armes des grévistes face au gouvernement. La CGT mines-énergie a revendiqué avoir mené, depuis vendredi 3 mars, des baisses de production d'énergie. Selon les chiffres publiés par le syndicat, sur la seule journée de mardi 7 mars, principale journée de mobilisation contre la réforme des retraites, les manifestants ont eu la main sur 21.000 mégawatts (MW) de production électrique chez EDF. 

Ce chiffre comprend une baisse de production de 13.000 MW sur les centrales thermiques et nucléaires - un niveau "historique" selon la CGT équivalant à la mise à l'arrêt d'une douzaine de réacteurs - et sur 8000 MW de puissance hydroélectrique disponible sur les barrages. Selon les chiffres communiqués par RTE à TF1info, ces baisses perduraient ce mercredi matin avec un retrait de 5300 MW sur le réseau, soit l'équivalent de la production de cinq réacteurs nucléaires. 

Des messages d'alerte pour éviter les coupures

Des "baisses importantes" reconnaît le gestionnaire des lignes à haute et très haute tension mais "qui ne mettent pas en danger le secteur électrique". Ces mouvements sont suivis de près par RTE, afin d'éviter les coupures de courant pour les ménages français. Ce mercredi matin, le gestionnaire a d'ailleurs ordonné aux grévistes un arrêt des actions pour "passer la pointe de consommation du matin". 

Car RTE a la possibilité de demander aux manifestants de stopper les baisses de production. "Lorsque l'on voit que cela baisse trop et que cela peut impacter la sécurité de l'approvisionnement en électricité, nous envoyons un message aux opérateurs en leur demandant d'arrêter de baisser la production", ce qui évite un "risque sur ce que l'on appelle l'équilibre production/consommation", précise RTE à TF1info. 

Avec ces messages, les grévistes qui sont obligés de maintenir leur poste et de faire quelques actes nécessaires au fonctionnement des différentes centrales nucléaires, hydrauliques ou thermiques, remontent alors la production et se doivent de respecter ces messages envoyés par RTE. "À ce moment-là, les salariés sont tenus de remonter la production même s'ils sont en grève. Ils ont le droit de faire grève, ils ont le droit de baisser la charge de certains moyens de production, mais il ne faut pas que ça ait un impact sur l'équilibre offre/demande au niveau national", précise EDF à TF1info. Une consigne d'autant plus suivie que les syndicats l'ont martelé depuis le début de leur mouvement : ils ne ciblent pas les consommateurs, mais bien EDF et le gouvernement.

Viser EDF et le gouvernement au portefeuille

Car ces baisses de production viennent impacter les finances de l'électricien. Pour compenser le manque, EDF doit en effet importer de l'électricité à l'étranger. Par ailleurs, l'entreprise doit racheter l'électricité qui n'a pas été produite, selon les règles du marché européen. Lors des dernières réductions de production menées lors du mouvement du 7 février, la CGT avait affirmé que "l'impact sur l'économie, les échanges commerciaux et les marchés" se comptait "en dizaine de millions d'euros". Des affirmations que ne souhaite pas commenter EDF, qui reconnaît pouvoir être "amené à chercher de l'électricité ailleurs sur le marché" s'il n'en produit "pas suffisamment pour répondre aux besoins de [ses] clients", reconnaissant seulement que "la grève a un coût" pour l'entreprise.

Ces actions de baisse de production ne doivent pas être confondues avec les coupures sauvages menées ces derniers jours, par exemple dans les Hauts de France et dans le fief du ministre du Travail Olivier Dussopt, à Annonay, en Ardèche. Des actions illégales contre lesquels les sociétés touchées comme Enedis ou GRDF ont assuré envisager de porter plainte. Par ailleurs, la CGT a annoncé vouloir poursuivre le mouvement, notamment jeudi 9 mars avec une "grande journée en faveur de la 'sobriété énergétique' avec des initiatives et actions en tout genre sur tout le territoire", le syndicat ne "s'interdisant rien" avant une nouvelle journée de mobilisation le 11 mars.


Annick BERGER

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