Grève du 7 mars : pourquoi les chauffeurs routiers entrent en piste

Publié le 6 mars 2023 à 13h11

Source : TF1 Info

Les transporteurs routiers entrent dans la danse contre la réforme des retraites.
Depuis dimanche soir, des actions sont menées partout dans le pays, et devraient se poursuivre tout au long de la semaine.
En cause, le congé de fin d'activité dont ils bénéficient, qui ne les protègera pas d'un report de l'âge légal de départ.

La mobilisation prend forme. Ce mardi 7 mars, les principales organisations syndicales du pays appellent à "mettre la France à l'arrêt" pour protester contre la réforme des retraites. Et certains acteurs ont pris de l'avance : depuis dimanche soir, des chauffeurs routiers mènent des actions partout en France pour tenter de faire pression sur le gouvernement avec un objectif : "ralentir au maximum l'économie".

Discrets depuis le début du mouvement, ils veulent à leur tour monter d'un cran. "Certains conducteurs étaient mobilisés lors des manifestations précédentes, mais nous n'arrivions pas à en capter beaucoup", admet Patrice Clos, secrétaire général FO Transports, auprès de TF1info. En cause, l'organisation de leur travail. "Les chauffeurs partent le dimanche soir ou le lundi matin, donc pour une manifestation un mardi ou un jeudi, ils sont obligés de s'arrêter en pleine campagne", explique-t-il.

En pleine semaine, "nous sommes déjà sur le terrain, sur la route, en train de livrer nos clients", abonde Khalid Oughzif, secrétaire fédéral FO, auprès de TF1info. Arrêter le camion pendant une journée demeure complexe. "Se mettre en grève alors que l'on est responsable du véhicule et de ce qu'il y a dedans, ce n'est pas entendable", poursuit-il. "S'il y a une détérioration, il faut en payer les conséquences."

La pérennisation du congé de fin d'activité, une question centrale

Cette fois, ils ont donc décidé de se mobiliser dès le début de leur semaine de travail. D'autant que les chauffeurs sont pleinement concernés par la réforme. Si le texte gouvernemental est voté, ils devront travailler deux années supplémentaires, malgré le congé de fin d'activité (CFA) dont ils bénéficient. Ce dispositif leur permet de partir cinq ans avant l'âge légal, si 26 années d'activité ont été complétées. Soit à 57 ans à ce jour, mais à 59 ans en cas d'entrée en vigueur de la réforme.

"Ce dispositif a été créé en raison de la pénibilité du métier", insiste Khalid Oughzif. "Nous sommes sur une profession à durée de travail dérogatoire : 52 heures par semaine, plus de 200 par mois. Les nuits sont passées dans des véhicules, sur des parkings...", poursuit le syndicaliste, pour qui travailler deux années de plus n'est pas envisageable. "Où sont les normes préconisées par la Sécurité routière ?", demande-t-il. "Avec le vieillissement, les gestes et la réactivité sont plus lents. À plus de 55 ans, il y a davantage de risques de faire un malaise cardiaque. Et au volant d'un véhicule de plus de 40 tonnes, imaginez les conséquences."

Autre point d'inquiétude : le maintien, ou non, du CFA. S'il ne s'agit pas d'un régime spécial - dont la suppression de cinq d'entre eux a été votée par le Sénat - les acteurs restent vigilants sur la volonté du gouvernement. "Verbalement, le ministre des Transports nous assure que ce dispositif sera pérennisé", indique Patrice Clos. Pour le financer, tout le monde met la main à la poche : le salarié et l'entreprise via des cotisations, et l'État. "Si l'État diminue sa part, il y aura un problème sur la pérennisation", avertit le secrétaire général. "Mais j'ai encore eu Clément Beaune au téléphone dimanche soir", qui a réaffirmé sa volonté de maintenir ce dispositif.

En attendant, plusieurs chauffeurs n'ont pas pris la route en ce début de semaine, et ont mené certaines actions - des opérations escargot ou des filtrages -, comme près de Lille (voir vidéo en tête de cet article). "Selon la capacité et l'envie des salariés", elles pourraient encore durer après le 7 mars.


Idèr NABILI

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info