Retraite : l'espérance de vie en bonne santé, c'est quoi ?

Publié le 18 janvier 2023 à 18h24

Source : 24H PUJADAS, L'info en questions

La grève contre la réforme des retraites et le report de l'âge légal à 64 ans s'annonce très suivie ce jeudi.
Parmi les arguments des opposants, il y a la qualité de vie des plus âgés qui se dégraderait.
Un indicateur relativement récent permet de mesurer cet impact.

Manifestations, écoles fermées et transports au compte-goutte : la France s'apprête à vivre "un jeudi de galère", comme l'a résumé le ministre des Transports, Clément Beaune. En cause, le report de l'âge légal de la retraite à 64 ans voulu par le gouvernement. Parmi les arguments régulièrement brandis quand pointe une telle réforme, il y a l'espérance de vie en bonne santé, également appelée "espérance de vie sans incapacité" (EVSI). Pour certains, "elle continue à augmenter en France", s'est félicité en décembre le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, sur LCI. Quand pour d'autres, elle est "inférieure au reste de la population pour les plus précaires", c'est-à-dire "celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt", a déclaré, au nom de l'intersyndicale, le patron de la CFDT Laurent Berger. 

Alors qu'en est-il réellement ? Faisons déjà le distinguo avec l'espérance de vie à la naissance qui mesure une durée de vie totale. Les derniers chiffres de l'Insee montrent qu'en 2022, un homme pouvait espérer vivre jusqu'à 79,3 ans et une femme jusqu'à 85,2 ans, soit des niveaux proches de ceux de 2021 et toujours inférieurs de 0,4 an à ceux de 2019, avant la pandémie. Mais ces données ne tiennent pas compte de l’état de santé des personnes. Pour tenter de contourner cette difficulté, les chercheurs ont donc décidé de calculer, au milieu des années 2000, l’espérance de vie en bonne santé. 

Quel mode de calcul ?

Cet indicateur de santé publique mesure le nombre d’années que peut espérer vivre une personne sans être limitée dans ses activités quotidiennes par un problème de santé, explique la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), qui dépend du ministère de la Santé. Il est établi à partir des données exhaustives de mortalité par sexe et par âge, complétées par une enquête déclarative très simple, puisqu’elle est composée d’une seule question : "Êtes-vous limité, depuis au moins six mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que les gens font habituellement ?" Trois réponses sont possibles : non, un peu et fortement.

65,9 ans pour une femme, 64,4 ans pour un homme

D'après la Drees, cette espérance a bien augmenté d'un an et cinq mois pour les femmes entre 2008 et 2020 et d'un an et huit mois pour les hommes. Ce qui fait concrètement qu'une femme peut espérer vivre en bonne santé jusqu'à 65,9 ans et un homme jusqu'à 64,4 ans. Toutefois, ce critère, très souvent utilisé par les opposants à un report de l'âge de la retraite, n'est pas le plus pertinent. L'indicateur qu'il est plus judicieux d'observer est celui de l'espérance de vie sans incapacité à 65 ans. Autrement dit, il s'agit du nombre d'années que l'on peut encore espérer vivre en étant en forme, une fois que l'on a atteint l'âge de la retraite. 

Les dernières données de la Drees, datées de 2020, montrent, là aussi, une augmentation. Une femme de 65 ans peut espérer vivre 12,1 ans sans incapacité et un homme 10,6 ans, soit environ deux ans et 1 mois de plus pour les femmes et 1 an et 11 mois de plus pour les hommes qu'il y a une quinzaine d'années, ce qui place la France légèrement au-dessus (+ 5 mois) de la moyenne européenne. 

Quelles sont les limites de cet indicateur ?

Pour autant, contrairement aux données objectives de l’espérance de vie, cet indicateur est plus subjectif, car sa construction est basée sur une enquête déclarative, qui peut varier selon les sexes. Par ailleurs, comparé aux enquêtes de mortalité calculées à partir des 600.000 personnes qui meurent en moyenne chaque année en France, l’indicateur de l'EVSI ne peut se prévaloir que d’un échantillon plus modeste d’environ 16.000 sondés. 

Enfin, la Drees n’est pas capable - pour le moment - de faire la distinction selon les catégories socioprofessionnelles des répondants. Or les écarts peuvent être significatifs, sachant qu’ils le sont déjà lorsqu’on compare l’espérance de vie en fonction du métier occupé et du niveau de vie. Une étude de l'Insee, publiée en 2018, souligne ainsi que l’espérance de vie des ouvriers est plus courte que celle des cadres, de six à sept ans, et que les 5% les plus pauvres meurent en moyenne treize ans plus tôt que les 5% les plus riches. Chez les femmes, cet écart est plus faible : 8 ans séparent les plus aisées des plus pauvres. 


Virginie FAUROUX

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