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La retraite à 65 puis 67 ans est-elle vraiment une "exigence de Bruxelles" ?

Thomas Deszpot
Publié le 2 mai 2022 à 18h15
Si l'UE peut soutenir des réformes, elle ne peut les imposer aux différents pays membres.

Si l'UE peut soutenir des réformes, elle ne peut les imposer aux différents pays membres.

Source : Illustration Antoine Schibler via Unsplash

Une réforme des retraites dictée par Bruxelles ? C'est ce que laisse entendre Florian Philippot.
L'ancien soutien de Marine Le Pen glisse que repousser l'âge légal de départ à 65 puis 67 ans fait partie des exigences de l'Europe.
Malgré 5 ans passés au Parlement européen, le président des Patriotes prête à l'UE une influence dont elle ne dispose pas.

Parmi les opposants à la réforme de la retraite défendue par Emmanuel Macron, on compte un certain Florian Philippot. Pour s'opposer à un futur texte sur le sujet, il n'hésite pas à faire la promotion d'un "Frexit" auprès de ses soutiens en ligne. "Si vous êtes contre la retraite à 65 ans, soyez pour le Frexit car tout gouvernement soumis à l’UE fera la retraite à 65 ans. Puis 67 ans ! C’est écrit dans les exigences de Bruxelles !", a-t-il lancé. C'est faux.

Des recommandations, mais pas davantage

En négatif, on comprend que le président des Patriotes sous-entend qu'un gouvernement serait entravé par l'influence des instances européennes, quelle que soit sa couleur politique. De gauche, de droite ou de toute autre sensibilité, il serait ainsi forcé et contraint de repousser l'âge de départ à la retraite. Une analyse trompeuse.

Comme Florian Philippot, un certain Jean-Luc Mélenchon a, lui aussi, par le passé soutenu qu'en réformant les retraites, la France se conformait à des demandes émanant de la Commission européenne. Or, comme l'a fait remarquer le collectif d'enseignants en droit Les Surligneurs, "faire porter la responsabilité de la réforme des retraites à la Commission européenne signale une bien mauvaise connaissance du fonctionnement de l’Union". Et pour cause : si "chaque année en juillet, le Conseil de l’Union européenne adopte des recommandations qui contiennent des grandes orientations de politique économique (GOPE)", celles-ci ne "sont pas obligatoires"

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Le Conseil européen, qui réunit les chefs d’États et de gouvernements, se charge en tout premier lieu d'adopter par consensus des orientations générales relatives à la conduite des politiques publiques. Puis, "sur la base de cette ligne, la France formule un programme de réformes précis, qui sera repris et adopté par le Conseil de l’UE, sous forme de GOPE". Si la France, à l'instar de ses voisins européens, tente de se conformer aux recommandations de la Commission, c'est en réalité parce qu'elle en est en grande partie à l'origine. "Il appartient aux États membres de proposer des réformes", souligne pour sa part auprès de TF1 Info la Commission, sollicitée ce lundi. 

Elle confirme en passant que les recommandations formulées aux différents États sont l'expression des sensibilités des dirigeants au pouvoir au sein de l'UE. Rien d'étonnant, alors que des pays leaders comme l'Allemagne ou la France sont gouvernés par des partis d'influence libérale, de voir une réforme comme celle défendue par Emmanuel Macron plébiscitée. Fin 2019, le commissaire européen au marché unique et au numérique Thierry Breton la jugeait "nécessaire", mettant en avant l'évolution de l'espérance de vie et "la nécessité absolue d'avoir des régimes équilibrés". Un soutien franc, donc, mais qui ne signifie pas pour autant que la Commission est à l'origine de cette réforme, et encore moins qu'elle peut l'imposer au gouvernement.

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