Les principaux syndicats français se mobilisent une deuxième fois ce mardi 31 janvier contre la réforme des retraites.
Pour Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron "est certain de perdre".
Par le passé, les grandes manifestations n'ont pas toujours abouti à une victoire des oppositions.

Grande mobilisation, acte 2. Ce mardi, tous les principaux syndicats français appellent à une nouvelle journée de manifestations pour protester contre la réforme des retraites du gouvernement, qui prévoit notamment de reporter l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. La première, le 19 janvier dernier, avait réuni entre 1,12 et "plus de deux millions" de personnes dans les rues, selon les sources. Ce mardi, les syndicats, main dans la main, espèrent faire encore mieux pour accentuer la pression sur l'exécutif.

Malgré la mobilisation, le gouvernement a déjà prévenu qu'il ne se laisserait pas tordre le bras. Les 64 ans, "ce n'est plus négociable", a prévenu le week-end dernier la Première ministre Élisabeth Borne. Les oppositions martèlent qu'elles iront au bout. Emmanuel Macron "est certain de perdre", a même lancé ce mardi le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Par le passé, plusieurs réformes du système de retraites ont été contestées par des centaines de milliers de personnes dans la rue. Certaines batailles ont été gagnées par les syndicats, d'autres par l'exécutif.

1995 : avantage syndicats

Les manifestations de 1995 résonnent encore dans la tête des syndicats. Cette année-là, le Premier ministre Alain Juppé présente un "plan de redressement de la Sécurité sociale", avec une exigence sur les retraites : aligner le régime des fonctionnaires et des agents de services publics sur celui du privé. La colère est semblable à celle du 19 janvier 2023 : entre un et deux millions de personnes descendent dans la rue le 12 décembre, avec un soutien majoritaire de l'opinion. Les manifestations s'accompagnent de plusieurs jours de grèves, avec trains et métros paralysés.

Le gouvernement finit par céder. Si le plan d'Alain Juppé entre bien en vigueur, il est amputé de toutes les mesures concernant les retraites, le plus gros point de blocage. De quoi donner des idées aux syndicats 28 ans plus tard ? 1995 est "une bonne référence", admettait début janvier le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, sur BFMTV.

2003 : avantage gouvernement

Une référence victorieuse pour les syndicats, qui ne s'est pas toujours répétée au cours des années suivantes. Et notamment en 2003. Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin et son ministre du Travail François Fillon veulent à leur tour réformer les retraites. Allongement futur de la durée de cotisation (41 ans en 2012 puis 42 ans en 2020), incitation à rester dans l'emploi après 60 ans, et limitation de l'accès aux pré-retraites figurent notamment parmi les mesures.

Les syndicats (CFDT excepté) sont vent debout. Le 13 mai, entre un et deux millions de Français se mobilisent dans les rues de tout le pays pour faire reculer le gouvernement. Un succès populaire... sans résultat. Malgré 8600 amendements déposés en grande partie par l'opposition à l'Assemblée nationale, le texte est adopté par le Parlement le 24 juillet. Le gouvernement remporte par la partie.

2010 : avantage gouvernement

En 2010, trois ans après une précédente réforme autour des régimes spécifiques des agents de services publics et les professions à statut particulier, Nicolas Sarkozy s'attaque à l'âge légal. Le gouvernement de François Fillon compte décaler progressivement l'ouverture des droits de 60 à 62 ans.

Sans surprise, cette réforme passe mal dans l'opinion. Le 12 octobre, quelque 3,5 millions de personnes manifestent, selon les chiffres de la CGT, et 1,23 million selon le ministère de l'Intérieur. Des niveaux records qui ne suffiront pas à faire reculer l'exécutif : la réforme est adoptée par le Parlement à la fin du mois.

2020 : avantage syndicats ou Covid-19 ?

C'est la dernière tentative de réforme des retraites. Fin 2019, Emmanuel Macron et son Premier ministre Édouard Philippe présentent une réforme "universelle", par points, avec un objectif : un euro cotisé doit ouvrir les mêmes droits pour tous. Tous les syndicats s'y opposent, à l'exception de la CFDT, qui fustige tout de même l'âge d'équilibre à 64 ans voulu par le chef du gouvernement, puis retiré.

Tout au long du mois de décembre, y compris pendant les fêtes de fin d'année, le réseau ferroviaire est paralysé par une grève reconductible. Chez les enseignants, le taux de grévistes atteint des records depuis 2003. Et jusqu'à 1,8 million de Français, selon les syndicats, défilent dans les rues. Pas de quoi faire trembler le gouvernement, qui impose un 49.3 à l'Assemblée nationale face aux 41.000 amendements déposés, en grande partie par les Insoumis.

Un passage en force finalement annonciateur de rétropédalage pour l'exécutif. Dans une allocution dédiée à la crise sanitaire, Emmanuel Macron annonce que le projet de réforme, alors en pleine navette vers le Sénat, est abandonné en raison du Covid-19. Une victoire par procuration pour les oppositions. "On en a arrêté une (réforme des retraites) il n'y a pas longtemps", se vantait Jean-Luc Mélenchon le 26 janvier dernier. Deux points partout, balle au centre : reste désormais à savoir qui prendra l'avantage en 2023.


Idèr NABILI

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