Piqûres mystérieuses en soirées festives, l'inquiétude monte

REPORTAGE - "Sortir, oui, mais plus en boite" : à Paris, la jeunesse redoute les piqûres

Samuel AZEMARD
Publié le 29 avril 2022 à 16h14
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Depuis le début du mois, une soixantaine de faits ont été enregistrés en France.
Des plaintes ont été déposées par les jeunes piqués par une seringue à leur insu.
Cette génération, préoccupée par sa sécurité, s'adapte comme elle peut pour continuer à faire la fête.

Il est 20h30, Cécilia rejoint ses amis à la terrasse d’une brasserie bondée de monde, dans le IIe arrondissement de Paris. À 23 ans, cette étudiante en école de commerce a envie de faire la fête, plus que jamais. "Je viens de passer une longue journée de stage, il faut que je sorte." 

Ils sont dix, bières sur la table et cigarettes à la main. Mais ils prennent leurs précautions. "Sortir, oui, mais plus en boîte", rit jaune Laetitia. La cadre de 25 ans évoque l'insécurité des établissements de nuit, alors que des dizaines de jeunes racontent avoir été la cible de mystérieuses piqûres en boîte de nuit ou dans des festivals, ces dernières semaines. "On n’est plus tranquilles, quand ce ne sont pas les mecs lourds, c’est le GHB (drogue du violeur), et maintenant, ce sont les piqûres. Autant s’amuser chez soi", s’indigne-t-elle en sortant de son sac une bombe de gaz au poivre. 

Depuis début avril, pas moins de quinze enquêtes ont été ouvertes pour des faits semblables sur l'ensemble du territoire, en Ille-et-Vilaine, dans l'Hérault, l'Isère, en Haute-Garonne, en Dordogne ou en Loire-Atlantique. Les témoignages sont nombreux. Tous évoquent des bouffées de chaleur, des fourmillements, des frissons, des malaises ou encore des nausées. Dès lors, comment les jeunes font-ils pour s’amuser et sortir malgré tout ?

Faire la fête autrement

À minuit, toujours à cette même terrasse du centre de la capitale, les jeunes se demandent où va se terminer leur soirée. La brasserie ferme à 2h. Il faut trouver une idée. Certains, comme Léo, n'en démordent pas : ils veulent aller en boîte de nuit. "Je veux danser", souligne-t-il. Le phénomène des mystérieuses piqûres ne semble pas inquiéter le jeune homme. "C’est bon, on est dix, on fait attention aux uns et aux autres", poursuit-il. Mais tous ne sont pas du même avis. "Il est hors de question d'aller en boîte", lui répond sèchement Laetitia.

Se dire qu’à tout moment on peut se retrouver avec un truc dans le corps, c’est perturbant

Pierre, 32 ans

Alors, que faire ? Le groupe de dix s’est scindé en deux. Une partie veut absolument poursuivre sa soirée en discothèque - les garçons majoritairement - et l’autre réfléchit à une alternative. Le débat fait rage. "Venez, on va chez moi", propose Vincent. Le vendeur de prêt-à-porter de 23 ans aime recevoir ses amis chez lui, dans le 6e arrondissement de Paris.  Une façon pour lui d'économiser de l'argent et de permettre à tous de se sentir en sécurité.

L'idée semble plaire à Pierre, autre membre du groupe d'amis : "Grave ! Au moins, on ne se prend pas la tête et on passe une bonne soirée." À 32 ans, ce manager dans l’événementiel réalise que la peur s'est vraiment ancrée dans l'esprit de chacun. "Je vois autour de moi, quasiment tout le monde fait attention. Plus personne ne laisse traîner son verre et maintenant on reste entre nous sans se disperser." Signe de l'inquiétude ambiante, le groupe terminera sa nuit chez Vincent. 

Les conséquences de la crise sanitaire

Pour Pierre, le changement d’état d’esprit s’est opéré lors de la réouverture des boîtes de nuit, le 16 février dernier. "Clairement, depuis le Covid, les jeunes sont déchaînés. Ils ont été privés pendant un certain temps, du coup ils se lâchent", relève-t-il, sans remettre en cause la gravité de la situation. "C’est flippant ! Un cap est passé. Se dire qu’à tout moment on peut se retrouver avec un truc dans le corps, c’est perturbant", s'inquiète le jeune manager. Des analyses toxicologiques sont en cours sur le territoire pour identifier le contenu des seringues. 

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Depuis la crise sanitaire, des initiatives sont prises pour endiguer l’insécurité dans les boîtes de nuit. En plus des piqûres, certains jeunes, surtout des filles, sont drogués à leur insu au GHB. Des entreprises ont, par exemple, mis en place des capuchons pour couvrir son verre. L’heure ne semble plus être la fête. Malgré des alternatives, les jeunes veulent pouvoir retourner en boite de nuit en toute sécurité.


Samuel AZEMARD

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