VIDÉO - "15 heures que je n'ai pas mangé" : Noa, 8 ans, dort dans la rue comme 3000 enfants en France cet hiver

par V. F | Reportage Sept à Huit : Paul Montel
Publié le 26 février 2024 à 18h31, mis à jour le 27 février 2024 à 18h42

Source : Sept à huit

3000 enfants dorment dans la rue en France cet hiver, c'est 20% de plus qu'en 2022.
Pour la plupart étrangères, ces familles, demandeuses d'asile ou sans papiers, cherchent chaque nuit un endroit où dormir en sécurité.
Le magazine de TF1 "Sept à Huit" a suivi Noa, 8 ans, ses parents et ses deux sœurs, dans leur bouleversant combat quotidien.

Jamais en France, autant d'enfants n'avaient dormi dans la rue. En novembre dernier, les associations en ont recensé 3000, 20% de plus qu'en 2022. Tous les soirs, place de l'Hôtel de Ville à Paris, une vingtaine d'entre eux patientent dans le froid. Parmi eux, Noa, huit ans. Pour tenter d'aider ces familles sans domicile fixe, l'association Utopia 56 va les mettre en relation avec des particuliers qui offrent un toit pour une nuit. 

Mais Noa, ainsi que ses deux sœurs, sont sur liste d'attente. Alors le petit garçon fait passer le temps comme il le peut avec ses copains d'un soir. "Avant, il y avait un toboggan, il y avait de l'escalade, il y avait un manège qui tourne avec les 'cheval', les voitures. Moi, j'aimais bien et c'était gratuit. Là, comme il n'y a rien, on joue avec des bouteilles d'eau au foot", raconte-t-il dans le reportage de "Sept à Huit" à retrouver en tête de cet article. 

Parce qu'on n'a pas de logement et qu'on dort dehors, c'est dur la vie.
Noa, 8 ans

Noa n'avait que deux ans quand sa famille a quitté l'Algérie à cause de la crise économique. Une fois arrivé en France, Kamel, le papa, a enchaîné les petits boulots dans le BTP, Nour, la maman, dans des salons de coiffure. Sans papiers, ils travaillent au noir. Noa voit naître deux petites sœurs, Cyrine et Sara, et découvre l'école française où il y est scolarisé de la maternelle au CE1. En 2023, toute la famille déménage dans le sud, car une connaissance fait miroiter à Kamel un CDD et un logement. Mais elle fournit un faux contrat de travail et ne tient pas ses promesses. La famille de Noa se retrouve donc sans revenus, et comme elle est sans papiers, elle ne touche aucune aide sociale. Une fois les dernières économies dépensées pour quelques nuits d'hôtel à Toulon puis à Paris, la famille se retrouve à la rue en novembre dernier.

Depuis, c'est la galère. Il est 19h30, Noa va tenter de manger son premier repas de la journée. "Ça fait quinze heures que je n'ai pas mangé. J'ai bu de l'eau et c'est tout". Malgré son jeune âge, sa quête sera presque vaine. Il n'y a plus de soupe, plus de bananes, le jeune garçon va donc devoir se satisfaire de deux tranches de pain. "Je ne sais pas quoi faire. Cette vie, elle est dure. Parce qu'on n'a pas de logement et qu'on dort dehors, c'est dur la vie. Une fois, on est allé gare de Lyon, c'était ouvert, on a dormi là-bas. Par terre, pas sous une tente. Il faisait froid, trop froid", souligne-t-il. Cette fois, l'association va leur trouver une solution pour la nuit dans la maison d'Éloïse à Nanterre. Pour Noa, c'est sa 21ᵉ maison en seulement trois mois. "J'aime bien avoir une maison comme ça", lance-t-il. 

Depuis six mois, la jeune femme ouvre sa porte à des familles à la rue une fois par semaine avec Utopia 56. "S'il y a le moindre problème, on peut les appeler un peu n'importe quand. On est très libres, c'est-à-dire qu'on peut dire : 'ben moi, j'accueille un jour sur deux' au même titre qu'on peut dire, 'j'accueille une fois par mois', ce n'est vraiment pas contraignant du tout", affirme-t-elle. Quant à la sécurité, Éloïse l'assure : "J'ai toujours eu des gens hyper respectueux, hyper gentils. Qui étaient juste dans un état de fatigue extrêmement avancé quand ils arrivent à la maison, qui ont juste besoin de manger un peu, se reposer, et surtout dormir".

En quête d'une domiciliation

Le lendemain matin, dès 8 heures, Noa et sa famille retrouvent la rue. Une vie d'errance, ballotée dans toute la région parisienne, d'hébergement d'urgence en accueil de jour. Et quand les associations n'ont plus de solution, Noa et sa famille dorment dans les salles d'attente des hôpitaux, dans les gares ou même sur les trottoirs, comme cette semaine de fin décembre où la température avoisinait les zéro degré. "Il y avait des cartons dans les poubelles, on les ramenait, on les mettait par terre. Il faisait très froid. Vous n'arrivez pas à dormir. Il y a des voitures, il y a des vélos, il y a des gens. Et la police est venue nous réveiller à 1 h du matin et c'était trop fatigant", dénonce le petit garçon. 

Depuis que sa famille est revenue à Paris en novembre, Noa et sa sœur de quatre ans ne sont plus scolarisés et passent leurs journées dans les accueils de jour. Noa avait pourtant fait sa rentrée à Toulon en classe de CE2. En France, un établissement scolaire ne peut pas refuser d'inscrire un enfant parce que ses parents sont sans papiers, mais absurdité du système, il manque à Noa une domiciliation, une simple adresse postale qui peut être délivrée par des associations agréées par la préfecture ou des mairies. Alors, Nour, sa mère, va démarcher elle-même des associations. Concernant ses papiers, la famille a fait une demande de régularisation. Elle reste actuellement expulsable. 

Depuis le tournage de "Sept à Huit", le 115 (le numéro d'urgence qui vient en aide aux personnes sans abri, ndlr) leur a trouvé un hébergement, mais à Angers et seulement pour trois semaines. Un peu de répit pour Noa avant, peut-être, de devoir retourner à la rue. 


V. F | Reportage Sept à Huit : Paul Montel

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