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Réforme des retraites : y a-t-il "urgence à changer les choses pour dans dix ou vingt ans" ?

Thomas Deszpot
Publié le 21 septembre 2022 à 13h05
JT Perso

Source : TF1 Info

Le député et ancien ministre du Budget Eric Woerth défend une réforme des retraites.
Il incite à ne pas adopter une vision court-termiste, assurant que le financement du système sera remis en cause à long terme, en dépit d'un surplus de 3,2 milliards d'euros, cette année.
Si le dernier rapport du Comité d'orientation des retraites se montre plus pessimiste que par le passé, cette analyse reste à nuancer.

Aujourd'hui rattaché au groupe Renaissance à l'Assemblée, Eric Woerth fait partie de la majorité présidentielle, après avoir passé près de 40 ans chez Les Républicains (ex-UMP, ex-RPR). Invité d'Europe 1 ce mardi, l'ancien ministre du Budget a réagi à la réforme des retraites, souhaitée par le gouvernement. 

Il indique s'y montrer favorable, afin notamment de pouvoir garantir "l'équilibre" d'un système par répartition auquel il se dit très attaché. Le député de l'Oise incite à se projeter dans l'avenir : "Le court-termisme, ça ne fonctionne pas pour un système par répartition", lance-t-il. "Il faut regarder à 10 ans, 15 ans, 20 ans, ou 25 ans. C'est ça la réalité d'un système. Tous ceux qui pensent qu'il n'y a pas urgence... Et bien si, il y a urgence : pour dans 20 ans, pour dans 10 ans."

Des prévisions qui se dégradent

Le système actuel est-il en péril si aucune évolution n'est mise en place et qu'une réforme n'est pas conduite ? S'il est toujours délicat se projeter dans l'avenir, a fortiori à un horizon de plusieurs décennies, une institution comme le Conseil d'orientation des retraites (le COR) tente d'évaluer la pérennité des financements et d'interroger la soutenabilité du système tel qu'il est aujourd'hui déployé. 

Il se trouve que son dernier rapport vient d'être dévoilé, proposant pas moins de 340 pages d'analyses. Un document précieux, qui se focalise notamment via une série de prédictions sur les dépenses du système de retraite, rapportées au PIB. Il s'agit de l'indicateur généralement utilisé pour déterminer si la structuration actuelle est viable à l'échelle de quelques années ou quelques décennies. En 2021, nous étions à 13,8%, une proportion que les spécialistes du COR voient évoluer à travers le temps. Ils proposent quatre scénarios, plus ou moins optimistes, liés à des variations de productivité horaire (suivant des hausses de 0,7 à 1,6%) et basés sur un taux de chômage stable à 7%.

Ce graphique montre les différents scénarios retenus par le COR. - Conseil d'orientation des retraites - Rapport 2022

Que nous apprend le graphique ci-dessus ? Que dans les prochaines années, les dépenses de retraites vont augmenter de manière significative, en pourcentage du PIB. Et ce pour environ 10 ans. Passé cette période, néanmoins, la situation s'améliore : les deux hypothèses les plus optimistes montrent une réduction assez nette, tandis que celle basée sur un gain de productivité horaire de 1% conduit à une situation identique à celle d'aujourd'hui à l'horizon 2070. Seul le 4e scénario, basé sur le plus faible gain de productivité, entraîne une hausse durable du coût lié au financement des retraites. 

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Le COR fait remarque que le système a dégagé l'an passé un excédent de 900 millions d'euros, pour la première fois depuis la crise de 2008. Pour cette année, l'institution estime même qu'un surplus de 3,2 milliards d'euros est à prévoir. Dans sa synthèse, lorsqu'il évoque les évolutions à venir, il fait état d'une "dynamique des dépenses de retraite globalement toujours contenue", et ne tire donc pas de sonnette d'alarme. Il faut toutefois noter que les experts mettent aussi en avant "un niveau en augmentation par rapport aux dernières projections". 

Dans ce contexte, les déclarations d'Eric Woerth semblent à nuancer : il est vrai que le financement des retraites va se révéler plus délicat dans les prochaines années, mais le COR s'accorde à dire que sur le long terme, l'équilibre global du système n'est pas menacé. "De 2032 jusqu’à 2070, malgré le vieillissement progressif de la population française la part des dépenses de retraite dans la richesse nationale serait stable ou en diminution", peut-on lire dans le rapport. Un résultat qui "peut sembler contre-intuitif au regard du vieillissement démographique attendu" et "qui viendra inéluctablement peser sur les dépenses de retraite futures, en alourdissant le nombre de retraités relativement au nombre de cotisants". Pour autant, "cette évolution démographique défavorable est contrebalancée, d’une part, par le recul de l’âge de départ à la retraite qui passerait de 62 ans à 64 ans du fait des réformes déjà votées ; et, d’autre part, par la moindre augmentation du niveau de vie des retraités relativement aux actifs".

La question désormais est donc de savoir si l'augmentation à venir des dépenses de retraites en pourcentage du PIB doit nécessiter ou non des ajustements (et donc une potentielle réforme). Le gouvernement en est convaincu, au contraire d'organisations syndicales telles que la CFE-CGC, pour qui "la soutenabilité de notre système est pérenne". Le ministre du Travail, prudent sur la question, entend poursuivre les discussions sur le sujet, tout en martelant que l’objectif reste de pouvoir "équilibrer le système" de retraite et de se prémunir des déficits à venir. Olivier Dussopt a ainsi mentionné des prévisions faisant état d'une perte de "plus de 12 milliards" d’euros en 2027 et d’une "vingtaine de milliards" en 2030.

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