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Retraites : unis contre la réforme, les syndicats portent-ils la voix de "l'immense majorité des gens qui travaillent" ?

Publié le 11 janvier 2023 à 18h00, mis à jour le 12 janvier 2023 à 16h35

Source : JT 20h Semaine

La réforme des retraites parvient à unifier les syndicats, qui manifestent une opposition partagée au texte et souhaitent se mobiliser.
Le patron de la CFE-CGC estime que cette mobilisation syndicale signifie indirectement celle d'une immense majorité de salariés.
Si seuls 10% des travailleurs français sont syndiqués, les enquêtes d'opinion traduisent une opposition assez nette à la réforme.

Sujet ô combien sensible, la réforme des retraites est désormais présentée en détails et va faire l'objet d'un examen devant le Parlement. Le texte, dont la mesure phare consiste à repousser l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans à l'horizon 2030, promet de fédérer une bonne partie de l'opposition dans l'hémicycle, ainsi que de pousser une partie des salariés dans la rue pour manifester contre le projet.

Les syndicats, de leur côté, affichent une unité assez rare pour être soulignée. Et que le président de la CFE-CGC, qui représente l'encadrement, n'a pas manqué de souligner au micro de Franceinfo, ce mercredi 11 janvier. François Hommeril y voit "un signal important auquel le gouvernement devrait être sensible". En effet, "l'ensemble des organisations syndicales" ont fait front. Représentant, selon ses mots, "l'immense majorité des salariés, des gens qui travaillent".

La France, pays peu syndiqué

Les revendications des syndicats sont-elles représentatives des positions défendues par "l'immense majorité" des travailleurs à travers l'Hexagone ? Si l'on s'en tient uniquement aux chiffres fournis par la Dares, l'organisme en charge de statistiques au sein du ministère du Travail, on constate que cette affirmation est à nuancer. En effet, la très grande majorité des actifs n'adhèrent à aucun syndicat. À peine plus d'une personne sur 10, si l'on en croit les données les plus récentes, qui remontent à 2019. C'est deux fois moins qu'il y a 50 ans.

L'infographie qui suit illustre toutefois les importantes disparités qui composent le paysage du syndicalisme français. Très peu ancré chez les jeunes (2,7% des moins de 30 sont adhérents), il se renforce chez les catégories de travailleurs plus âgés, pour concerner 14,7% des 50 ans et plus.

Les ouvriers ne sont pas les salariés les plus syndiqués.
Les ouvriers ne sont pas les salariés les plus syndiqués. - Dares / Insee

Moins influents dans le privé, les syndicats comptent dans leurs rangs près d'un membre de la fonction publique sur 5. On constate par ailleurs que les femmes sont légèrement moins syndiquées, et que les ouvriers adhèrent moins à des organisations représentatives que les employés, les professions intermédiaires ou les cadres. 

Les syndicats français jouent en apparence un rôle moindre que ceux chez nos voisins, si l'on en croit les comparaisons européennes. Quand, en moyenne, 23% des salariés de l'UE sont adhérents d'un syndicat, seuls l'Estonie et la Lituanie affichent des proportions inférieures. En revanche, on en recense 35% en Italie, 50% en Belgique et jusqu'à 74% en Finlande. Il faut noter que ces chiffres ne traduisent pas nécessairement le rôle que jouent les syndicats au quotidien dans la vie des entreprises. Ils accompagnent et défendent en effet des salariés sans se soucier de leur affiliation ou non. De la même manière, ils sont des acteurs incontournables du dialogue social au sein de différentes branches professionnelles.

Une réforme des retraites largement impopulaire

Si l'on peut débattre de la représentativité réelle des syndicats parmi les personnes en emploi, force est de constater que François Hommeril voit juste lorsqu'il suggère que l'opposition syndicale fait écho à la défiance d'une majorité de Français à l'égard de la réforme des retraites. 

Les plus récentes enquêtes d'opinion illustrent cet état de fait : "Seuls les retraités et les plus de 65 ans se disent favorables au projet (60%)", note BFMTV, s'appuyant sur un sondage de l'institut Elabe réalisé "dans les heures qui ont suivi les annonces de la Première ministre et son interview au 20 heures de France 2". Parmi les actifs, 67% de personnes interrogées se sont déclarées opposées au projet. Une proportion encore plus marquée parmi les ouvriers (76%).

Les choix retenus par le gouvernement, à commencer par le fait de repousser l'âge légal de départ à la retraite, peine à convaincre. Trois Français sur quatre (76%) estiment que "d'autres réformes possibles", différentes de celles présentées pour assurer la pérennité du système actuel.

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Thomas DESZPOT

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