L'info passée au crible

Compte-t-on seulement 600 psychologues pour tous les étudiants ?

Caroline Quevrain
Publié le 5 décembre 2021 à 16h52
Quelques centaines d'étudiants ont manifesté à Paris ce 20 janvier, en partant du Crous de Port-Royal

Quelques centaines d'étudiants ont manifesté à Paris ce 20 janvier, en partant du Crous de Port-Royal

Source : Caroline Quevrain

SANTÉ MENTALE - Le candidat communiste Fabien Roussel a critiqué vendredi "la faiblesse de la médecine scolaire" et expliqué que 600 psychologues étaient aujourd’hui à la disposition des étudiants. Un chiffre qui ne se retrouve pas tel quel dans les différents dispositifs d’accompagnement.

On le sait, la crise sanitaire et sociale qui dure depuis maintenant deux ans a joué sur le moral des étudiants et sur leur santé mentale. Et malgré les initiatives gouvernementales et associatives, les moyens d’écoute et d’aide psychologique ne sont pas à la hauteur pour de nombreux acteurs de l’enseignement supérieur. En meeting vendredi à Vénissieux, le candidat communiste Fabien Roussel a pointé "la faiblesse de la médecine scolaire" en l’illustrant : aujourd’hui en France, "l’ensemble des étudiants" ne peuvent s’appuyer que sur 600 psychologues. Un chiffre qui ne se retrouve par tel quel au sein des différents dispositifs mis en place aujourd’hui. Explications.

Concrètement, les étudiants des universités peuvent se tourner d’abord vers les services de médecine préventive et de promotion de la santé, les SUMPPS. Dans un rapport de novembre 2020, l’association Nightline a mis en avant le manque de spécialistes à disposition des étudiants dans les universitaires, expliquant que, d’après les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur, on comptait en France 1 psychologue universitaire équivalent temps plein travaillé (ETPT) pour près de 30.000 étudiants (29.882 étudiants précisément). Comme le rappelle Nightline, l'ETPT "englobe de nombreux professionnels, qui, rassemblés, effectuent l'équivalent du travail d'un professionnel à temps plein sur une certaine période de temps", ce qui "permet de quantifier la capacité réelle des services de santé universitaire".

Si l’on considère que 1,6 million d’étudiants étaient inscrits à l’université en 2020-2021, cela représente alors une moyenne de 53,5 psychologues équivalent temps plein dans les services de santé. Seuls 84% de ces SUMPPS proposent d’ailleurs une consultation psychologique, d’après un rapport d'information du Sénat du 5 décembre sur l’accompagnement des étudiants. À ce sujet, le gouvernement a d’ailleurs promis le recrutement de 80 psychologues dans les services de santé universitaire. 

18 bureaux d'aide psychologique en France

Pour procéder à un tel calcul, Fabien Roussel doit donc inclure les autres dispositifs de soutien psychologique existants. En effet, les SUMPPS ne sont pas seuls à apporter une réponse au mal-être des étudiants. À leurs côtés, les 18 bureaux d’aide psychologique universitaires (BAPU) présents sur le territoire fournissent une aide gratuite à l’extérieur des établissements. Mais il parait difficile de savoir avec précision sur combien de spécialistes ces bureaux peuvent s’appuyer. 

"Malgré l'intérêt que présentent de telles structures pour la santé des étudiants, les BAPU sont très limités sur le territoire. De grandes villes universitaires telles que Lyon, Bordeaux, Toulouse ou Nantes ne disposent pas de BAPU. À Paris, on en compte seulement deux", décrit le rapport sénatorial cité plus haut. Dans le détail, les deux bureaux de Paris comptent 13,75 psychologues équivalent temps plein travaillé. En rapportant cet effectif pour ces deux BAPU aux 18 que compte le pays, on parvient seulement à une centaine de spécialistes à temps plein.

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Il faut ajouter à cela les réseaux de psychologues qu’ont développé les associations, comme Apsytude qui compte près de 50 psychologues intervenant dans une quarantaine de villes. Et puis, dans le contexte de l’épidémie qui a mis en lumière la détresse de nombreux étudiants, le gouvernement a apporté une réponse avec le "chèque psy", permettant de fournir à ceux dans le besoin jusqu’à 8 séances gratuites avec des psychologues. 

Mais quels sont ses effectifs ? Sur la plateforme "Santé Psy Etudiant", le ministère de l’Enseignement supérieur dénombre 1792 psychologues partenaires. Au moment de son lancement en mars, il se targuait de compter déjà "près de 1300 psychologues" en partenariat, exerçant dans leur cabinet et donc pas disponibles entièrement pour les étudiants. Mais la LMDE, la mutuelle des étudiants, donnait un tout autre chiffre, estimant qu’il y avait à peine 754 spécialistes partenaires, représentant "1% de l’offre de psychologues en France". La réalité se trouve certainement entre les deux. À ce jour, on compte 1155 psychologues référencés sur la plateforme du ministère.

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