Se gaver au buffet à volonté : pourquoi une telle avidité pendant les vacances "all inclusive" ?

Romain LE VERN
Publié le 24 juillet 2022 à 10h55
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Certains vacanciers, bénéficiant de formules, aiment à se précipiter sur tous les buffets proposés tout au long de la journée, comme s'ils mourraient de faim, comme si on allait voler leur repas.
Mais d'où vient ce comportement de goinfre ?

Qui dit joie des vacances "all inclusive", en pension intégrale ou en demi-pension, dit parfois angoisse face à des gloutons plus avides que vous. Leur objectif : s’en mettre plein la panse du matin au soir. À tel point que, souvent, leur passe-droit de VIP ne suffit pas. Plus ils ont accès au buffet à volonté, plus certains adeptes de ces formules sont paniqués dès le petit-déjeuner à l’idée de "manquer", en l’occurrence de croissants chauds, de fraises équeutées, d’œufs brouillés ou de jus d’orange. 

Chez les rois du "all inclusive", les plus radicaux vivent ainsi en horaire décalé, avec une horloge capricieuse dans le ventre et quelques minutes d'avance aux différents buffets. Pour celui du soir, rien ne peut leur faire plus plaisir qu'attendre l'ouverture des portes à 19 heures pétantes et de se précipiter au stand moussaka pour s'en resservir à l'envi. 

Il faut se dépêcher de posséder et faire en sorte d'en avoir toujours plus

Samuel Comblez, psychologue

Pourquoi donc s’empiffrer de plats jusqu’à l’overdose ? Une tendance goinfre représentative de notre société de consommation, selon le psychologue Samuel Comblez, joint par TF1info en août 2019. "De nos jours, la mode est au remplissage ! Il faut accumuler des richesses, les likes sur les réseaux sociaux, les nouvelles expériences, remplir son frigo, son temps, son environnement sonore... Il faut se dépêcher de posséder et faire en sorte d'en avoir toujours plus. Le temps des vacances n'échappe pas à cette escalade, et l’observation des touristes à table le montre bien. La mode est vraiment aux vacances 'all inclusive' : pas de limites, pas de contrainte. Le touriste peut se gaver sans penser au gaspillage et aux excès pour sa santé", décryptait ce dernier. 

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"J’ai payé, donc j’ai le droit"

D’où vient cette angoisse ? "La peur du manque est beaucoup plus répandue qu'on ne veut le reconnaître et l'être humain met en place chaque jour des stratégies pour ne pas lui faire face", admet Samuel Comblez. "Cette peur est pourtant essentielle à la vie de tout individu, car elle permet de désirer... et sans désir, pas de vie."

N’est-ce pas paradoxal de désirer quand on ne manque de rien ? "C’est là où le bât blesse, en réalité" poursuit le psychologue. "Les vacances sont l'occasion de faire le vide, de penser à soi, à ce que l'on est, où on en est. Si cela permet la détente, cela oblige aussi un face à face avec soi-même qui peut être générateur de peur quand, toute l'année, on a développé des stratégies pour masquer notre peur du manque. Dès le moment où on prend conscience qu'on est mortel, que notre avenir est incertain, la peur du manque commence à apparaître. Se remplir est tout simplement une façon de combattre notre peur du vide." 

S'ajoute à cela une sensation de toute puissance, celle du touriste qui a payé : "Le fameux 'J'ai payé donc j'ai le droit' est une règle abominable qui annule tout comportement raisonnable et pousse à la consommation jusqu'à l'outrance. Le sentiment de gratuité des repas n'arrange rien à l'affaire : puisqu'on ne demande rien en échange au touriste, pourquoi devrait-il se priver ?" Finalement, pour citer ce cher Antoine de Saint-Exupéry dans Les carnets (1953), "la contrainte te délivre et t'apporte la seule liberté qui compte."


Romain LE VERN

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