Variant Delta : la France face à une quatrième vague

Seules 3 discothèques sur 10 rouvriront vendredi : "Nous craignons que nos clients ne soient pas au rendez-vous"

Léa LUCAS
Publié le 7 juillet 2021 à 19h30, mis à jour le 8 juillet 2021 à 21h33
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Source : TF1 Info

OUVRIR OU PAS ? - Les discothèques peuvent rouvrir ce 9 juillet après seize mois de fermeture. Mais les conditions sanitaires imposées à l'entrée sont si contraignantes que près de 75% des établissements resteront fermés, faute de rentabilité.

Ils attendaient cette réouverture depuis 16 mois. Mais en ce 9 juillet, alors qu'ils ont enfin l'autorisation de faire résonner leurs enceintes et briller leurs boules à facettes, les gérants des discothèques restent plongés dans l'inquiétude. Les lourdes contraintes sanitaires à l'entrée (vaccination ou test PCR négatif de moins de 48 heures) ne vont-elles pas décourager les clients de revenir ? La variant Delta qui se propage en France ne va-t-il pas les contraindre à fermer de nouveau comme c'est déjà le cas en Catalogne ? Devant tant d'incertitudes et de risques financiers, 7 établissements sur 10 préfèrent attendre plutôt que rouvrir. Une situation que nous explique Christian Jouny, délégué général du Syndicat National des Discothèques et des Lieux de Loisirs (SNDLL).

Que ressentez-vous à l'approche de la réouverture des discothèques après seize mois de fermeture ? 

Je suis partagé entre deux émotions. À la fois, je suis envahi par la joie à l'idée de rouvrir après de longs mois de fermeture. Mais en même temps, je suis inquiet quant à la manière dont cette réouverture va s'organiser. Nous ne pensions pas rouvrir pendant l'été 2021, encore moins dans des délais aussi courts. En nous annonçant une réouverture  pour le 9 juillet, seulement le 21 juin dernier, nous avons eu peu de jours pour préparer les aspects techniques, matériels, mais aussi humains. Nous avons, par exemple, des problèmes majeurs de recrutement. Non seulement de nombreux salariés ont changé de voie, mais en plus nous sommes dans l'impossibilité de dire à ceux que nous recrutons si nous allons pouvoir les garder. Nous craignons également que nos clients habituels ne soient pas au rendez-vous tant les conditions sanitaires sont contraignantes (vaccination ou test PCR, jauge à l'intérieur limitée...). Aujourd'hui, seulement 6 à 8% de la population de 18-29 ans qui fréquente nos lieux est vaccinée. Avant d'obtenir l'immunité collective de la jeunesse qui nous fréquente, on sera à la mi-août. La saison sera quasi terminée dans de nombreuses régions où les fortes affluences ont lieu entre le 14 juillet et le 25 août.  

Est-ce les raisons pour lesquelles près de 7 établissements sur 10 resteront fermés en ce 9 juillet ? 

En effet, ce sont ces contraintes jugées trop strictes qui poussent une majorité d'exploitants à rester fermés. Ils attendront la reprise habituelle en septembre si l'été s'est bien passé. Les saisonniers, dont je fais partie, raisonnent différemment puisque qu'ils tirent la totalité de leurs recettes pendant l'été pour ensuite atteindre la saison suivante. Mais cette année, à cause des conditions sanitaires dans lesquelles nous rouvrons, il est peu probable que nous puissions assurer nos charges fixes jusqu'à l'année prochaine. Nous allons tenter dès vendredi et faire un bilan à l'issue des deux premiers week-end d'ouverture. Si dans deux semaines, la situation est rentable, je poursuivrais. Mais si elle ne l'est pas, je fermerais à nouveau parce que je n'aurais pas le choix. Beaucoup d'entre nous se sont endettés et vont  bientôt devoir rembourser leur prêt. Le secteur est extrêmement fragile (152 établissements ont fermé, 243 sont en situation de redressement), il faut absoluement limiter les dégâts !

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Au regard de la situation épidémique, craignez-vous de voir les discothèques refermer au cours de l'été ? 

Je ne l'espère pas, ce serait catastrophique. Je comprends que le gouvernement redoute qu'il y ait une prolifération du virus plus importante dans un milieu confiné comme le nôtre. Notamment à cause de la pratique de la danse, qui entraîne de la transpiration, et de la musique amplifiée, qui oblige les gens à parler fort, à se rapprocher, et donc à postillonner. Mais il y a un manque de cohérence vis-à-vis des autres acteurs du métier (bars et restaurants à ambiance musicale) à qui on n'impose pas des règles sanitaires aussi exigeantes. Je suis inondé de vidéos qui viennent de partout en France où je constate que dans ces endroits, tout est permis. Le risque, c’est que les gens se tournent uniquement vers les lieux où il n'y a pas de contraintes. C'est de la concurrence déloyale et, ça, nous ne l'acceptons pas.

Je suis d'autant plus inquiet que le Ministre de la Santé a annoncé une reprise de l'épidémie alors que nous ne sommes même pas encore ouverts. Sans parler de ce qu'il se passe en Catalogne avec une fermeture soudaine des discothèques. Or, nous ne pouvons pas laisser notre profession à l'arrêt plus longtemps. Nous ne survivrions pas à une seconde fermeture prolongée. La jeunesse non plus, elle a besoin de faire la fête dans des lieux sécurisés. On a vu la difficulté que les pouvoirs publics ont à encadrer les rassemblements arbitraires des jeunes en plein air. Les maires des villes du littoral en ont marre de voir leurs plages se transformer en discothèques toute la nuit avec tous les excès que cela représente. Pour toutes ces raisons, je veux croire que la jeunesse jouera le jeu en revenant dans nos établissements et que notre activité a encore un bel avenir.


Léa LUCAS

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