Famille, école, numérique... Le sexisme gagne du terrain, alerte le Haut conseil à l'égalité

Publié le 22 janvier 2024 à 16h35, mis à jour le 22 janvier 2024 à 16h40

Source : Les MATINS LCI

Dans son troisième "baromètre sexisme" publié ce lundi, le Haut conseil à l'égalité démontre que la famille, l'école et internet sont les trois "incubateurs" d'un sexisme qui "perdure" voire s'aggrave.
Chez les hommes comme chez les femmes, il est difficile de se détacher des stéréotypes de genre, et les clichés sexistes s'ancrent de plus en plus dans la société.

"Le sexisme commence à la maison, continue à l'école et explose en ligne", s'alarme le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans son "baromètre sexisme" publié ce lundi 22 janvier. Selon ce rapport, réalisé en novembre 2023 auprès d'un échantillon représentatif de 3500 personnes de 15 ans et plus, "famille, école et numérique sont les trois incubateurs qui inoculent le sexisme aux enfants dès le plus jeune âge", et ont des effets dévastateurs sur l'ensemble de la société et des conséquences directes sur l'origine des violences sexistes et sexuelles. 

70% des femmes estiment ne pas avoir reçu le même traitement que leurs frères dans la vie de famille, près de la moitié des 25-34 ans pense que c’est également le cas à l’école et 92% des vidéos pour enfants contiennent des stéréotypes genrés.

Dans la famille, les stéréotypes de genre passent notamment par les jouets. 3% des hommes seulement disent avoir reçu des poupées (contre 62% des femmes) et 4% des femmes des voitures (45% pour les hommes). 72% des femmes se sont vu offrir des jouets associés à la construction sociale de la féminité (11% des hommes) et 78% des hommes se sont vu offrir des jouets associés à la construction sociale de la masculinité (17% des femmes). Les tâches domestiques sont également productrices précoces d'inégalités : il ressort de l'étude que 75% des femmes faisaient le ménage enfant contre 42% des hommes (aujourd'hui, 80% des femmes adultes consacrent plus d'une heure par jour aux tâches domestiques non rémunérées, contre 36% des hommes).

A l'école, 96,7% des auteurs de "violence sur autrui" sont des garçons

A l'école, la fabrique du sexisme se poursuit. 70% des prises de parole sans autorisation sont faites par les garçons, les filles sont interrogées 30% de temps en moins que les garçons "essentiellement pour des raisons de captation d'attention", note le rapport. Le partage de l'espace reflète ces inégalités : "Les garçons occupent le centre de la cour, les filles sa périphérie" et le football est pratiqué sur 90% des espaces disponibles des cours de récréation et 70% de l'espace collectif. Aussi, ¾ des punitions ou sanctions disciplinaires sont prononcées envers les garçons, un chiffre qui grimpe à 96,7% pour les cas de "violence sur autrui". Le sexisme à l'école se manifeste ensuite au moment des choix d'orientation professionnelle. 74% des femmes n’ont jamais envisagé de carrière dans les domaines scientifiques ou techniques, contre 41% des hommes. 

Tous ces constats sont amplifiés dans la sphère numérique : 72% des femmes de 15-24 ans considèrent qu'elles ne sont pas traitées de la même façon que les hommes sur les réseaux sociaux. Selon le HCE, après analyse des 100 contenus les plus vus sur YouTube, Instagram et TikTok, 68% des contenus d'Instagram diffusent des stéréotypes de genre. Les femmes sont surreprésentées dans les milieux privés liés à l'intime et sous-représentées dans les milieux professionnels et les lieux publics en plein air. Les femmes sont mises en scène dans des structures familiales hétéronormées, représentées dans un rôle maternel, enceintes, jeunes mamans, dévouées à leurs enfants en bas âge. Sur YouTube, 88% des vidéos comprenaient un stéréotype masculin (valeurs viriles, climat de violence). Enfin, 100% des 100 vidéos les plus vues de la catégorie "enfant" de YouTube contiennent des stéréotypes de genre. 

34% des femmes pensent qu'il est normal d'arrêter de travailler pour s'occuper de leurs enfants

C'est parce qu'"il est communiqué et assimilé dès l'enfance, dans le foyer et à l'école, puis véhiculé dans l'ensemble de la société notamment en sein des sphères médiatique et numérique" que le sexisme persiste autant, estime le HCE. Ainsi, "les Français ont du mal à se détacher des stéréotypes associés à leur genre", lit-on dans le rapport. 70% des hommes pensent qu'un homme doit prendre soin financièrement de sa famille pour être respecté dans la société (63% des femmes), 31% pensent qu'il faut savoir se battre (27% des femmes). Au contraire, 78% des femmes pensent qu'on attend d'elles qu'elles soient sérieuses, discrètes (45% des hommes), 52% qu'elles aient des enfants (41% des hommes).

Le baromètre révèle que ces clichés s'ancrent de plus en plus dans la société. L'idée "qu'il est plus difficile pour les hommes de pleurer que pour les femmes" prend 3 points (42%), que "les hommes sont meilleurs en maths" 4 points (17%), que la contraception "est une affaire de femmes" 4 points (26%) et le "barbecue une affaire d'hommes" 3 points (26%). L'idée que "les femmes sont naturellement plus douces que les hommes" progresse de 3 points chez les femmes (53%) et "qu'il est normal que les femmes s'arrêtent de travailler pour s'occuper de leurs enfants" gagne 7 points (34%).

Le rapport note aussi qu'il apparaît une hostilité "voire une résistance à l'émancipation des femmes dans la société, tout particulièrement chez les hommes". 37% (+3 points) considèrent que le féminisme menace la place et le rôle de la femme, 32% (+3 points) qu'ils sont en train de perdre le pouvoir. Dans le même temps, 9 femmes sur 10 disent avoir modifié ou renoncé à des actions ou comportements pour ne pas être victimes de sexisme. Par exemple, 58% ont renoncé à sortir ou faire des activités seules (+3 points) et 43% ont censuré leurs propos par crainte de la réaction des hommes (+ 3 points). 

Un terreau propice aux violences envers les femmes

Tout cela est d'autant plus problématique, selon le Haut conseil à l'égalité, que "cette persistance du sexisme est à l'origine de violences plus graves envers les femmes". 37% des femmes déclarent avoir vécu une situation de non-consentement, quasiment une femme sur deux chez les 25-49 ans. Or, seulement 23% des hommes reconnaissent avoir été l'auteur d'au moins une situation de non-consentement.

"Une action publique forte, continue et globale doit donc être menée dans l'éducation, l'espace numérique et l'exercice de la justice. Précisément parce qu'il est une construction sociale, le sexisme n'est pas une fatalité : s'y attaquer est un objectif réaliste et concret", conclut le HCE. Il recommande pour cela d'éduquer à l'égalité à travers un programme de sensibilisation et d'orientation effectif, de réguler la présence et l'image des femmes dans le secteur numérique et de sanctionner en faisant du délit de sexisme un véritable outil juridique de condamnation du sexisme.


Justine FAURE

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