SNCF : combien coûte (vraiment) la grève ?

Mathieu Sicard
Publié le 20 juin 2014 à 14h45
SNCF : combien coûte (vraiment) la grève ?

FACT-CHECKING - La grève nous a déjà coûté "plus de 160 millions d'euros", a assuré vendredi matin Guillaume Pépy, le patron de la SNCF. Metronews a sorti la calculette pour vérifier ce chiffre et voir, dans le détail, à quoi il correspondait.

Une grève, ça coûte de l'argent. C'est ce que ne cesse de souligner Guillaume Pepy, le président de la SNCF, en brandissant un chiffre qu'il met à jour quotidiennement. C'était "153 millions d'euros" ce jeudi dans Le Parisien , "plus de 160 millions" ce vendredi sur RTL .

Que veulent dire ces chiffres ? Sont-ils exacts ? Metronews a tenté de démêler le faux du vrai. 

EN SAVOIR + >> Pourquoi les cheminots font grève

Comment la SNCF calcule-t-elle le coût d'une grève ?

Quand Guillaume Pepy annonce ce vendredi "un coût de plus de 160 millions d'euros", il additionne 45 millions correspondant à la compensation de 10 jours de transports gratuits offerts aux abonnés SNCF au mois de juillet et un coût journalier de la grève que l'entreprise évalue à 12 millions. Une estimation. Une fourchette. Même une grosse fourche. Car la mobilisation (et, de fait, le nombre de trains annulés) a varié durant ces 10 jours de grève. 

Guillaume Pepy parle donc ici de moyenne. De l'estimation d'un "manque a gagner". Et c'est bien le moins qu'on puisse attendre du patron de la SNCF : il est en effet aussi responsable devant son actionnaire, en l'occurrence l'Etat. Donc vous. Mais il oublie quelque chose. 

La SNCF "économise" aussi les salaires des grévistes

Une grève, ça n'est pas qu'une colonne de pertes pour la SNCF. Il faut relativiser le manque à gagner annoncé en prenant en compte le fait que les cheminots ne sont pas payés durant leurs jours de grève. Ce qu'ils peuvent, au mieux, espérer de la direction, c'est l'étalement des jours de grève sur plusieurs bulletins de paie. Au final, pour chaque jour de grève, la SNCF a donc un manque à gagner... mais fait aussi des "économies," d'une certaine façon, sur les salaires non versés aux grévistes. 

Combien ?  Selon l'INSEE , le salaire moyen brut dans l'entreprise était de 2750 euros en 2008. Tous salariés confondus. Considérons un chiffre plus bas, le salaire des cheminots (les plus mobilisés dans la grève). Leur rémunération brute moyenne est de 2487,62 euros (2409 euros pour 91,5% des cheminots échelon 1 et 3334 pour 8,5% échelon 2 selon les chiffres du  Figaro ). 

25 millions de salaires non-versés ?

Ainsi, si l'on considère, en moyenne, 10.000 grévistes par jour pour une rémunération mensuelle estimée à 2487 euros, la grève représente chaque jour plus de 1,2 millions d'économies pour la SNCF (le reste des charges patronales, hors rémunération brute, restant dû par l'entreprise). Au total, sur 10 jours de grève, ce sont plus de 12 millions de salaires non-versés. 

Le "manque à gagner" estimé à "plus de 160 millions d'euros" par Guillaume Pepy peut donc être minoré d'au moins 12 millions. Sans compter les tickets restaurant. 


Mathieu Sicard

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