Suspicions de communautarisme ou accusations d’islamophobie : qu'est -ce que Lallab, l'association qui suscite la polémique

La rédaction de LCI
Publié le 24 août 2017 à 19h45
Suspicions de communautarisme ou accusations d’islamophobie : qu'est -ce que Lallab, l'association qui suscite la polémique

Source : Lallab

EXPLICATIONS - Lallab, se présente comme une association ayant pour but de "faire entendre les voix musulmanes qui sont au cœur d'oppressions racistes et sexistes". Depuis plusieurs jours, elle se retrouve au cœur d'une controverse déclenchée au moment de la suppression d'une petite annonce grâce à laquelle elle espérait recruter trois jeunes en service civique. LCI fait le point sur l'affaire.

Tout est parti d'une petite annonce. Au début du mois d'août, l'association de défense des femmes musulmanes Lallab publie une offre d'emploi sur le site du service civique afin de recruter trois jeunes volontaires âgés de 16 à 25 ans dans le cadre de ce dispositif (mission d'un organisme indemnisée 500 euros par mois). 

Les missions, très détaillées, consistaient à "aider à produire un environnement, des resources et des outils" pour favoriser la liberté de chaque femme à définir son identité et son parcours de vie". En bref, résume l'annonce, il s'agissait de "contribuer à l'accompagnement des bénévoles, à l'organisation et à la proposition de différents formats d'évènements".

Lallab est une association areligieuse, aconfessionnelle et apartisane

Communiqué de presse de l'association

Mais le 17 août, l'annonce est supprimée du site. Le service civique explique sur Twitter que "la mission proposée ne répond pas aux principes fondamentaux du service civique". Problème ? L'explication est une réponse à Daniel Auguste, militant du Front national, qui vient de se joindre à la mobilisation contre Lallab qui perdure depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux. Des personnalités d'extrême droite et des mouvements pro-laïcité tels que le Printemps Républicain accusent  l'association d'être "communautariste" et "islamiste".

De nombreux internautes ont alors apporté leur soutien à Lallab, reprochent au service civique de céder aux pressions de l'extrême droite. Le 19 août, l'association publie un communiqué où elle dénonce "une campagne de désinformation et de cyberharcèlement" : "Lallab est une association areligieuse, aconfessionnelle et apartisane", peut-on également lire. 

Sarah Zouak, une des deux co-fondatrices de l'association, a réagi auprès de Libération : "C’est affligeant de se dire qu’une association qui défend les femmes musulmanes est associée aux Frères musulmans et accusée d’islamisme (...) C’est très difficile de subir de telles violences, notamment quand les discriminations viennent d’institutions étatiques". Comme le rappelle RTL, les deux cofondatrices s'étaient déjà dites victimes de discrimination après qu'une banque leur avait refusé l'ouverture d'un compte. 

Quel est le champ d'action de Lallab ?

"Lallab", comme l'association des mots "Lalla" (madame en arabe) et lab (pour "laboratoire") est née en décembre 2015 de l'initiative de deux jeunes entrepreneures et réalisatrices de documentaires, Sarah Zouak et Justine Devillaine. Se définissant comme un magazine en ligne et une association, Lallab a pour but de "lutter contre les préjugés subis par les femmes musulmanes - liés au genre, à la race et à la religion - et de susciter l'inspiration pour permettre aux femmes de devenir pleinement les actrices de leur propre vie." 

Sur leur site internet, les deux jeunes femmes indiquent animer des ateliers dans les lycées et les universités, produire des documentaires et créer des espaces de réflexions et de rencontres. En tout, 200 bénévoles travaillent pour l'association partout en France.

Pourquoi elle divise ?

Depuis la suppression de l'annonce, plusieurs voix se sont élevées pour défendre ou au contraire accabler l'association. Le 23 août, le débat est relancée avec la publication d'une tribune sur le site de Libération pour dénoncer la "campagne misogyne et islamophobe"  dont Lallab fait l'objet sur les réseaux sociaux. Parmi les signataires, on retrouve notamment l'ex-candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon, l'écrivaine Rokhaya Diallo, l'association Act Up Paris ou encore la réalisatrice Amandine Gay.

D'autres personnalités telles que Manuel Valls ne partagent pas cet avis. L'ancien Premier ministre a tweeté jeudi "Etrange pétition de soutien à Lallab, mises en cause de Charlie Hebdo, décidemment certains ne retiennent aucune leçon #JeSuisCharlie". L'essayiste Céline Pina, fondatrice du mouvement Viv(r)e la République, a publié une tribune dans Le Figaro où elle accuse Lallab, qu'elle définit comme un "laboratoire de l'islamisme", d'être "proche des frères musulmans et des indigénistes". 


La rédaction de LCI

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