L'emploi des personnes handicapées progresse, mais peine toujours à rattraper celui des valides

M.L (avec AFP)
Publié le 15 novembre 2022 à 14h52
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

L'emploi des personnes handicapées connaît un rebond ces dernières années, passant de 14 à 19% en trois ans.
Des résultats de bon augure pour les associations, qui s'inquiètent toutefois de voir les plus fragiles manquer le coche.
Le taux de chômage des personnes handicapées reste encore deux fois plus élevé que dans la population générale.

Les signaux sont au vert, mais certaines personnes restent encore sur la touche. "Il y a une dynamique" : sur le marché de l'emploi, les personnes handicapées bénéficient, elles aussi, d'une embellie, avec un taux de chômage au plus bas. Mais les plus fragiles peinent encore à trouver recruteur, au risque de se "décourager", alertent les associations. 

En trois ans, le taux de chômage des personnes handicapées est passé de 19% à 14%. Cette tendance "ouvre de formidables perspectives pour se donner l'objectif du plein emploi", notent les organisateurs de la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées (SEEPH), organisée à partir de lundi. Les actuelles tensions sur le marché du travail pourraient même doper ces résultats, en permettant "d'inciter les entreprises à embaucher" des chômeurs porteurs de handicap, veut croire Christophe Roth, le président de l'Agefiph, l'organisme qui œuvre à l'insertion professionnelle des personnes concernées.

Les entreprises s'engagent de plus en plus

Signe de cette tendance vertueuse, de plus en plus d'entreprises - comme la chaîne de restauration Burger King ou les supermarchés E.Leclerc - s'engagent, via une convention avec l'Agefiph, à faire davantage de place au handicap. Et quelque 10.000 employeurs participeront cette année au "DuoDay", en accueillant un demandeur d'emploi handicapé pour une journée, le 17 novembre. L'an dernier, 20% de ces rencontres avaient débouché sur des propositions concrètes pour les participants (stage, apprentissage ou emploi).

Rachida Bendehane, 52 ans, vient ainsi de décrocher un poste administratif dans une association de Toulon après de longues années sans activité. Ne trouvant "pas de place pour moi dans le monde professionnel" jusqu'alors, cette femme malentendante, longtemps mère au foyer, constate dorénavant que "trouver un emploi, c'est possible". Mais elle note toutefois que la réussite suppose aussi "l'ouverture d'esprit de l'entreprise dans laquelle vous postulez". Au-delà des volontés affichées par les sociétés, "parfois dans la réalité, c'est différent", déplore-t-elle.

Car les difficultés demeurent : le taux de chômage des personnes handicapées a certes baissé, mais est encore presque deux fois plus élevé que dans la population générale. Et les principaux concernés ne sont pas forcément optimistes. Seules 24% des personnes handicapées croient à la possibilité du plein emploi (contre 35% du grand public), selon un récent sondage Ifop pour l'Agefiph. Et 64% de ceux qui ont un travail ont peur de le perdre.

"Une lassitude s'installe"

"En raison de la gravité de certains handicaps, toutes les personnes handicapées ne sont pas en mesure d'exercer leur participation sociale par une activité professionnelle", note Bruno Pollez, le président de l'association Ladapt, qui co-organise la SEEPH. Pour l'association APF France Handicap, les efforts des pouvoirs publics devraient cibler les "chômeurs découragés" qui estiment n'avoir "quasiment aucune chance" de décrocher un poste. "Les parcours demeurent trop cloisonnés entre acteurs de la lutte contre l'exclusion et ceux du champ du handicap", regrette-t-elle, notant que 59% des chômeurs handicapés le sont depuis plus d'un an, contre 48% dans la population générale. 

De son côté, le ministre du Travail Olivier Dussopt estime que "plus le plein emploi sera à portée de main, plus celles et ceux qu'on aura à accompagner seront des hommes et des femmes cabossés par la vie". "L'effort que nous devons faire pour accompagner sera plus dense, parfois plus coûteux", a-t-il souligné lors d'une récente conférence organisée par l'Agefiph. 

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En attendant, le découragement peut aussi gagner des personnes qui travaillent, mais ont accepté un emploi sans rapport avec leur niveau de formation. Comme Guillaume Alemany, 36 ans, atteint d'un autisme Asperger, et qui travaille à la chaîne dans une usine alimentaire à Saint-Malo, alors qu'il est titulaire d'une licence d'histoire. "Accéder à un travail où mes compétences seraient vraiment exploitées, c'est compliqué", se désole-t-il. "Je persévère, mais une lassitude s'installe."


M.L (avec AFP)

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