"Je suis épuisée" : victimes de harcèlement sexuel en ligne, des streameuses de Twitch dénoncent un enfer quotidien

M.L (avec AFP)
Publié le 26 octobre 2022 à 18h47
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Maghla, l'une des streameuses françaises les plus suivies, a pointé sur Twitter des vagues de publications qui la sexualisent.
Photomontages, menaces, insultes... Les cyberviolences pullulent sur plusieurs plateformes.
Dans son sillage, plusieurs autres vidéastes ont décrit un calvaire qu'elles subissent depuis des années.

"Plus je montre de peau, plus je perds de la santé mentale". C'est dans un long témoignage publié lundi sur le réseau social Twitter que Maghla, l'une des streameuses les plus suivies de France avec 700.000 abonnés sur Twitch, a dénoncé l'incessante sexualisation qu'elle subit, l'obligeant à enfiler des vêtements couvrants la plupart du temps avant de commencer un live. Mettant en lumière l'enfer quotidien des joueuses de jeux vidéo qui, comme elles, partagent et commentent leurs parties en direct sur internet, sa prise de parole a fait écho chez plusieurs de ses consœurs, qui ont dénoncé les cyberviolences sexistes et sexuelles qu'elles subissent depuis des années sur les réseaux.

"Fatiguée", "épuisée", Maghla a détaillé lundi soir dans une série de messages le harcèlement sexuel auquel elle est confrontée chaque jour, sur Twitch mais aussi sur de multiples autres plateformes. Au quotidien, difficile de modérer ses lives à cause de commentaires déplacés d'internautes, "quand t’as le malheur d’avoir un décolleté ou parfois juste les épaules et bras visibles", obligeant la vidéaste à les bannir "parfois par dizaine". Sans compter des messages insultants, menaces, photos intimes non sollicitées, photomontages sur des corps d'actrices porno, scénarios sexuels autour de sa personne sur des forums... 

"Le forum est alimenté tous les jours"

"Il y a des centaines de pages de gens qui se branlent sur mes photos et les postent. Littéralement. Également des montages, encore et encore, et les commentaires peuvent aller du 'je la viole' à 'je vais la pénétrer cette chienne' etc... Le forum est alimenté tous les jours", révèle-t-elle encore. Peu de temps avant de publier ce témoignage glaçant, la jeune femme avait découvert des extraits d'un live qu'elle venait de terminer, des vidéos qui la sexualisaient, titrées par exemple sur son "décolleté", publiées par des internautes. Ce cyberharcèlement la contraint même à faire attention à son style vestimentaire pour ne pas s'exposer à des "commentaires", confie-t-elle.

Ce témoignage fort, enrichi de nombreuses captures d'écran pour étayer son propos et partagé près de 35.000 fois, a permis de libérer la parole en entraînant dans son sillage plusieurs autres streameuses et vidéastes françaises. Comme Shironamie et AvaMind, qui affirment avoir reçu des menaces de viol et de meurtre en "live", extrait audio à l'appui. Ou encore celui de Trixy, déplorant le manque de soutien des forces de l'ordre : "Quand j'ai été voir la police pour porter plainte concrètement, malgré les 300 'screens' (captures d'écran, ndlr) et les menaces de mort, ce n'était pas suffisant".

Début 2021, un pôle spécialisé pour lutter contre la haine en ligne a été créé au sein du parquet de Paris tandis que le grand public peut signaler les comportements et contenus illicites sur la plateforme Pharos depuis 2009. Il faut dans tous les cas que la victime dépose plainte pour que les forces de l'ordre puissent agir. Ces moyens ont été renforcés régulièrement à mesure que le phénomène a pris de l’ampleur ces dernières années.  

"La pointe de l'iceberg"

Sur YouTube comme sur Twitch et les autres plateformes, ce sujet n'est pas nouveau et beaucoup trop récurrent, déplorent les streameuses, cinq ans déjà après le début de la vague "MeToo". "Ceux qui tombent des nues en apprenant ça alors que ça fait des années qu'on dénonce, vous (ne) mesurez vraiment pas l'ampleur des problèmes que nous causent les hommes (oui je l'ai dit) au quotidien", déplore Lixiviatio, l'une d'elles. "Et là, vous (ne) voyez que la pointe de l'iceberg", complète sa consœur BagheraJones. "Personnellement, j'ai dû déménager à cause de harcèlement et de 'visites' à mon appartement, j’ai développé des angoisses énormes et mes insomnies en sont devenues redoutables".

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Signataire en juin du code de conduite de l'Union européenne contre la haine en ligne, Twitch, propriété du géant Amazon, avait annoncé en décembre 2021 la mise en place d'un système pour détecter les utilisateurs malveillants, après une vague de harcèlement raciste et homophobe.

Le code de conduite de l'UE contre la haine en ligne, lancé en 2016, compte une dizaine de signataires, dont Facebook, Microsoft, Twitter, YouTube, Instagram, Snapchat, Dailymotion, Jeuxvideo.com, TikTok, et LinkedIn, ou encore l'application de messagerie Viber. Les signataires s'engagent à évaluer dans les 24 heures la majorité des contenus signalés par les utilisateurs comme des discours de haine en ligne, et à les supprimer si nécessaire, conformément à la législation nationale et européenne.


M.L (avec AFP)

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