Une majorité de personnes sur Twitter a voté pour qu'Elon Musk quitte la direction du réseau social, ce lundi.
Ce n'est pas la première fois que le milliardaire soumet un choix décisif au vote des utilisateurs.
TF1info vous explique pourquoi ces sondages ne valent pas grand-chose.

Le mode opératoire d'Elon Musk se sera retourné contre lui. "Dois-je quitter la direction de Twitter ?", a demandé le propriétaire du réseau social dans la nuit de dimanche 18 à lundi 19 décembre. Douze heures plus tard, les internautes avaient scellé le sort du milliardaire. Une majorité (57,5%) des 17,5 millions de participants a voté pour que l'entrepreneur abandonne la direction du réseau social. Un résultat qu'Elon Musk s'était engagé à respecter. Mais que vaut-il réellement ?

Ni un sondage, ni un référendum

Depuis le début de son règne sur Twitter, le tempétueux milliardaire s'en est souvent remis à ce qu'il considère comme la parole du "peuple", c'est-à-dire aux personnes inscrites sur le réseau à l'oiseau bleu. Par le passé, il a par exemple soumis au vote le retour de Donald Trump sur Twitter ou la suspension de certains journalistes. Si bien que ce lundi 19 décembre, après avoir provoqué un tollé en interdisant les liens vers des réseaux sociaux externes, Elon Musk a promis que tous les "changements politiques majeurs" sur la plateforme feraient systématiquement l'objet d'un vote. Sauf que ces derniers ne valent pas grand-chose.

Une majorité de personnes sur Twitter ont voté pour que Musk quitte la direction du réseau social, le lundi 19 décembre 2022
Une majorité de personnes sur Twitter ont voté pour que Musk quitte la direction du réseau social, le lundi 19 décembre 2022 - Twitter / Elon Musk

Si le réseau social les a baptisées "sondages" ces questions soumises aux personnes inscrites sur Twitter n'en respectent aucune règle. "On ne peut pas savoir ce qu'ils valent, car la population interrogée n'est pas représentative de l'ensemble des personnes inscrites sur Twitter", remarque ainsi Jean-Philippe Dubrulle, chef de groupe au pôle Opinion de l'Ifop. Si l'identifiant des participants n'est pas donné, il est facilement envisageable que la qualité du panel laisse à désirer. "Chez les votants, il y a des observateurs, évidemment, mais aussi des fidèles d'Elon Musk, des suiveurs", qui iront nécessairement dans le sens de leur idole, comme le relève le sondeur. Ce "sondage" ne peut donc pas en être un puisque "on ne sait pas qui donne son opinion". 

Il y a trop d'inconnues pour donner un quelconque crédit à ces sondages
Jean-Philippe Dubrulle, directeur du groupe Opinion de l'Ifop

Ceci dit, l'aspect collaboratif de cet outil le rend intéressant, puisqu'il se rapproche d'un mini-référendum à l'échelle de Twitter. "On peut se dire que, démocratiquement, il y a quelque chose d'intéressant à laisser à tout le monde la possibilité de répondre à une question pour influer sur la destinée du réseau social", relève Jean-Philippe Dubrulle. Sauf que, là encore, il y a plusieurs limites à cette analyse.

Tout d’abord, Elon Musk ne peut pas se targuer d'avoir interrogé l'intégralité de la "population sur Twitter". "Lors d'élections, elles sont annoncées en amont, avec des bureaux de vote partout, et des appels à se rendre aux urnes pendant plusieurs semaines." Or, ici, il faut suivre l'actualité d'Elon Musk pour donner son avis. Il n'y a pas eu de notifications, de messages annonçant le vote ou encore de rappels à aller voter lors d'une connexion. En somme, "tout le monde n'a pas été convoqué aux urnes", commente le chef de groupe au pôle Opinion de l'Ifop en filant la métaphore.

Résultat : la participation n'est pas celle d'une démocratie fonctionnelle. Bien que 17,5 millions de votes représentent un score honorable, cela ne correspond qu'à 8% des 217 millions d'utilisateurs quotidiens inscrits et actifs sur Twitter fin 2021. "Dans une démocratie, en dessous d'un tel seuil, un procès en légitimité est fait", rappelle le sondeur.

On a donc un échantillon d'une qualité trop mauvaise pour être qualifié de "sondage" et une proportion d'électeurs trop petite pour s'apparenter à un "référendum". Ces consultations sur Twitter ne nous apprennent dès lors "pas grand-chose". Et ne donnent aucun crédit démocratique à cette plateforme.


Felicia SIDERIS

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